11.05.2008
Donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour (3) - La poubelle des luttes
L’histoire que je vais vous raconter, je le jure, est une histoire vraie. Toute ressemblance avec des personnes existantes est purement volontaire.
Voici la véritable histoire de la Reine des Poubelles.
- mais ils ont déclaré la guerre, ces cons !!
Comme il fulmine, monsieur Charque. Il tend un index :
- s’ils veulent jouer au con, vont me trouver !!
Cette dernière saillie laisse songeur Dégé. Il agite ses pieds sous sa chaise.
Charque a remarqué le décrochage de son Directeur Général.
- quoi vous n’êtes pas d’accord Dégé ?
- Sisi, je vais aller à la pêche aux renseignements.
Charque se rengorge, réajuste sa cravate noire à pois rouges, et sort du bureau de Dégé en claquant virilement la porte.
C’est qu’il n’a pas l’habitude de se laisser faire.
Lorsqu’il est arrivé à la tête de l’hyper, il y a six mois, ça n’a pas fait un pli.
Ah ils se sont crus malins, à taguer sur les murs du magasin des dessins de requin ! Comme si se moquer du nom de quelqu’un est acceptable.
Se sont vite calmés. Sept licenciements et la lutte des classes n’existe plus chez Paradiz, le Pays des Gens Heureux, comme dit la pub. Quatre ont été filmés dans les réserves en train de voler des boites d’œufs, un saucisson, des croques monsieur Paradiz, et des strings roses taille 44, et trois ont été surpris en faux arrêts de maladie. Enfin en vrais, mais un repeignait sa barrière, l’autre refixait des tuiles sur son toit et le troisième était absent de son domicile. Sûrement à la plage !
Un entretien avec Dégé plus loin, finis les emmerdeurs et les tags inopportuns. D’une pierre deux coups.
Charque a néanmoins gardé SA militante CGT. Elle s’appelle Arlette, comme l’autre.
Charque la juge inoffensive. Bien trop larmoyante, ça doit être l’effet pré ménopause. Et puis, c’est pratique d’avoir une caution sociale. Regarder, chez Paradiz, le Pays des Gens Heureux, comme on accepte les revendications – c’est normal, c’est normal, il faut que chacun s’exprime – et comme on encourage le dialogue social.
D’ailleurs, Charque a pour projet de déposer un accord sur l’implantation d’équipe de suppléance le week-end. Et pour ça, il lui faut un délégué syndical. Arlette sera parfaite en approbatrice de l’augmentation du pouvoir d’achat.
« Madame A. est demandée à l’Administration ! Madame A. est demandée à l’Administration !»
Arlette traîne des pieds dans les réserves et manifeste sa mauvaise humeur en shootant dans un carton au milieu du couloir de circulation.
Mauvais rangements, racks surchargés, palettes qui menacent d’effondrement, des allées de circulation sans séparation piétons, des Manitous conduits à toute allure par de jeunes intérimaires qui se passent de klaxonner. Et toujours pas de comité d’hygiène et sécurité dans cette putain de boite.
Le carton se renverse et découvre des dvd vendus par lots de trois.
Arlette soupire, remet le carton sur les dvd, crache dessus, pointe le majeur vers la caméra, et articule silencieusement : « Caramba, encore raté ! ».
- monsieur Dégé vous attend, susurre Carole, la secrétaire du pôle administratif.
La caution sociale entre dans le bureau, et s’affaisse sur le fauteuil qui fait face à Dégé.
On dirait un troll, qu’elle se dit. Arlette n’a jamais vu de troll, mais quand même.
Dégé est penché sur un dossier de photos qu’il feuillette d’un air ennuyé.
Arlette résiste à la tentation de se pencher pour regarder les pieds du troll sous son bureau.
Elle attend qu’il commence.
- dites ma chère Arlette – c’est comme ça qu’il parle, Dégé, quand il veut marquer un peu de distance méprisante avec son vis-à-vis – ma chère Arlette, vous n’êtes pas sans ignorer que des bandes de … de rôdeurs viennent envahir nos poubelles et piller leur contenu ?
Arlette ne répond pas. Elle est en train de se demander si elle préfère que Dégé soit lapidaire et blessant direct, ou qu’il soit mielleux et détourné.
- il apparaît qu’ils ont monté une coordination, les Gueux de la Banlieue Rouge. Vous êtes au courant ?
- bah oui.
- Mais, vous les connaissez ?
- Bah non.
Arlette a choisi une attitude minimaliste.
- mais vous ne voyez pas qu’ils gênent vos luttes ? Pourquoi sans travailler, ils auraient accès à nos produits ? Alors que nos clients les paient, sans parler de nos salariés, n’est ce pas ?
- heuuuu
- si vous êtes au courant de leurs projets, il serait des intérêts des salariés que vous m’en parliez, ma petite Arlette. Pour l’instant, nous sommes désarçonnés par ces attaques contre la propriété privée, mais nous envisageons de mettre en œuvre des produits d’éloignement.
- Hein ?
- Oui enfin, vous voyez ! ne soyez pas naïve : nous allons devoir arroser les poubelles d’eau de javel, pour rendre impropre à la consommation nos déchets. Ce sont nos déchets, nous en sommes responsable voyez vous ?
- Bien entendu, je vous en parle sous le sceau du confidentiel, mais ne venez pas après me reprocher d’aggraver les conditions de travail des employés des réserves. J’ai budgété des masques respiratoires, d’ailleurs, d’ores et déjà.
- Des masques ??
- Je compte sur vous, si par hasard vous connaissez cette coordination de Gueux, pour faire en sorte qu’ils évitent de surcharger les tâches de nos salariés, ma chère Arlette.
- Mais enfin, pourquoi vous ne laisser tout simplement pas la Coordination tranquille ? vous savez que ce sont des gens qui n’ont pas de boulot, qui ont peut être de la famille à nourrir et qui …
- Ma petite Arlette, votre problème, c’est que vous ne faites pas la différence entre la compassion et le compassionnel. Si la première est une vertu, qui fait honneur a celui qui en manifeste, la compassion devient un réflexe, et est même très néfaste lorsqu’elle se substitue à la réflexion politique.
- Hein ?
- Mais oui ma petite Arlette, le compassionnel ne guérit pas le mal, il ne fait que le recouvrir d’un voile sombre et nébuleux, le museler sous des pleurs inutiles et dissonants.
- Ca sera tout, ajoute Dégé, en agitant ses jambes sous sa chaise et en refermant le dossier de photos.
Dans le hangar qui sert de QG à la Coordination des Gueux de la Banlieue Rouge , Nic, le leader, fait le point tout en distribuant des bières aux autres membres du Comité.
- t’as que des Kro ? demande Olivier.
- Ouais ben passe commande la prochaine fois ! réplique le patron des lieux.
- On est ici pour organiser la diffusion de cette pétition, reprend Nic en brandissant un paquet de feuilles.
Mart, Dom, L.Mome, Omer et Frane s’emparent des tracts et les parcourent.
- mais ça veut dire quoi, « halte à la propagation des HD dans les poubelles des gros » ? demande L.Mome.
- c’est les Hautement Dangereux. C’est le Comité des Médecins du Travail Solidaires qui m’a signalé que ça se faisait : ces salauds versent des produits chimiques dangereux dans les poubelles pour ne pas qu’on les pille.
- Ah bon ?? mais ça se fait ?
- L.Mome, soupire Nic, est ce que tu es pour que les Gueux s’intoxiquent à cause de ces richards qui ne veulent pas qu’on fouille dans leurs poubelles ?
- Ben non mais …
- Arrête de discuter après les virgules. Ne te trompe pas de combat !
Trois revendications sont présentes dans la pétition. Il s’agissait de dénoncer la présence de produits hautement dangereux dans les bennes, de revendiquer le placement des poubelles hors de l’enceinte de l’hyper marché à des créneaux horaires négociés avec la Coordination des Gueux, et last but not least, comme avait ajouté fièrement Nic en fin de pétition, de réclamer le départ immédiat de Charque.
- A qui tu veux faire signer cette pétition ? demande Mart la bouche pleine d’un sandwich à la merguez.
- Ben aux clients pardi ! répond Nic. Finis ta merguez et signe aussi ! Mais auparavant, demandons un rendez-vous au boss.
C’est comme ça qu’une délégation de la Coordination des Gueux traverse la cour des livraisons, longe les quais le long desquels sont rangées les bennes, sagement alignées par ordre alphabétique.
C’est dans la benne J qu’ils l’ont trouvée.
Elle mesure 51 centimètres, a des grands yeux noirs bridés, tend un poing fermé sur son désespoir, et est mauve de colère.
Dégé voulait être le seul parrain, mais comme Nic a menacé d’une pétition, ils se sont partagé l’éducation de la Reine des Poubelles.
Evidemment, la légende de sa naissance n’a pas toujours été facile à assumer, pour la Reine des Poubelles.
Néanmoins, au vu des différentes périodes traversées notamment lors de son adolescence, dont la période assez pénible, pour ses parrains, des gardes robes Kill Bill, les épreuves endurées lui ont fortifié le caractère.
Il n’est pas rare de la voir traverser crânement le Paradiz avec une cravache à la main et un piercing à la narine droite.
Chez Dégé, elle a appris des recettes culinaires et l’art de la photo. Elle a aussi pris goût à la littérature pornographique, allez comprendre.
Chez Nic, elle a compris tous les mécanismes des luttes sociales et est capable de descendre jusqu’à huit demis en énumérant les stratégies militantes recensées à ce jour, de la pétition à la grève de la soif.
La Reine des Poubelles a fait carrière comme manager chez McDo. A trente deux ans, elle a déclaré un ulcère à l’estomac permanent, qu’elle soignera avec des séances de reiki. Elle finira par coucher avec le guérisseur.
Devant les portails de la cour de Paradiz, cinq poubelles jaunes sont alignées en début de nuit les jours impairs, cinq poubelles bleues les jours pairs.
La délégation menée par Nic a eu gain de cause sur la libre disposition, mais pour moitié : il s’agissait d’éviter la mise à disposition massive afin d’éviter l’appel d’air qu’elle pourrait produire.
Le dialogue social a produit ses effets.
Charque n’est parti que pour diriger un Paradiz plus grand. Il a été remplacé par Xavier B., qui a la réputation d’être ouvert aux négociations.
Arlette est partie à la retraite, elle a ouvert une soupe populaire qui accueille les sans abris avec leurs animaux : il n’y a pas de raison de ne pas aider ceux qui aiment les animaux, non plus.
Dégé attend avec une certaine impatience mais secrètement, la venue de petits enfants, même aux yeux bridés. Du moment qu’ils ne sont pas portés sur la cravache.
Au loin, gyrophare allumé et tournant, arrive le camion benne de la commune.
Courant à coté de poubelles en poubelles, des africains très noirs et portant des bonnets de laine colorés s’échangent des propos que nul ne comprend.
Audine
16:21 Publié dans c'est arrivé près de chez vous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.05.2008
Trois films dans les salles obscures
J’ai vu un film formidable qu’il ne faut pas que vous loupiez s’il passe par chez vous, il s’agit de « Dans la vie ».
Avant j’ai vu « l’un contre l’autre » et « les citronniers ».
Le premier, « l’un contre l’autre », est un film allemand et raconte la relation perverse, délétère, dans un couple, où lui est policier, et ça se passe en Allemagne. L’histoire est sombre et sans issue. C’est un film qui n’est pas agréable. La relation est très bien analysée. La femme, agacée et frustrée, aimerait que son mari soit un peu plus viril, dans son comportement général. Et elle se met à le battre pour qu’il réagisse. Peut être ce qui trouble et met très mal à l’aise dans cette histoire, c’est qu’on a envie de secouer aussi ce gros balourd de mari, qui est gentil certes, mais … Et puis qu’en fin de compte, ça n’est qu’une recherche de contact, de dialogue.
Le deuxième film, « les citronniers », est un très bon film israélien.
Salma, une veuve palestinienne, vit au milieu de son verger de citronniers, qui est placé sur la frontière entre Israël et les territoires occupés. Comme son nouveau voisin est le ministre israélien de la Défense , ses arbres deviennent dangereux, malgré la présence d’un mirador, car ils pourraient cacher un ou des terroristes. Donc le ministre décide de faire abattre les citronniers de Salma. Et elle décide de se battre légalement, en engageant un avocat pugnace, et en allant jusqu’à la Cour Suprême pour faire valoir ses droits.
(Salma - impressionnante Hiam Habbass)
En même temps que l’on voit la lutte de Salma, on observe l’évolution lente et souterraine qui s’opère chez la femme du ministre.
Tous les personnages secondaires de ce film sont fantastiques, avec un mention particulière pour le vieil ouvrier qui a toujours travaillé dans le verger et sert de père adoptif à Salma.
Salma porte en elle toute la fierté du peuple palestinien.
C’est parfois limite un peu chargé en bons sentiments, mais heureusement, comme dit l’avocat – très attachant cet avocat – nous ne sommes pas dans un film américain.
Je vous engage à aller voir « les citronniers », dont le réalisateur est Eran Riklis, c’est un film qui vaut le déplacement.
Enfin, je viens donc de voir « Dans la vie ».
Et j’ai adoré ce film, qui se passe à Toulon, et qui est fait par un cinéaste peu connu, Philippe Faucon, né en 58 au Maroc.
C’est l’histoire d’Esther, qui est une mère juive, qui a vécu à Oran avant d’être en France, et dont le fils, médecin neurologue, s’occupe avec amour. Mais comme elle est handicapée, en fauteuil, et ne peut rien faire seule, et que le fils a les moyens, elle a une infirmière et une dame de compagnie. Parce que la dame de compagnie est neuneu, c’est finalement la mère de l’infirmière, Halima, une marocaine musulmane, qui va venir faire la dame de compagnie. Entre les deux femmes, outre les affinités dues à l’âge et à la culture, une forte amitié pleine de vrais sentiments, d’écoute et de générosité, va se développer.
C’est un film plein d’humour, et par ailleurs, qui n’évite jamais les sujets graves, comme le corps handicapé, le racisme, l’imprégnation de la religion, que l’on voit surtout respectée par Halima et sa famille.
(Esther)
(Halima)
Les deux actrices, non professionnelles, sont époustouflantes, et elles sont superbes.
C’est encore, un film sur la femme, et quelle femme !!! la femme dans sa chair, et surtout, la femme de caractère, qui prend son chemin seule, et qui malgré son âge, sa culture, la religion et la pression énorme de la société et même, un comble, ses propres enfants normatifs, va poursuivre suivant ce qu’il lui semble bien de faire.
Demain, j’appelle ma mère pour lui dire qu’il faut absolument qu’elle voit ce film.
Et vous, surtout surtout, ne manquez pas « Dans la vie ».
Audine
23:52 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07.05.2008
on connaît la chanson
Diviser pour mieux régner...
«Nous soutenons tous les sans-papiers, nous ne voulons surtout pas prendre parti pour les uns ou pour les autres. Il y a eu une incompréhension avec la CGT. L’ennemi est commun: c’est Brice Hortefeux.», ainsi s'exprimaient hier Marylène Cahouet et Daniel Rallet du collectif Uni(e)s contre une immigration jetable (UCIJ), venus rendre visite aux sans papiers de la Coordination 75 qui occupent depuis la semaine dernière la Bourse du travail, rue Charlot à Paris. Cela semble sage en effet, les discussions avec la CGT n'ayant apparemment pas avancé. Voir Libé d'hier:
Rue Charlot, passants et visiteurs solidaires des sans-papiers
ou encore:
Les sans-papiers «oubliés» occupent la Bourse du travail
Difficile de savoir. Simple « malentendu »? Espérons. Attendons. Bien sûr le comble serait que le pouvoir, après avoir divisé, dressé les uns contre les autres (liste non-exhaustive) les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes, les chômeurs et les pas chômeurs, les salariés du public et ceux du privé, les français et les étrangers, les étrangers avec papiers et ceux sans, réussisse à faire de même entre les sans-papiers eux-mêmes. Avec l’aide de la CGT en l’occurrence. Mais n’allons pas trop vite, encore une fois. Soutenons dans tous les cas cette occupation. C'est pas le moment de faiblir.
Edgar
16:51 Publié dans L'espace militant des éxilés | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : cgt, sans papiers, lutte des classes
Sushi
16:44 Publié dans Ptits dessins | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
06.05.2008
Chronique des jours qui viennent après la quarantaine
Avant de commencer à me plaindre de mon sort je vous présente mon fidèle compagnon que l'on m'avait volée lundi dernier devant la mairie et qui est réapparu au même endroit une semaine plus tard ! Un mystère de plus qui ne sera pas résolu !
J'ai naïvement cru qu'avoir 40 ans serait à défaut d'une jeunesse retrouvée au moins une sérénité accomplie, mais depuis le début de l'année tout s'emballe et je commence à percevoir de très près ce que travailler plus pour gagner moins veut dire !
Après des humiliations à répétitions chez mon éditeur et un nouveau contrat tout nul qui pointait le bout de sa feuille, j'ai eu la prétention de croire qu'en partant je manquerai à quelques auteurs. Mon égo en a pris un coup quand j'ai vu que nul n'était irremplacable surtout en tant que correctrice ! Je conserve le comité de lecture et quelques évènements annexes et je pars avec toute ma fièrté quand même un peu abîmée.
Comme je suis la reine des opportunistes j'ai un super boulot pour le dauphiné libéré qui m'est tombée dessus, j'ai fait mes calculs (enfin si seulement je savais calculer je serai riche) et je me suis dit que si le salaire était médiocre (je suis indépendante catégorie que je partage aussi avec les prostituées mais tout le monde s'en fiche !) au moins je n'aurai pas de frais de route, je me déplacerais à vélo donc je serai en accord avec mes principes écolo, je me ferai un réseau pour enfin arracher la mairie au prochaine élection et surtout j'irai au spectacle gratos !
De spectacle je fais souvent ceux des salles des fêtes (je pourrai vous parlez d'une soirée cabaret avec des élus ivres morts et limite décents que vous enviriez ma position de priviligiée) des réseaux ce sont tous des grabataires qui vivent dans le passé d'une mairie perdue, et pour ce qui est de pédaler c'est efficace uniquement si je suis dans le coin (pas plus tard qu'hier j'ai pris la voie rapide à vélo pour aller couvrir un départ de feu et j'ai failli mourir 10 fois !)
Bon reste les remplacements au pied levé, ce matin je suis allée voir Sarko qui visité une maternelle d'un bled paumé j'ai donné l'info à ma fille sur son lieu de déjeuner depuis tout le lycée est là et je tremble qu'ils apprennent que je suis une infiltrée !
Je vais aussi souvent au théâtre mais ici seuls Gélas et Bénedetto ont le droit de citer, des soixantehuitards embourgeoisés qiu font la loi dans leur milieu, je m'en suis déjà mise un à dos car je lui ai demandé si il trouvait sa mise en scène de "Mireille" trop moderne pour que j'en comprenne l'essence ou si elle était résoluement 19ème siècle, depuis il ne veut plus que je vienne au première et l'a fait savoir à ma direction.
Je rencontre des auteurs aussi la semaine prochaine ce sera Gaston Kelman, cette semaine j'ai couvert l'attribution de lot pour les maisons Borloo (j'ai demandé au maire si dans développement durable il avait inclu le vieillissement de l'habitat, il m'a fusillée du regard et n'a pas répondu, je cherche encore ce que j'ai fait de mal !) j'ai fait une superbe expo macro sur le végétal qui m'a valu une page entière dans le journal et une invitation au parc de la tête d'or à Lyon pour mettre en mots des images.
Alors de quoi je me plains, peut-être de travailler dur, de me déplacer tout le temps et d'être payée en centimes !
D'avoir cette terrible sensation de toujours être à côté de l'essentiel, chez moi ca part un peu à vaux l'eau entre une aînée qui se dit que si elle a pas son bac elle va prendre une année sabbatique, une cadette qui vomit sa vie à une fréquence inquiétante et reste droite dans ses bottes me traitant de folle paranoïaque quand j'essaie de lui en parler, une benjamine qui se demande à quoi ca sert d'aller au lycée l'an prochain pour trahir son moi profond qui lui peut vivre au fond d'un lit en écoutant de la musique et mangeant des cookies et un mari qui soigne ses angoisses à coup d'herbe aromatique au point de voir la vie comme une distraction ou de toute façon tout finit par passer !
Au fond cette moitié de vie n'est pas une avancée en soi, juste un cap de plus à franchir et moi je nage très mal et j'ai un peu peur de l'eau donc parfois je cours au naufrage, d'autre fois je rame et les moments ou je navigue paisiblement ils sont où ?
Quelle arnaque la vie quand même surtout en étant de gauche dans une région de droite, mais y a pas que la politique dans la vie et les trahisons sont nombreuses.
Je file je vais couvrir la manif des lycéens et bientôt je vous parlerais d'un livre ou d'un truc drôle (si ca existe encore)
Grazie pigiste des grands jours
11:41 Publié dans ce monde-ci n'est qu'une vallée de larmes | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
03.05.2008
L'autofictif
Heureusement pour elle, la littérature française a Eric Chevillard.
C'est l'un des auteurs français les plus passionnant du moment,
un champion de l'écurie des éditions de Minuit,
au style bourré de drôlerie et d'intelligence.
Ses livres sont des constructions jubilatoires
qui déjouent avec très une grande ironie les conventions,
les clichés,
les poncifs,
les dogmes de la narration et de la la fiction.
On ne peut guère dire mieux que ce qu'en dit notre ami Wiki :
"D'un ton souvent incongru, faussement désinvolte, le style de Chevillard se plaît à détourner les conventions linguistiques et à faire jaillir, de situations apparemment anodines ou anecdotiques, les événements les plus absurdes afin de mettre en question les fausses évidences sur lesquelles repose notre rapport au monde et aux choses."
Il faut lire à tout prix, "Mourir m'enrhume", "Le caoutchouc décidément", "Du hérisson", "Palafox", "Oreille rouge"...
Orl se trouve qu'il tient un blog nécessaire,
où s'y lisent régulièrement quelques notes savoureuses,
des considération sur tout et rien,
sur la banalité,
sur ce qu'on ne remarque presque plus,
ramassée en phrases aussi brèves et saisissantes que des haïkus japonais.
Allez-y voir!
http://l-autofictif.over-blog.com/
Doudourou
17:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : eric, chevillard, l'autofictif, blog











