29.10.2007

Frisson à la con

Cowboys City

« Mais ils sont dingues !! »

Bon sang… j’ai le cœur qui palpite à cent à l’heure et je tremble sans pouvoir m’arrêter.

« Des fous, c’est pas possible !! … Oh la la, ils sortent maintenant ! »

Leurs deux portières se sont ouvertes simultanément et ils ont surgi de leur véhicule comme des diables à ressort. Ils s’approchent à grandes enjambées, mains posées sur l’étui noir à la ceinture, l’air mauvais.

« Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire ?... »

Nuit nuageuse à peine éclairée par de pâles réverbères clairsemés ; les rues sont vides et les volets clos ; deux heures du matin ; je rentre d’une longue soirée de douceurs, alanguie. Et ça !

On dirait qu’il n’y a qu’eux et moi dans la ville.

« Oh, bon dieu… »

Maintenant, il y en a un tout près. Il me regarde et me fait un signe.

« Il veut que je sorte ? »

Je n’arrive pas à bouger.

Ils m’ont doublée en trombe et se sont mis en travers de ma route ; ça n’a pris qu’une seconde. J’ai freiné violemment. Il n’y a pas eu de choc. Rien que mon cœur qui n’en finit plus de battre comme un forcené et mon cerveau qui tourne à vide.

« Qu’est-ce qui se passe ?... »

Il s’est penché en avant et frappe à petits coups secs et péremptoires sur ma vitre. Je comprends qu’il veut que je l’ouvre.

Un long frisson. Je me ressaisis. D’une main tremblante, je tourne fébrilement la poignée et la vitre descend par à-coups.

-         Veuillez couper le contact et présenter vos papiers !

Il a une bonne cinquantaine, un visage dur et fermé et des yeux glacés qui font le tour de l’habitacle et reviennent se fixer dans les miens.

Je m’empresse et farfouille nerveusement dans mon sac sur le siège-passager. Naturellement, je ne trouve pas mes papiers et sens son regard transpercer ma nuque.

« P…, ils sont où ces fichus papiers, M… !!! »

Il faut que je me calme.

Je me force à respirer profondément, mais je pense à sa main, toujours posée sur sa ceinture. Je tremble à nouveau et décide de renverser mon sac sur le siège.

« Ils sont là, enfin ! »

A leur place. Dans le portefeuille.

-         Voilà Monsieur !

Surprise d’entendre ma propre voix, je les lui tends à travers l’absence de vitre. Il s’en saisit en plantant son regard de reptile dans le mien et recule d’un pas.

Je perçois un mouvement de l’autre côté de ma voiture. C’est l’autre. Il a dû faire le tour par derrière. Il longe lentement l’avant de mon vieil engin en l’examinant avec attention.

Un air très jeune, presque enfantin. Très sérieux.

Il s’immobilise à l’avant et fait un signe de tête, comme une affirmation, à l’adresse de son collègue qui me lâche des yeux et se plonge alors dans l’examen de mes documents.

Mon regard ne sait plus où se fixer et roule de l’un à l’autre comme si je pouvais trouver une réponse dans leur attitude silencieuse.

Je sursaute tout à coup. Le plus vieux vient de me parler.

-         Pourquoi avez-vous fait demi-tour en nous voyant arriver, Mademoiselle ?

Je ne comprends pas… De quoi m’accuse t’il ?...

-         Je suis désolée, je ne comprends pas votre question, Monsieur…

Il répète en haussant la voix et en détachant les mots comme si j’étais une demeurée.

Une lueur de compréhension inonde enfin mon cerveau.

-         Sur le boulevard ?...

Il me laisse parler.

-         Je faisais juste une marche arrière en sortant du parking de mon ami… le terre-plein m’empêchait de traverser… J’ai reculé…

Il ne dit rien.

-         Je ne vous avais même pas vu !

J’ai l’impression d’avoir crié dans la nuit.

Il fait un autre signe à son collègue qui se rapproche. Je ne sais pas si je me fais des idées mais j’ai maintenant l’impression que le jeune est mal à l’aise. J’ai une grosse bouffée d’angoisse. Je sens que le plus vieux a décidé d’être mon ennemi.

-         Vous allez descendre du véhicule. Nous allons contrôler votre taux d’alcoolémie.

Un geste pour son jeune collègue en direction de leur voiture dont le gyrophare n’a pas cessé de jeter son faisceau lumineux, sans bruit.

-         Mais je n’ai rien bu, vous savez… J’étais juste chez un ami…

J’ai détaché ma ceinture et suis sortie. Je ne tremble plus. Ma voix non plus. Pourtant, je suis inquiète…« Est-ce qu’un whisky-orange plus orange que whisky bu il y a plus de cinq heures, c’est trop ? » Ma raison me dit que non, mais…

Le plus jeune me tend à présent un boitier rectangulaire, noir, avec un petit écran lumineux, des boutons et un embout.

 

-         Soufflez, Mademoiselle !

Je dois avoir l’air méfiant, ne sachant pas comment m’y prendre. Peur de mettre les doigts où il ne faut pas.

L’autre s’impatiente.

      -      Qu’est-ce que vous attendez ? Soufflez !!

Je m’empare de l’objet et m’exécute pour m’interrompre presque aussitôt en sursautant. Un bip inquiétant a jailli de l’appareil.

-         Il ne faut pas vous arrêter de souffler !

Une énorme colère m’empoigne et je me retiens de fracasser l’éthylomachin sur la face éructante du sale type qui m’arrache le truc des mains, hors de lui et se met à tripoter les boutons comme un malade.

-         Mais ça a fait bip !

Ca y est, il a devant lui la conductrice la plus débile qu’il ait jamais rencontrée… Je le consterne ce qui a le mérite de le calmer, juste un peu… Il s’adresse à présent à moi avec un mépris où perce un reste d’irritation maîtrisée.

-         Il faut souffler tout l’air que vous avez, lentement, sans reprendre votre respiration !

« Ok, pauvre taré… tu n’aurais pas pu le dire avant ? »

J’ai soufflé en suivant la consigne.

Quand leur voiture s’est éloignée, j’ai ressenti un immense soulagement, et une belle jubilation d’avoir déçu ce petit chef de la terreur, frustré de n’avoir pas vu la réalité s’ajuster à son grand film de cowboys…

 

  mélimélo

 

Droit de réponse

 

Rapport de police n°2114-5812, du 15 novembre 1990

 

Ce soir là, vers 2h du matin, j’étais en faction avec mon collègue Gilbert Martinet sur le boulevard Emile Zatopek, lorsque une BX blanche (mais sale qu’on aurait dit une grise) avec des bandes Gordini et des survitrages pare-soleil violet a fait volte-face sur les chaperons de roue à la vue de notre véhicule de service banalisé en bleu.

C’est là que j’ai dit à Bébert (c’est le diminutif de Gilbert, mon collègue, tout le monde l’appelle Bébert) « z’y va, Bébert, cet’là elle a quelque chose à se reprocher où je m’appelle plus Marcel » (Marcel c’est mon petit nom à moi que j’ai).

 

Ni une ni deux, Bébert a remis les piles du gyrophare (qu’il avait empruntées pour le décapsuleur électrique) et on a pris en chasse le véhicule sus désigné avec notre 4L de service en 3ème vitesse (j’ai pas trouvé la 4ème ).

 Alors que nous avions presque rattrapé la chauffarde, celle-ci a freiné violemment et sans raison puisque le feu tricolore était orange (faut que je vérifie, quand même) et vu l’état des freins de la 4L bleu banalisée que c’est une honte, j’ai été obligé de la dépasser pour m’arrêter juste devant la BX gris clair, debout sur les freins alors que Bébert renversait sa bière, ce qui le met toujours de sale humeur. 

Comme je n’ai pas trouvé non plus la sonnette, j’ai tapé au carreau, car de toute évidence il y avait quelqu’un à l’intérieur de la BX sale (selon moi et Bébert).

L’individu de sexe féminin approximatif mais dépourvu d’airbag, avait les mains en l’air et a ouvert son carreau avec les dents.

Là, une forte odeur de patchouli m’a piqué les yeux (emmélimélée à une odeur de cigarette comme celles que fume le fils du chef qui les fait lui-même).

 

Je lui ai demandé de reposer ses mains sur le volant en moumoute, puis Bébert y lui a dit : « papiers siouplait ma ptite dame » selon la formule consacrée. 

  La dame, qui transportait une choucroute sur la tête, a retourné sur le siège passager un sac à main qu’on aurait dit une vache normande (rapport à la taille du sac et à la couleur), puis a entreprit des fouilles d’un bon quart d’heure avant de retrouver ses papiers qui étaient d’équerre (ou en règle ?).

Mais comme Bébert, qui a du flair, avait repéré une bouteille de whisky (mais pas celle de jus d’orange) dans le tas d’affaires issues du sac à main contondant, il a rincé un alcotest avec le reste de bière afin de demander à la conductrice de souffler dedans (vu qu’on en avait plus de neuf à cause que ce soir là Bébert et moi on a fait un concours de soufflage de ballons de couleur)

 

« Souffler là dedans? Ça va pas, non ? » qu’elle a répondu, avant que je comprenne que ma braguette était ouverte et qu’il y avait quiproquo.

Pour mettre fin à la confusion, j’ai fait descendre du véhicule la contrevenante potentielle avant de la faire souffler dans le ballon, mais elle était toujours à hauteur de ma braguette (pas moyen de la fermer, saloperie d’uniforme).

Là, j’ai compris que l’individu était de petite taille, rapport aux 5 coussins sur le siège conducteur de la BX, et je me suis baissé pour lui tendre le ballon.

L’individu de petite taille a déclaré « ouh là là ! je reviens d’une soirée de fête et de luxure, comptez pas sur moi pour souffler dans les ballons et refaire la fête avec vous, les gars, jai mal au crâne…» (exactement comme ma femme).

 

La naine rehaussée d’une choucroute avait l’air de bonne foi (contrairement à Bébert dont le foie donne des signes de faiblesse) et nous avons décidé, Bébert et moi de la laisser filer après avoir confisqué la bouteille de whisky.

  Je ne comprends pas de quoi se plaint la nai.. la dame de petite taille, car en plus j’ai été chercher une pelle dans la 4L pour l’aider à tout remettre dans son sac, et Bébert a nettoyé le pare-brise de la BX avec de l’alcool en faisant de la buée dessus avec sa bouche. 

Marcel (mal) Aymé.

  

 

 

Les témoins (mais pas que)

  

Aliz et le Grand Duduche (pas le vrai bien sûr mais un pote qui lui ressemble trop) revenaient à pied par le boulevard Emile Zatopek. Il était tard, ils étaient fatigués mais contents : ils avaient fait un bon collage ce soir, des affiches pour le festival RAS (Résistances Alternatives Solidaires) du week-end prochain. Aliz avait encore quelques affiches sous le bras qu’ils colleraient le lendemain de l’autre côté de la ville, Duduche portait le seau de colle et le gros pinceau. Ils sifflotaient gaiement l’air immortel de Parabellum :

 

Mort aux vaches
Mort aux condés
Vive les enfants de Cayenne
A bas ceux d'la Sûreté

 

Tout à coup, dans le calme de la nuit, gyrophares, crissements de pneus, la totale. Duduche et Aliz se jettent dans les buissons qui bordent l’allée centrale du boulevard Zatopek (qui avait bien pu le baptiser comme ça, qu’ils s’étaient toujours demandés). Non, c’était pas pour eux. Une voiture de police venait de stopper brutalement devant une super5 mauve comme on n’en fait plus. Les bleus s’extirpent de leur caisse encore fumante immobilisée en travers du boulevard genre ça y est on a chopé Mesrine, et se dirigent vers la petite voiture arrêtée derrière. C’est le tandem classique : le vieux sac à gnole pervers, le jeune boutonneux abruti, on se demande s’ils le font exprès. Le vieux s’approche de la portière conducteur jambes arquées les pouces dans la ceinture la matraque qui tangue et braque une torche à l’intérieur, tandis que le jeune fait le tour de la voiture pour l’inspection, comme à l’entraînement (et dans les séries TV).

 

Nos observateurs en embuscade distinguent alors assez bien le seul occupant de la super5 : c’est une occupante, menue et l’air adorable mais visiblement terrorisée.  Elle cligne des yeux et ne semble pas comprendre ce que lui dit l’enculé en uniforme.

 

- Regarde, dit Duduche, il arrête pas de se toucher la braguette…

- S’il la sort, on la lui coupe ! rétorque Aliz.

 

Bon finalement la fille tend ses papiers au gradé mais celui-ci en veut plus apparemment car il fait signe  au jeune con d’aller chercher quelque chose dans la voiture de patrouille.

 

- Ils vont pas lui faire le coup du ballon quand même…

- On dirait que si…

 

Aliz et Duduche hésitent à sortir des buissons pour se porter officiellement témoins de ce qui s’apparente de plus en plus à un abus de force publique car ils ont un paquet de beuh sur eux (de la super bonne en plus, de la thaï « fil rouge ») et ce serait dommage de devoir balancer tout ça en cas de garde à vue… Que faire ?

 

- Attends, dit Duduche qui contourne le massif de troènes et s’éloigne sur la gauche…

 

Les pandores sont tout à leur affaire, ils ont fait sortir la fille de sa voiture et, oui, souffler dans le truc. Aliz bouillonne. Puis elle commence à comprendre. Duduche a fait le tour, il a traversé le boulevard et s’est posté derrière des poubelles, tout près de la bagnole des keufs, le seau de colle à la main. Les argousins n’en peuvent plus d’humilier la fille qui visiblement ne sait pas s’y prendre pour souffler dans le machin. Ils n’ont rien capté. Duduche continue de s’approcher de la tire, le seau de colle toujours à la main. Dans leur précipitation, les cognes ont laissé les portières ouvertes, il se faufile à l’intérieur et déverse généreusement  le contenu du seau dans les deux sièges baquets. Puis il revient bien vite rejoindre Aliz qui pouffe déjà. La colle pour les affiches ça colle pas plus que ça, mais dans le genre visqueux et dégueulasse on fait difficilement mieux… (et puis c’est transparent, et dans la pénombre…)

 

Les bourres en ont fini, dépités que leurs aventures nocturnes s’arrêtent là et ils regagnent le plus nonchalamment possible leur patrouilleur, tandis que la fille semble reprendre ses esprits et a déjà remis le contact, embraye, les dépasse et s’éloigne. Dommage, elle n’aura pas entendu le tonitruant ET MEEEEERDE !!!! PUTAIN BORDEL QU’EST-CE C’EST QUE CE TRUC ??!! Les poulets ressortent le cul dégoulinant de colle, évidemment ils se sont vautrés sur leurs sièges sans faire gaffe !

 

Dans les buissons ça jubile. On attend un peu et puis on reprend la route.

 

Mort aux vaches
Mort aux condés
Vive les enfants de Cayenne
A bas ceux d'la Sûreté…

 

Ed.

 

 

 

 

 

Exclusif : L’autre témoin

  

Romuald Rooney est un solitaire.

Oui mais voilà, c’est un solitaire contrarié, car Romuald est marié depuis 19 ans, et en plus à la même femme, Gina.

D’un tempérament plutôt effacé, qui convient parfaitement à son job d’aide comptable-adjoint à la société fiscale de Rampur, il vient d’avoir 40 ans, et tire un bilan accablant d’une vie de sous-fifre, sans ambition, sans caractère, soumis à son chef de service comme à Gina, son épouse.

 

Il a nourri de sombres projets, comme celui d’éliminer Gina en lui faisant subir un tabagisme passif, mais ses deux paquets de cigarettes quotidiens n’ont pas eu l’air (vicié) d’avoir affecté Gina alors que lui, Romuald Rooney, a le souffle court et la bronchite chronique.

De même, puisqu’il est en charge des repas, il a multiplié les recettes bien grassouillettes, espérant occire Gina dans l’embonpoint, mais c’est bien lui, Romuald, qui s’est ramassé un taux de cholestérol record.

 

Romuald est, disons-le, un peu con, ses multiples tentatives de contrarier son chef de bureau  en attestent également. On citera en exemple cette fois où il a supprimé l’autocollant orange qui barre la porte vitrée de son propre bureau de façon à ce que son chef se la prenne dans la figure, mais c’est lui Romuald, sous l’effet d’une gastro soudaine, qui se l’est prise en pleine tronche.

 

Mais ce soir là, lorsque Gina l’a engueulé et humilié devant sa copine Bernadette pour une triste histoire de chaussettes qui traînaient au pied du lit, avant de se moquer de lui en l’appelant « Ro-Ro » avec une voix qui imite une tourterelle asthmatique, Romuald Rooney a vu rouge.

 

Il est donc sorti en claquant violemment la porte sur ses doigts (volontairement, pour amortir le bruit…), avant de déambuler en ville, jusqu’à se retrouver sur le boulevard Emile Zatopek, vers 2h du matin.

 

Oh, il n’est pas arrivé là par hasard, car ses pas ont été guidés par la filature discrète du grand Duduche et d’Aliz en pleine campagne d’affichage, séduit qu’il était par le caractère aventureux de ces rebelles qui vivent à la colle, ainsi que par la silhouette gracile et déterminée d’Aliz, car Romuald est sensible au charme des petites brunes déterminées, alors que son épouse Gina est une grande rouquine lascive (à 60 degrés).

Oui, la vie est mal faite, surtout celle de Romuald Rooney.

 

Mais malgré l’attrait indéniable qu’exerce Aliz sur sa personne, les affiches gauchistes qu’elle collait en compagnie du grand Duduche allaient pousser Romuald, électeur de l’UMP, à l’ignominie (il n’a jamais osé voter pour Le Pen car Gina lui a interdit).

 

Placé derrière les deux colleurs d’affiches, il avait assisté à toute la scène, et, réprimant un début d’érection lorsque la petite blonde semblait tenter d’obtenir des forces de l’ordre une indulgence à la force du poignet et du bout des lèvres, il avait bien entendu observé Duduche en train de déverser la colle sur les sièges de la 4L bleue.

 

Jaloux de ce grand escogriffe qui avait la chance de se promener la nuit avec la charmante brunette, il allait les suivre jusqu’à leur Twingo, assister aux contorsions du grand Duduche pour rentrer dans le véhicule, et relever le numéro de la plaque minéralogique.

 

Ro-ro tenait enfin sa revanche sur la vie ainsi que sur sa calvitie précoce qui laissait apparaître ses oreilles décollées, et il allait pouvoir agir, exister, en témoignant de ce que ses propres yeux avaient vu. Enfin un destin à sa mesure !

 

Il se dirigea vers le commissariat, où un policier était en train de décoller ses deux collègues de leurs sièges à l’aide du Karcher tout neuf dont le commissariat venait d’être doté pour nettoyer la racaille.

- J’en ai plein le cul, disait Marcel, ce qui prouve que les policiers ont de l’humour, alors que Bébert suppliait qu’on ajoutât un peu de pastis à ce déluge d’eau.

 

C’est donc en colle à borateur bienvenu qu’il fut accueilli au guichet, et l’informatique aidant, il ne fallut que quelques minutes au planton de service pour retrouver l’adresse concordant au numéro de la plaque.

 

Ro-ro fut placé en garde à vue pour non-assistance à personne en danger, pendant que le lieutenant de police s’exprimait ainsi :

- Ah, les gars, cette fois ci on le tient !

 

L’adresse collait effectivement à celle du chef des activistes de gauche, le fameux Edgar le Rouge, l’impitoyable Edgar, détesté par toutes les polices de France pour ses idées révolutionnaires et ses multiples attentats envers les forces de l’ordre, le cerveau du gang des colleurs, et le signalement du grand Duduche et celui d’Aliz concordait ainsi que les faits : on ne comptait plus ces temps-ci les attentats à la colle, dont le célèbre attentat à la super glue de la rue A. Désive, où une compagnie entière de CRS s’était retrouvée scotchée, accoudée à un bar où des filles racolent le client.

93bis 

A suivre, si quelqu'un…s’y colle.

     

 

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Commentaires

Mouarf ! les cowboys des villes ...
C'est vrai que ça n'est pas évident, comme ça, à se servir d'un éthylo machin quand on l'a jamais fait !
Ca fait une drôle de fin glauque à une soirée sympa.

(incidemment, comment tu fais pour changer la police - de caractère ! - et la taille ?)

Ecrit par : Audine | 29.10.2007

Ainsi, dame ! En l'écrivant d'abord dans Word !

Ecrit par : mélimélo | 29.10.2007

comme dirait Coluche, "n'ayez pas peur , Madame, nous ne sommes pas de la police" .
moi, j'ai toujours les j'tons quand je vois une voiture de flic... il fô dire que parfois j'ai un peu plus d'un whisky orange quand je rentre le soir...juste un peu au dessus de 0,5 g allez savoir...je ne suis pas la reine de de la route chère aux VRP tout de même !

ouais je sais , c pas bien de boire , de fumer, tous ces excès d'ivresse

Mais c vrai que dans ces cas là, je panique même très à jeun et je trouve pas les papiers dans ces fichus sac de filles comme chanterait "Camille"

Merci du conseil pour l'éthylo, où j'espère ne jamais souffler !

Ecrit par : beabab | 30.10.2007

Que veux-tu Méli, personne n'est obligé d'être policier, et pourtant...

Ecrit par : edgar | 30.10.2007

Il est super bien écrit, en plus, ton texte, méli!
Tu fais vraiment bien ressentir ton sentiment, le contexte,
l'ambiance nocturne.
C'est vrai ue les contrôles de Police ont ce chic de te faire sentir coupable,
même si tu n'a rien fait :
tu te mets à chercher dans ta tête où tu as fait une faute,
où tu as enfreins une règle...
C'est très kafkaïen comme sentiment!

Encore bravo pour ce beau texte!

Ecrit par : doudourou | 30.10.2007

"Cowboys City" !!!!!!!!!!!!!!

alors " et l'eau , cowboys in the sand " ?
que des frissons cette chanson que JE savais à peu près jouer-chanter !!

j'ai gagné ou pas ?

Ecrit par : Crosby Stills Nash and Young Cactus | 30.10.2007

j'ai du changer l'original :
COW-GIRL IN THE SAND !
pour que tout ceci garde , j'avoue , un " non-sense"
au fait :-(

Ecrit par : Crosby Stills Nash and Young Cactus | 30.10.2007

C'est quand même terrible. On finit presque par se dire qu'avoir peur des bleus, ça fait partie du décor. Y a quand même quelque chose qui cloche.

Ecrit par : télétubs | 30.10.2007

au fait qu'est devenue notre Fée Clochette ?

Ecrit par : Cactus magique chien | 30.10.2007

J'adore ton point de vue, Marcel ! Dans la nuit, j'avais pas remarqué à quel point tu étais déchiré, et vue ma taille, par chance, je n'ai même pas senti ton haleine avinée ! Tant mieux... j'aurais eu encore plus la frousse !
Heureusement que dans la police, ils savent qu'il ne faut pas toujours se fier aux témoignages...

Ecrit par : mélimélo | 30.10.2007

morte de rire le droit de réponse !!!

Comme quoi, chacun voit minuit à sa porte.

Ecrit par : Audine | 30.10.2007

Le pire de tout, quand on se fait arrêter par la police, c'est que même si on n'a rien à se reprocher, on est complètement stressé et on perd tous ses moyens, genre ne pas retrouver ses papiers qui sont pourtant à leur place.
On deviendrait servile, tremblant comme un gamin pris la main dans le pot de confiture, devant un marcel ou un bébért, qu'au fond de soi, on considère peut-être comme un imbécile.

Ecrit par : Fleur d'hiver | 31.10.2007

Ouaip Méli, chouette texte.
Si je puis raconter, moi aussi mais avec moins de talent, mes démélés avec la maréchaussée, il y a de cela fort longtemps.
Je rentrais de mon boulot à l'hôpital dans ma petite Renault 6 toute pourave, et je raccompagnais une copine, c'était sur mon chemin.
Juste après le croisement Sakakini-bd Chave (pour ceux qui connaissent, pour les autres c'est au même endroit) une voiture de CRS (=SS) était garée, et des messieurs en uniformes trônaient sur la chaussée.
- Regarde-ça, me dit ma pote, ils font leurs beaux, ils paradent, ils croient que de les voir en uniforme ça va nous faire … (censuré, ma pote a un langage peu châtié).
Elle commence à leur sortir, à voix très basse, des noms d'oiseaux, quand le gars sur la chaussée me fait signe de m'arrêter.
- Putain, il t'a entendue ! C'est pas possible, juste à moi !
Le gars s'approche de ma voiture, j'ouvre ma vitre, il touche sa casquette pour me saluer, j'y répond bonjour monsieur (d'une toute petite voix). Puis il fait le tour de la voiture, donne un petit coup dans les pneus (chance, pour une fois, je les avais gonflés comme il faut). Il avait vraiment fière allure, le zig, il nous regardait en souriant (on était jeunes et belles à l'époque), mais il faisait durer le plaisir. Pendant ce temps, j'énumérais dans ma tête : "bon, j'ai les papiers, l'assurance est à jour, voyons, qu'est-ce que j'ai qui va pas ?".
Au bout d'un moment, monsieur l'agent s'approche de moi, toujours souriant, et me dit : "Vous avez un caducée ? Vous êtes infirmière ?"
Et alors, vous savez quoi ? Moi et mon sens de l'humour à deux balles ! J'y réponds :
- Non, c'est une voiture que j'ai volée, et y avait ça dessus.
Oh la vache ! Qu'est-ce que j'ai pas dit là ! Le mec il en a perdu le sourire, il me fait d'un ton sec : Garez-vous et sortez-moi vos papiers !
Et il a tout vérifié, tout ! Si les clignotants marchaient, si j'avais la roue de secours bien gonflée (l'a fallu que je la sorte), si le warning marchait, la jauge d'huile, TOUT ! Si j'avais des ampoules de rechange pour les phares, les feux de croisements, etc. On y a passé une heure ! Et ma copine qui essayait de l'amadouer :
- Vous savez, mon amie est une rigolote. Là on sort de l'hôpital, on est infirmières, on a eu une dure journée, et on a les petits à aller chercher à l'école. Elle a pas voulu se moquer, etc.
Et plus elle en disait, plus il en rajoutait dans les vérifications.
Finalement, quand il nous a laissées repartir, il avait retrouvé son sourire, mais ce n'était plus du tout le même !

Ecrit par : dryade | 31.10.2007

eh oui Dryade, c'est pour ça que j'ai rajouté un épisode (voir ci-dessus dans la note), d'abord parce qu'il faut toujours un troisième point de vue, et puis parce que des fois c'est quand même les indiens qui gagnent...

Ecrit par : edgar | 31.10.2007

Et bien moi, Dryade, je trouve que ton texte, il est bien vivant !
Pour ce qui est du sens de l'humour de "la force publique", j'espère que tu as perdu tes illusions... et même, si ça se trouve, le critère de recrutement numéro un c'est une absolue incapacité à l'autodérision ?
Quant à la prétendue fascination pour l'uniforme, elle concerne avant tout ceux qui le porte !

Ecrit par : mélimélo | 31.10.2007

Merci pour le témoignage, Edgar !! Maxi bon !

Ecrit par : mélimélo | 31.10.2007

Excellents, oui, les textes d'Edgar et de Dryade!
Celui de Dryade je n'ai aucun mal a l'imaginer dit avé l'assent!

Ecrit par : doudourou | 31.10.2007

Merci.

Mélimélo, j'ai hésité à rajouter le témoignage et les bêtises d'Aliz et son pote dans le corps de la note (et puis pas tes coordonnées pour te demander), mais c'était quand même dans la lignée... c'était tellement bien raconté ta mésaventure qu'on s'y croyait et... c'est sorti tout seul. à +

Ecrit par : edgar | 01.11.2007

Moi j'aime bien qu'on s'amuse dans "le corps de ma note", Edgar ! Et ça permet une lecture qu'on risquerait de rater autrement. C'est tout bon !

Ecrit par : mélimélo | 01.11.2007

Oui, vos témoignages (et détournementde R5 mauve) sont très drôles, enfin à leur lecture.

Ecrit par : beabab | 01.11.2007

Roh, Roh ! morte de rire ! Ca colle forte ! Et dire que je croyais la ville morte... Si je me fais à nouveau arrêter un jour, je vais avoir du mal à réprimer un énorme fou rire...

Ecrit par : mélimélo | 01.11.2007

mouAHAHAHAH !!! trop drôle!! 93bis, t'es dur avec le RO-RO quand même. Mais sache que le dangereux "chef des activistes de gauche" a plus d'un tour dans son sac héhé, et c'est pas un vulgaire colle à borateur qui va le faire coincer! enfin on verra bien... car de mon côté ces jours-ci je vais être très très pris (pas d'attentat à préparer hein) et donc a priori je pourrais pas m'y mettre, d'ailleurs là faut qu'je décolle... effectivement si ça tente quelqu'un(e) de poursuivre...

(le coup de la compagnie entière de CRS scotchée au bar à demoiselles de compagnie - mais pas forcément de CRS -! elle est vraiment bonne!)

Ecrit par : edgar | 01.11.2007

me voilà donc encore embarquée dans des aventures loufoques, mézenfin, si c'est pour la bonne cause... j'me disais bien que j'avais eu l'impression qu'on nous suivait ce soir-là...


PS: je rajoute là haut une photo d'une de nos premières actions, c'était au printemps 2006.

Ecrit par : aliz | 02.11.2007

euh... je précise que la dernière vignette n'est pas de moi...

Ecrit par : aliz | 03.11.2007

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