05.10.2007

Damages

 

Les Américains sont marrants.

Ils adorent les procès. Ils adorent en faire. Ils adorent y assister. A la télé bien sur. Ça tombe bien finalement puisque OJ Simpson s’est encore fait pincer et risque cette fois la prison à perpétuité.

Avant cela, il y eut le premier procès Simpson. Et puis Bambi, l’attoucheur de gosses qui porte des chaussettes pleines de paillettes argentées. De quoi régaler le voyeurisme de chacun ; y compris le mien.

Ce que les américains aiment bien également, ce sont les plaidoiries ! Grandiloquentes et dégoulinantes de bons sentiments si possible. A cet effet, l’américain est particulièrement doué pour exporter la plaidoirie hors du tribunal. Depuis « Mr Smith au Sénat » avec James Stewart, c’est le sport national.

On se souviendra également de Pacino, dans « Le temps d’un Week-end ». Amérique éprise de liberté, triomphante, faisant plier l’injustice à coups d’arguments massues.

Ceci étant posé, nous pouvons exposer le paradoxe suivant : si l’Amérique aime les procès, elle vit une relation bien plus conflictuelle avec les avocats.

L’observatoire des séries, conjointement dirigé par Audine et moi-même, pourrait s’étendre sur la question.

Dans les années 80 voire 90, l’argent roi rendait le monde capitaliste optimiste et unilatérale dans son mode de pensée. Les cabinets d’avocat étaient remplis de braves types et femmes comme vous et moi, pas moins névrosé(e)s, pas davantage.

Une série liquéfiante comme « La Loi de Los Angeles » s’attachait à décrire le petit quotidien d’avocaillons pris en étau entre la vie professionnelle et leur vie tout court. Morale lénifiante. Bleuettes débilitantes et bons sentiments garantis…ah, j’oubliais, sexe frustré également.

Mais l’Amérique n’en pensait pas moins. Il y a aussi les avocats véreux. Les homophobes de « Philadelphia », les pourris de « La Firme ». Le prototype de l’avocat arriviste qui connaît si bien la loi qu’il devient expert quand il s’agit de la contourner.

En 2006, CBS a ouvert le grand bal avec « Shark ». Mais finalement, il ne s’agit de rien d’autre que du portrait à peine réussi d’un avocat sans scrupules qui change son fusil d’épaule pour « driver » une fine équipe de légalistes criminalistes.

A peine peut-on se réjouir de revoir James Wood dans un rôle, même s’il n’est pas à sa mesure.

« Damages », série de la chaine cablée FX, portée des mains, des épaules, par Glenn Close est d’une autre trempe.

Le pilote est déjà un chef d’œuvre en soi. De suspense. d'intrigue à retournements 

L’action se déroule sur deux temps distincts. C’est le premier temps qui ouvre le bal. Une minette en sous vêtements, seulement recouverte d’un imperméable crêmasse déambule dans les rues de New York. Elle slalome entre les voitures, dans les embouteillages.

Les gens se retournent sur son passage. Normal. Une gonzesse à moitié à poil, qui court pieds nus, le regard vide, qui semble n’aller nulle part et qui, détail supplémentaire, est couverte de sang, c’est plutôt surprenant. La jeune femme se retrouve assez vite chez les flics.

Le deuxième temps de l’action est plus ancien. Six mois en arrière, rembobinage éclair. La jeune femme fait ses gammes dans le droit. Elle passe un entretien dans le cabinet qui l’a accueilli en tant que stagiaire. On lui propose un poste intéressant avec pas mal de thune à la clé. Mais elle refuse.

Elle refuse parce que l’un des plus réputés cabinets New-yorkais lui fait les yeux doux. Et ce cabinet est mené de main de fer, sans velours par Glenn Close (Patty Hewes).

On n’est pas vraiment dans l’atmosphère avocat véreux. Pas de transactions malhonnêtes, de cames ou de pots de vin, d’affiliation mafieuse. Non, rien de cela.

En revanche, Patty Hewes n’aime pas perdre. Il en va de sa réputation.

Et quand elle accepte de défendre un petit groupe d’employés floué par un entrepreneur accusé de délit d’initiés, ce n’est pas avec d’intenses convictions justicières chevillées au corps qu’elle va au combat, c’est avec la volonté de gagner, dans les grandes largeurs, pour humilier l’adversaire. A cette victoire, elle est prête à tout sacrifier. Ses employés à elle. La vie des témoins. La vie de cette jeune fille qu’elle recrute et qui finira pieds nus dans les rues new-yorkaises, couvertes du sang de son petit ami.

Le pire de l’Amérique en somme, ou quand la justice ne devient guère plus qu’une guerre d’ego, favorisée par sa structure même : un jury populaire, deux avocats défendant leur propre camp essayant davantage de le faire gagner plutôt que d’essayer de faire percer la vérité derrière le paravent des faux-semblants.

Cette série est encore inédite en France, mais elle vaut le détour.

rédigé par Tivitioub

Commentaires

Ahah, excellent ! Evidemment, j'adore Glenn Close.
Dès que j'ai un peu de temps (cad dans 10 / 15 jours erf ! il faut que je revois un peu pour mieux raconter), je fais une note sur l'obsession de l'Amérique pour les avocats (enfin nous aussi un peu non ? heuuuuuuuu non j'ai rien dit).
A l'aide de l'adorable série "Ally McBeal".

Ecrit par : Audine | 05.10.2007

Oui, excellent. Close y est très manipulatrice, machiavélique, comme elle peut l'être, dans un autre domaine, dans Les Liaisons Dangereuses.
J'ai vu les trois premiers épisodes (de 55 mn chacuns) et j'ai avalé le tout d'une traite...
C'est très "noir" dans l'esprit.

Le premier épisode est sans doute le meilleur pilote que j'ai vu depuis des années.

Pour les non-initiés, un pilote est le premier épisode "test" d'une série. Il sert de base de jugement à la chaine pour déterminer si la série peut être lancée. Parfois, les pilotes sont fouillis parce qu'ils cherchent à planter tous les drapeaux.
Si bien que l'intrigue est ramassé, les personnages dessinés à la truelle de maçon...

Enfin. Là, rien du tout. Ce pilote c'est comme un mini-film. Le retournement final est autant un abime de question qu'un mise en perspective des personnages qui les révèle sans avoir besoin de les affubler de tics de tempéraments grossiers...

Du grand art !

Ecrit par : Télétubs | 05.10.2007

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