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31.10.2007
TROMBINOSCOPE

méliméloween
accueille les petits visiteurs...
gniark gniark gniark !
18:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
This is England
Ce film anglais de Shane Meadows renoue avec la lucidité sans concession et la satire sociale des Stephen Frears, Ken Loach et autres Mike Leigh de nos meilleures années anti Maggie.
En 1 h 37, il nous raconte la vie de Shaun, un gamin de 12 ans, de milieu social modeste, mais comme est le milieu dans lequel évolue toute la population de cette ville côtière du nord de l’Angleterre.
Il faut prononcer THIS is England en appuyant fortement sur le this.
Shaun a perdu son père dans la guerre des Malouines, et c’est une douleur de penser à lui comme à la guerre, puisque celle-ci est décriée, les jeunes l’analysant comme un outil d’ascension au pouvoir de Maggie et surtout, de détournement des préoccupations sociales, 3,5 millions de chômeurs, et de la xénophobie de plus en plus au grand jour, c’est la faute aux pakis qui prennent les jobs des anglais.
Shaun est hérissé comme un chat sous électricité statique, et n’hésite pas à cogner même un lycéen qui fait 3 têtes de plus.
Il a tout le monde sur le dos.
Jusqu’à ce que par hasard, il rencontre une bande de skinhead, menée par Woody, une sorte de monsieur Hulot dégingandé, intelligent, tendre, et qui l’introduit dans la bande, quitte à pousser un peu un d’eux, Gadget, qui finit par lui faire de la place malgré son poids – à Gadget.
Woody lui fait partager leurs exutoires, et on vit un passage extraordinaire, où ils vont « à la chasse », dans cette zone socialement délabrée, au milieu des immeubles abandonnés et des friches industrielles.
Puis il est totalement intronisé, après une coupe de cheveux, un habillement adéquat – bien que sa mère refuse les Doc Martens rouges et surtout trop chères et surtout peut être pas de sa taille … - et puis un échange de fluides corporels avec Smell – c’est pas pour l’odeur, son surnom, explique t elle dans un moment surréaliste, mais parce que c’est un diminutif jeu de mot – sorte de nana plus peinturlurée qu’elle tu meurs. Mais bon, elle se laisse séduire par Shaun même s’il lui rend bien 30 cm.
Shaun est intégré aux skinheads, les héritiers directs des skins des années 70, les adorateurs du reggae, copains avec les jamaïcains donc.
Ce passage, heureux, correspond au THIS du titre.
C’est ce qu’on voit, l’Angleterre, la pauvreté, la solidarité, la tendresse entre les anglais, l’acceptation surtout, des différences.
Puis arrive ce qui va correspondre à ENGLAND.
Combo, un du coin qui sort de 3 ans de taule – et les aurait évité à Woody ? – revient avec son copain de taule, une espèce de monstre de cirque, tout le temps torse poils, une moustache tombante, des biceps saillants, une intelligence inexistante, et un sabre qu’il brandit comme le pirate des Caraïbes.
En une journée, il va ronger à l’acide tout ce qui existe comme liens sentimentaux entres les gens, détruire la bande, injecter la xénophobie, et mettre en spectacle la haine pure, celle qui fait se tordre les bouches et les âmes.
Il prend le lead du groupe, Woody s’en va écoeuré, mais ses copains le suivent plus ou moins, et surtout Shaun, que Combo a réussi à convaincre qu’il ne faut pas que son père soit mort pour rien dans un tour de passe passe où ça devient la faute aux jamaïcains et aux pakis, Shaun donc passe de la curatelle d’un grand frère tendre et assez équilibré à la tutelle d’un second père, autoritaire, haineux, tatoué de toile d’araignée, de croix gammée, et de croix de Saint Georges.
Shaun va apprendre à haïr, et à se servir de sa hargne pour agresser.
Puis viendra l’apothéose, qui lui fera comprendre que tous les skinheads ne se valent pas, que la xénophobie aboutit au meurtre, et le fera passer à la vitesse du décollage d’une fusée de la candeur de l’enfance, qu’il gardait sur son visage, au désespoir de l’adulte devenu trop vite confronté à l’Homme.
http://www.thisisenglandmovie.co.uk/#
Les acteurs sont époustouflants.
Le réalisateur a expliqué que l’acteur qui joue Shaun joue quasiment son rôle dans la vie, c'est-à-dire qu’il n’a pas eu à forcer sa nature. Il parait qu’il allait réclamer sa paie chaque semaine, a failli lâcher le tournage, puis a céder sur le discours du réalisateur, qui lui a expliqué que c’était bien d’avoir une chance de maîtriser sa vie, un peu.
Le film démarre sur des images de ce qu’était l’Angleterre des années 80, et ça m’a fait bizarre, ça aurait aussi bien pu être dans les années 50, pourtant, c’est si près de nous …
Puis il est entrecoupé, au fur et à mesure que les Malouines devenaient une victoire de Maggie, d’images d’actualité de cette guerre lointaine, qui a fait des morts très concrets, alors que dans le reste du monde, on avait l’impression d’une guerre d’opérette.
On voit des soldats anglais manipuler des cadavres argentins clope au bec, une simple opération de manutention.
C’est douloureux, je trouve, ces descriptions sociales, douloureux de se dire que c’est pire encore aujourd’hui.
Un film coup de cœur.
Audine
12:03 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
La Playlist du gouvernement

Haha, ne cherchez pas de chansonnettes, il n’y en a pas. Tout d’abord parce qu’il n’y en a qu’une et ensuite parce que je n’en aime pas l’air.
Entendez son thème monochrome, monomaniaque et égocentrique. C’est la petite musique de l’immigration choisie.
La petite liste des métiers favorisés nécessaire pour déterminer qui accueillir et qui refuser à la porte d’entrée du territoire.
Pour les ressortissants de l’UE (comprenez les nouveaux pays membres), la petite musique de l’immigration choisie dresse une playlist d’environ 150 métiers (dont de nombreux qui n’exigent que de faibles qualifications).
Hors UE (comprenez l’Afrique), la liste devient congrue. Seule une trentaine de jobs sont concernés. Parmi eux : expert informaticien, expert en travail du verre…tout l’inverse donc, uniquement des métiers hautement qualifiés.
Choisir de telle façon son immigration du travail a plein d’avantages.
D’une part, ça vide les pays du tiers monde de sa substance pensante, de ses élites.
Deux, ça laisse tous les autres crève la dalle à la porte.
Trois, les sans qualification venant abreuver la soif de main d’œuvre du BTP par exemple viendront majoritairement d’Europe.
On aura donc encore des noirs, mais seulement ceux s’ils ont bac + 5. Ça jugule les appels d’air et ça permet de décliner la véritable identité nationale de l’immigration de travail choisie.
Choisir des blancs, en priorité.
Télétubs
11:30 Publié dans c'est arrivé près de chez vous | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Délivrance
11:10 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
30.10.2007
Le fils de l'épicier !
ce petit (?) film tout en simplicité m'a scié : bien joué , bien filmé , un de mes bien aimés du moment mais faites vite ; il - Eric Guirado - nous parle d'un temps que les moins de vingt-ans etc etc etc ; sans dec , une belle époque presque révolue !
épicier déambulant comme dans le temps !
A (re)VOIR.................. VITE !
MEUH SI BEAUCOUP POUR LUI !
Sissi !
17:33 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : épicier, guirado, goupil
Humeur encaustique vs amour caustique !
z'êtes quel GREGORY , vous , plutôt ?
1 . Greg le millionnaire ? ( survivant à la télé réalité )
2. Greg de la Star Ac ? ( DCD télé réalité )
3 . Greg le petit ? ( DCD il y a des lustres )
Cactus ( à désouder ? c'est vous qui décider - le mâle est déjà fait , en fait )
à Vincent , Paul , François et tous les autres en ce blog in .
14:02 Publié dans Réalités parallèles | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : gregory, télé, amour, anarchie, chichi, humour, désamour
At the Winehouse, tout le monde est servie !
Panique sur la ville. La très avinée Amy Winehouse vient chanter à Paris.
Histoire d’amour contrariée, elle a déjà annulé un concert en mars au Trabendo. Mais depuis, son album s’est vendu comme des petits pains et le monde entier s’amuse de ses frasques.
« Amy Winehouse entre en désyntox » ; « annulation de dates à la pelle » ; « Amy Winehouse fait le mur et joue les filles de l’air » ; « deux jours de sevrage, trop dur pour Amy » ; « Amy Winehouse la fugueuse, retrouvée dans une chambre d’hôtel en compagnie d’une prostituée ».
Gros titres, méga racolage ! Mais elle est venue.
Le lieu n’est pas tout à fait propre à l’intimité, puisque son manager, soucieux de rentabiliser chacune de ses sorties (prévoyant sans doute les prochaines annulations de dates), a délocalisé le show dans la froide salle du zénith parisien.
A 20h00, un improbable groupe de rock FM sirupeux vient nous distraire gentiment. Guitares pleurnicheuses de sortie, un chevelu gras du bide, le pied posé sur une enceinte de retour nous raconte ses amourettes. ”She kills me with a smile. Beautiful and wild.”
Je m’interroge passablement sur l’opportunité de faire jouer un tel groupe devant un public pas franchement acquis à ce genre de causes, mais les premières parties sont bien souvent incongrues. C’est le charme du casse-pipe !
Vers 20h40/45, les chevelus se taillent après avoir tenté de marteler le nom de leur groupe en le faisant scander par le public du zénith. Un truc qui sonne comme « Raymond » !
Puis une compil mal assemblée décline l’identité du soir. Motown. Gaye et sa grappe de vin. Les Four tops. Little Stevie, version Cherie Amour. La moins bonne période de Motown à mon avis ; celle des groupes calibrés, dressés au bon port de cuillère et de fourchette.
21h10…15…20…les gars s’impatientent. Comme de bon usage, dès que la musique fait sourdine, les travées grondent. Dès qu’elle reprend, elles se taisent. Vers la demi, des types en costume sombre se glissent derrière un grand rideau pourpre transparent. Tout le monde comprend de quoi il retourne. « …it through the grappevine… » qui passe pour la deuxième se fait couper le sifflet. Le rideau tombe. Le groupe est au complet.
Deux choristes à ma droite. Le claviériste juste derrière. Au centre le bassiste et le fouetteux. A ma gauche, un vieux gratteux Gretsch et une section cuivre composée d’un ténor, d’un alto et d’un souffleur.
Roulement de tambour. Comme à la belle époque. A la Brown quoi ! Speech péremptoire comme avant un match de boxe. Superlatif. Enjoy the evening, ladies & dudes !
Elle arrive enfin, plus indéfinie que jamais. Cannes maigrichonnes. Fessier plat comme la paume de la main. Bras malingres et décolleté évanescent. Le tout enrobé comme un bonbon suisse dans une robe improbable, courte-n’est-pas-le-mot, pleine de poissons naïfs et multicolores. Le tout, robe et corps, surmontés d’une choucroute de rajouts noirs corbeaux.
Le show peut commencer. Pas dedans, elle semble agitée. Elle a le regard vide et creux des filles paumées. A trop regarder dedans, on pourrait distinguer un néant ou tout l’inverse, un univers de tristesse franchement sale. Ce regard est protéiforme, tantôt il n’y a rien, tantôt il regarde un point d’horizon qui n’existe pas.
Elle est agitée. C’est le moins que l’on puisse dire. Elle porte une guitare blanche mais foire la moitié de ses accords, en oublie ses paroles, qu’elle marmonne à peine. Enfin, se dit-on, elle lâche la six cordes et on va pouvoir passer aux choses sérieuses, mais elle se tire puis revient, son absence marque l’absence d’un couplet. Elle fait voyager son micro sans faire voyager son corps, alors des mots se perdent dans le tumulte. Putain, c’te voix, mes cousins. En guise de Supremes, Amy Winehouse les compile toutes, j’vous assure, elle a quinze Diana Ross dans chaque jambe.
Elle se paume mais quand elle se retrouve, en trois mots, c’est le miracle. Elle pourrait chanter différemment la même chanson au moins vingt sept fois.
Cette gratte, va savoir ce qui lui passe par la tête, nous plombe au moins les vingt premières minutes de concert. Sur une chanson, elle emmène son pied de micro en retrait, d’une voix avinée, elle dit « I’ll be back later ». Elle chante et joue tandis que le bassiste lui souffle les accord dans l’oreille. Derrière son chant, on entend « C minor ».
Et puis soudainement, elle a l’air de vouloir tout chambouler. Elle veut jouer « A song for you » (morceau de Léon Russel rendu inoubliable par Donny Hathaway). Mais le claviériste a l’air de ronchonner (la soirée manque de virer à la cata, on est sur le fil du rasoir). Il ne veut pas filer les accords, mais joue, bon gré mal gré, et elle chante le premier couplet. D’une beauté étrange, d’une mélancolie paranormale. Propre à vous déchirer le pancréas.
Elle laisse le morceau en plan. Elle dit que le gars aux « keys » s’appelle Sam Best, qu’il est talentueux à mourir, « too talented to play in my band ». On atteint là le sommet pathos de la soirée.
Ce n’est pas encore ça. Elle demande à enchaîner par « We’re Still Friends » (morceau d’Hathaway également). Mais elle s’y tient. Sans trop chatouiller sa guitare. Et sa version est ébouriffante. Pleine de sens. De cris, de volutes et d’arabesques.
Enfin, elle ne tergiverse plus. Elle chante à pleins poumons, même si il lui arrive de tousser légèrement, ou si elle doit réprimer de temps à autre ce qui ressemble soit à des éructations ou à des manifestations nauséeuses. Car pendant tout ce temps là, elle écluse. Un demi litre de bière, trouble, et des petits ballons de ce qui ressemble à du Lambrusco.
Enfin, elle montre l’étendue de son talent. Reggae, ska, soul, l’enceinte devient fiévreuse, la pierre brûlante, guitare au rancart (merci au technicien qui est venu la débrancher), elle porte les émotions de la salle aux nues, tout en vacillant elle-même, entre l’image de diva soul qui compose son personnage et son existence qui se délite.
1h30 bien tassé de concert improbable, sulfureux, mauvais et génial, beau et sale, ahurissant et grandiose, à taille humaine mais artistiquement démesuré.
Un rappel et puis s’en va.
Et puis soudain, m’apparaît la vérité sur ce regard. C’est juste le même que celui de Marylin.
Mais putain, c’était assez grandiose.
13:10 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
29.10.2007
Frisson à la con
« Mais ils sont dingues !! »
Bon sang… j’ai le cœur qui palpite à cent à l’heure et je tremble sans pouvoir m’arrêter.
« Des fous, c’est pas possible !! … Oh la la, ils sortent maintenant ! »
Leurs deux portières se sont ouvertes simultanément et ils ont surgi de leur véhicule comme des diables à ressort. Ils s’approchent à grandes enjambées, mains posées sur l’étui noir à la ceinture, l’air mauvais.
« Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire ?... »
Nuit nuageuse à peine éclairée par de pâles réverbères clairsemés ; les rues sont vides et les volets clos ; deux heures du matin ; je rentre d’une longue soirée de douceurs, alanguie. Et ça !
On dirait qu’il n’y a qu’eux et moi dans la ville.
« Oh, bon dieu… »
Maintenant, il y en a un tout près. Il me regarde et me fait un signe.
« Il veut que je sorte ? »
Je n’arrive pas à bouger.
Ils m’ont doublée en trombe et se sont mis en travers de ma route ; ça n’a pris qu’une seconde. J’ai freiné violemment. Il n’y a pas eu de choc. Rien que mon cœur qui n’en finit plus de battre comme un forcené et mon cerveau qui tourne à vide.
« Qu’est-ce qui se passe ?... »
Il s’est penché en avant et frappe à petits coups secs et péremptoires sur ma vitre. Je comprends qu’il veut que je l’ouvre.
Un long frisson. Je me ressaisis. D’une main tremblante, je tourne fébrilement la poignée et la vitre descend par à-coups.
- Veuillez couper le contact et présenter vos papiers !
Il a une bonne cinquantaine, un visage dur et fermé et des yeux glacés qui font le tour de l’habitacle et reviennent se fixer dans les miens.
Je m’empresse et farfouille nerveusement dans mon sac sur le siège-passager. Naturellement, je ne trouve pas mes papiers et sens son regard transpercer ma nuque.
« P…, ils sont où ces fichus papiers, M… !!! »
Il faut que je me calme.
Je me force à respirer profondément, mais je pense à sa main, toujours posée sur sa ceinture. Je tremble à nouveau et décide de renverser mon sac sur le siège.
« Ils sont là, enfin ! »
A leur place. Dans le portefeuille.
- Voilà Monsieur !
Surprise d’entendre ma propre voix, je les lui tends à travers l’absence de vitre. Il s’en saisit en plantant son regard de reptile dans le mien et recule d’un pas.
Je perçois un mouvement de l’autre côté de ma voiture. C’est l’autre. Il a dû faire le tour par derrière. Il longe lentement l’avant de mon vieil engin en l’examinant avec attention.
Un air très jeune, presque enfantin. Très sérieux.
Il s’immobilise à l’avant et fait un signe de tête, comme une affirmation, à l’adresse de son collègue qui me lâche des yeux et se plonge alors dans l’examen de mes documents.
Mon regard ne sait plus où se fixer et roule de l’un à l’autre comme si je pouvais trouver une réponse dans leur attitude silencieuse.
Je sursaute tout à coup. Le plus vieux vient de me parler.
- Pourquoi avez-vous fait demi-tour en nous voyant arriver, Mademoiselle ?
Je ne comprends pas… De quoi m’accuse t’il ?...
- Je suis désolée, je ne comprends pas votre question, Monsieur…
Il répète en haussant la voix et en détachant les mots comme si j’étais une demeurée.
Une lueur de compréhension inonde enfin mon cerveau.
- Sur le boulevard ?...
Il me laisse parler.
- Je faisais juste une marche arrière en sortant du parking de mon ami… le terre-plein m’empêchait de traverser… J’ai reculé…
Il ne dit rien.
- Je ne vous avais même pas vu !
J’ai l’impression d’avoir crié dans la nuit.
Il fait un autre signe à son collègue qui se rapproche. Je ne sais pas si je me fais des idées mais j’ai maintenant l’impression que le jeune est mal à l’aise. J’ai une grosse bouffée d’angoisse. Je sens que le plus vieux a décidé d’être mon ennemi.
- Vous allez descendre du véhicule. Nous allons contrôler votre taux d’alcoolémie.
Un geste pour son jeune collègue en direction de leur voiture dont le gyrophare n’a pas cessé de jeter son faisceau lumineux, sans bruit.
- Mais je n’ai rien bu, vous savez… J’étais juste chez un ami…
J’ai détaché ma ceinture et suis sortie. Je ne tremble plus. Ma voix non plus. Pourtant, je suis inquiète…« Est-ce qu’un whisky-orange plus orange que whisky bu il y a plus de cinq heures, c’est trop ? » Ma raison me dit que non, mais…
Le plus jeune me tend à présent un boitier rectangulaire, noir, avec un petit écran lumineux, des boutons et un embout.
- Soufflez, Mademoiselle !
Je dois avoir l’air méfiant, ne sachant pas comment m’y prendre. Peur de mettre les doigts où il ne faut pas.
L’autre s’impatiente.
- Qu’est-ce que vous attendez ? Soufflez !!
Je m’empare de l’objet et m’exécute pour m’interrompre presque aussitôt en sursautant. Un bip inquiétant a jailli de l’appareil.
- Il ne faut pas vous arrêter de souffler !
Une énorme colère m’empoigne et je me retiens de fracasser l’éthylomachin sur la face éructante du sale type qui m’arrache le truc des mains, hors de lui et se met à tripoter les boutons comme un malade.
- Mais ça a fait bip !
Ca y est, il a devant lui la conductrice la plus débile qu’il ait jamais rencontrée… Je le consterne ce qui a le mérite de le calmer, juste un peu… Il s’adresse à présent à moi avec un mépris où perce un reste d’irritation maîtrisée.
- Il faut souffler tout l’air que vous avez, lentement, sans reprendre votre respiration !
« Ok, pauvre taré… tu n’aurais pas pu le dire avant ? »
J’ai soufflé en suivant la consigne.
Quand leur voiture s’est éloignée, j’ai ressenti un immense soulagement, et une belle jubilation d’avoir déçu ce petit chef de la terreur, frustré de n’avoir pas vu la réalité s’ajuster à son grand film de cowboys…
mélimélo
Droit de réponse
Rapport de police n°2114-5812, du 15 novembre 1990
Ce soir là, vers 2h du matin, j’étais en faction avec mon collègue Gilbert Martinet sur le boulevard Emile Zatopek, lorsque une BX blanche (mais sale qu’on aurait dit une grise) avec des bandes Gordini et des survitrages pare-soleil violet a fait volte-face sur les chaperons de roue à la vue de notre véhicule de service banalisé en bleu.
C’est là que j’ai dit à Bébert (c’est le diminutif de Gilbert, mon collègue, tout le monde l’appelle Bébert) « z’y va, Bébert, cet’là elle a quelque chose à se reprocher où je m’appelle plus Marcel » (Marcel c’est mon petit nom à moi que j’ai).
Ni une ni deux, Bébert a remis les piles du gyrophare (qu’il avait empruntées pour le décapsuleur électrique) et on a pris en chasse le véhicule sus désigné avec notre 4L de service en 3ème vitesse (j’ai pas trouvé la 4ème ).
Alors que nous avions presque rattrapé la chauffarde, celle-ci a freiné violemment et sans raison puisque le feu tricolore était orange (faut que je vérifie, quand même) et vu l’état des freins de la 4L bleu banalisée que c’est une honte, j’ai été obligé de la dépasser pour m’arrêter juste devant la BX gris clair, debout sur les freins alors que Bébert renversait sa bière, ce qui le met toujours de sale humeur.Comme je n’ai pas trouvé non plus la sonnette, j’ai tapé au carreau, car de toute évidence il y avait quelqu’un à l’intérieur de la BX sale (selon moi et Bébert).
L’individu de sexe féminin approximatif mais dépourvu d’airbag, avait les mains en l’air et a ouvert son carreau avec les dents.
Là, une forte odeur de patchouli m’a piqué les yeux (emmélimélée à une odeur de cigarette comme celles que fume le fils du chef qui les fait lui-même).
Je lui ai demandé de reposer ses mains sur le volant en moumoute, puis Bébert y lui a dit : « papiers siouplait ma ptite dame » selon la formule consacrée.
La dame, qui transportait une choucroute sur la tête, a retourné sur le siège passager un sac à main qu’on aurait dit une vache normande (rapport à la taille du sac et à la couleur), puis a entreprit des fouilles d’un bon quart d’heure avant de retrouver ses papiers qui étaient d’équerre (ou en règle ?).Mais comme Bébert, qui a du flair, avait repéré une bouteille de whisky (mais pas celle de jus d’orange) dans le tas d’affaires issues du sac à main contondant, il a rincé un alcotest avec le reste de bière afin de demander à la conductrice de souffler dedans (vu qu’on en avait plus de neuf à cause que ce soir là Bébert et moi on a fait un concours de soufflage de ballons de couleur)
« Souffler là dedans? Ça va pas, non ? » qu’elle a répondu, avant que je comprenne que ma braguette était ouverte et qu’il y avait quiproquo.
Pour mettre fin à la confusion, j’ai fait descendre du véhicule la contrevenante potentielle avant de la faire souffler dans le ballon, mais elle était toujours à hauteur de ma braguette (pas moyen de la fermer, saloperie d’uniforme).
Là, j’ai compris que l’individu était de petite taille, rapport aux 5 coussins sur le siège conducteur de la BX, et je me suis baissé pour lui tendre le ballon.
L’individu de petite taille a déclaré « ouh là là ! je reviens d’une soirée de fête et de luxure, comptez pas sur moi pour souffler dans les ballons et refaire la fête avec vous, les gars, jai mal au crâne…» (exactement comme ma femme).
La naine rehaussée d’une choucroute avait l’air de bonne foi (contrairement à Bébert dont le foie donne des signes de faiblesse) et nous avons décidé, Bébert et moi de la laisser filer après avoir confisqué la bouteille de whisky.
Je ne comprends pas de quoi se plaint la nai.. la dame de petite taille, car en plus j’ai été chercher une pelle dans la 4L pour l’aider à tout remettre dans son sac, et Bébert a nettoyé le pare-brise de la BX avec de l’alcool en faisant de la buée dessus avec sa bouche.Marcel (mal) Aymé.
Les témoins (mais pas que)
Aliz et le Grand Duduche (pas le vrai bien sûr mais un pote qui lui ressemble trop) revenaient à pied par le boulevard Emile Zatopek. Il était tard, ils étaient fatigués mais contents : ils avaient fait un bon collage ce soir, des affiches pour le festival RAS (Résistances Alternatives Solidaires) du week-end prochain. Aliz avait encore quelques affiches sous le bras qu’ils colleraient le lendemain de l’autre côté de la ville, Duduche portait le seau de colle et le gros pinceau. Ils sifflotaient gaiement l’air immortel de Parabellum :
Mort aux vaches
Mort aux condés
Vive les enfants de Cayenne
A bas ceux d'la Sûreté
Tout à coup, dans le calme de la nuit, gyrophares, crissements de pneus, la totale. Duduche et Aliz se jettent dans les buissons qui bordent l’allée centrale du boulevard Zatopek (qui avait bien pu le baptiser comme ça, qu’ils s’étaient toujours demandés). Non, c’était pas pour eux. Une voiture de police venait de stopper brutalement devant une super5 mauve comme on n’en fait plus. Les bleus s’extirpent de leur caisse encore fumante immobilisée en travers du boulevard genre ça y est on a chopé Mesrine, et se dirigent vers la petite voiture arrêtée derrière. C’est le tandem classique : le vieux sac à gnole pervers, le jeune boutonneux abruti, on se demande s’ils le font exprès. Le vieux s’approche de la portière conducteur jambes arquées les pouces dans la ceinture la matraque qui tangue et braque une torche à l’intérieur, tandis que le jeune fait le tour de la voiture pour l’inspection, comme à l’entraînement (et dans les séries TV).
Nos observateurs en embuscade distinguent alors assez bien le seul occupant de la super5 : c’est une occupante, menue et l’air adorable mais visiblement terrorisée. Elle cligne des yeux et ne semble pas comprendre ce que lui dit l’enculé en uniforme.
- Regarde, dit Duduche, il arrête pas de se toucher la braguette…
- S’il la sort, on la lui coupe ! rétorque Aliz.
Bon finalement la fille tend ses papiers au gradé mais celui-ci en veut plus apparemment car il fait signe au jeune con d’aller chercher quelque chose dans la voiture de patrouille.
- Ils vont pas lui faire le coup du ballon quand même…
- On dirait que si…
Aliz et Duduche hésitent à sortir des buissons pour se porter officiellement témoins de ce qui s’apparente de plus en plus à un abus de force publique car ils ont un paquet de beuh sur eux (de la super bonne en plus, de la thaï « fil rouge ») et ce serait dommage de devoir balancer tout ça en cas de garde à vue… Que faire ?
- Attends, dit Duduche qui contourne le massif de troènes et s’éloigne sur la gauche…
Les pandores sont tout à leur affaire, ils ont fait sortir la fille de sa voiture et, oui, souffler dans le truc. Aliz bouillonne. Puis elle commence à comprendre. Duduche a fait le tour, il a traversé le boulevard et s’est posté derrière des poubelles, tout près de la bagnole des keufs, le seau de colle à la main. Les argousins n’en peuvent plus d’humilier la fille qui visiblement ne sait pas s’y prendre pour souffler dans le machin. Ils n’ont rien capté. Duduche continue de s’approcher de la tire, le seau de colle toujours à la main. Dans leur précipitation, les cognes ont laissé les portières ouvertes, il se faufile à l’intérieur et déverse généreusement le contenu du seau dans les deux sièges baquets. Puis il revient bien vite rejoindre Aliz qui pouffe déjà. La colle pour les affiches ça colle pas plus que ça, mais dans le genre visqueux et dégueulasse on fait difficilement mieux… (et puis c’est transparent, et dans la pénombre…)
Les bourres en ont fini, dépités que leurs aventures nocturnes s’arrêtent là et ils regagnent le plus nonchalamment possible leur patrouilleur, tandis que la fille semble reprendre ses esprits et a déjà remis le contact, embraye, les dépasse et s’éloigne. Dommage, elle n’aura pas entendu le tonitruant ET MEEEEERDE !!!! PUTAIN BORDEL QU’EST-CE C’EST QUE CE TRUC ??!! Les poulets ressortent le cul dégoulinant de colle, évidemment ils se sont vautrés sur leurs sièges sans faire gaffe !
Dans les buissons ça jubile. On attend un peu et puis on reprend la route.
Mort aux vaches
Mort aux condés
Vive les enfants de Cayenne
A bas ceux d'la Sûreté…
Ed.
Exclusif : L’autre témoin
Romuald Rooney est un solitaire.
Oui mais voilà, c’est un solitaire contrarié, car Romuald est marié depuis 19 ans, et en plus à la même femme, Gina.
D’un tempérament plutôt effacé, qui convient parfaitement à son job d’aide comptable-adjoint à la société fiscale de Rampur, il vient d’avoir 40 ans, et tire un bilan accablant d’une vie de sous-fifre, sans ambition, sans caractère, soumis à son chef de service comme à Gina, son épouse.
Il a nourri de sombres projets, comme celui d’éliminer Gina en lui faisant subir un tabagisme passif, mais ses deux paquets de cigarettes quotidiens n’ont pas eu l’air (vicié) d’avoir affecté Gina alors que lui, Romuald Rooney, a le souffle court et la bronchite chronique.
De même, puisqu’il est en charge des repas, il a multiplié les recettes bien grassouillettes, espérant occire Gina dans l’embonpoint, mais c’est bien lui, Romuald, qui s’est ramassé un taux de cholestérol record.
Romuald est, disons-le, un peu con, ses multiples tentatives de contrarier son chef de bureau en attestent également. On citera en exemple cette fois où il a supprimé l’autocollant orange qui barre la porte vitrée de son propre bureau de façon à ce que son chef se la prenne dans la figure, mais c’est lui Romuald, sous l’effet d’une gastro soudaine, qui se l’est prise en pleine tronche.
Mais ce soir là, lorsque Gina l’a engueulé et humilié devant sa copine Bernadette pour une triste histoire de chaussettes qui traînaient au pied du lit, avant de se moquer de lui en l’appelant « Ro-Ro » avec une voix qui imite une tourterelle asthmatique, Romuald Rooney a vu rouge.
Il est donc sorti en claquant violemment la porte sur ses doigts (volontairement, pour amortir le bruit…), avant de déambuler en ville, jusqu’à se retrouver sur le boulevard Emile Zatopek, vers 2h du matin.
Oh, il n’est pas arrivé là par hasard, car ses pas ont été guidés par la filature discrète du grand Duduche et d’Aliz en pleine campagne d’affichage, séduit qu’il était par le caractère aventureux de ces rebelles qui vivent à la colle, ainsi que par la silhouette gracile et déterminée d’Aliz, car Romuald est sensible au charme des petites brunes déterminées, alors que son épouse Gina est une grande rouquine lascive (à 60 degrés).
Oui, la vie est mal faite, surtout celle de Romuald Rooney.
Mais malgré l’attrait indéniable qu’exerce Aliz sur sa personne, les affiches gauchistes qu’elle collait en compagnie du grand Duduche allaient pousser Romuald, électeur de l’UMP, à l’ignominie (il n’a jamais osé voter pour Le Pen car Gina lui a interdit).
Placé derrière les deux colleurs d’affiches, il avait assisté à toute la scène, et, réprimant un début d’érection lorsque la petite blonde semblait tenter d’obtenir des forces de l’ordre une indulgence à la force du poignet et du bout des lèvres, il avait bien entendu observé Duduche en train de déverser la colle sur les sièges de la 4L bleue.
Jaloux de ce grand escogriffe qui avait la chance de se promener la nuit avec la charmante brunette, il allait les suivre jusqu’à leur Twingo, assister aux contorsions du grand Duduche pour rentrer dans le véhicule, et relever le numéro de la plaque minéralogique.
Ro-ro tenait enfin sa revanche sur la vie ainsi que sur sa calvitie précoce qui laissait apparaître ses oreilles décollées, et il allait pouvoir agir, exister, en témoignant de ce que ses propres yeux avaient vu. Enfin un destin à sa mesure !
Il se dirigea vers le commissariat, où un policier était en train de décoller ses deux collègues de leurs sièges à l’aide du Karcher tout neuf dont le commissariat venait d’être doté pour nettoyer la racaille.
- J’en ai plein le cul, disait Marcel, ce qui prouve que les policiers ont de l’humour, alors que Bébert suppliait qu’on ajoutât un peu de pastis à ce déluge d’eau.
C’est donc en colle à borateur bienvenu qu’il fut accueilli au guichet, et l’informatique aidant, il ne fallut que quelques minutes au planton de service pour retrouver l’adresse concordant au numéro de la plaque.
Ro-ro fut placé en garde à vue pour non-assistance à personne en danger, pendant que le lieutenant de police s’exprimait ainsi :
- Ah, les gars, cette fois ci on le tient !
L’adresse collait effectivement à celle du chef des activistes de gauche, le fameux Edgar le Rouge, l’impitoyable Edgar, détesté par toutes les polices de France pour ses idées révolutionnaires et ses multiples attentats envers les forces de l’ordre, le cerveau du gang des colleurs, et le signalement du grand Duduche et celui d’Aliz concordait ainsi que les faits : on ne comptait plus ces temps-ci les attentats à la colle, dont le célèbre attentat à la super glue de la rue A. Désive, où une compagnie entière de CRS s’était retrouvée scotchée, accoudée à un bar où des filles racolent le client.
93bisA suivre, si quelqu'un…s’y colle.
21:55 Publié dans c'est arrivé près de chez vous | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
Mâle intentionné !
17:08 Publié dans Réalités parallèles | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Face value

Johan Van der Keuken
"Face value"
(120 minutes)
1991
Ce film, c'est une mer de visages.
À Prague, à Marseille, à Londres et aux Pays-Bas,
Van Der Keuken n'a filmé que des visages,
et aussi un peu des corps,
visages de jeunes, de vieux, d'ados, de bébés,
des visages venus de partout,
anonymes ou parfois célèbres,
joyeux ou éplorés,
fanatisés ou serein,
en deuil ou en noces,
fermés ou ouverts sur le monde,
qui se livrent ou se rétractent à l'intérieur...
Ils sont surpris dans les tribunes d'un match de foot,
dans un meeting du FN,
à la plage,
dans le cimetière ou Kafka est enterré,
dans un concert tzigane, etc...
1990, le mur vient de tombé,
et la guerre duu Golfe se profile.
Aucun commentaire, les visages sont filmé tels quels.
Parfois ils se fixent dans une pose hiératique,
comme pour une photo,
tandis qu'en voix off,
la voix appartenant à ce visage parle de sa vie,
de ce qu'il croit ou ne croit pas,
de ses doutes et ses espoirs.
André Breton se désespérait de voir Giacometti s'éloigner du surréalisme de pacotille
pour se concentrer sur le dessin et le modelage du visage humain.
"Mais, une tête, on sait ce que c'est!", s'efforça-il de le convaincre.
"Non, moi je ne sais pas ce que sait...", répondit Giacometti.
Et c'est lui qui avait raison.
01:30 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : johan van der keuken, face value, cinéma










