27.11.2007

le Roi de l'Esbroufe

 

-         heureusement il y a l’art, j’ai dit en résumant Nietzsche.

-         Et la peinture, a ajouté le peintre en bâtiment.

Il montrait facilement une photo de lui, dans la pénombre, sur un long carrelage du sud, à coté d’un chien énorme, un genre de doberman.

Il m’avait raconté qu’il aimait attacher les femmes, puis était parti dans un récit émanuellien au cours duquel il s’avérait qu’il m’attachait avant de me déshabiller. J’avais du avoir l’air troublé, il avait du trouver ça intéressant comme résultat. Je réfléchissais à l’ordre des opérations et n’arrivais pas à concevoir comment déshabiller une femme attachée à une chaise. Surtout pour le jean.

Une autre fois il m’avait emmenée sur sa grosse moto rouge, et je craignais qu’il n’arrive pas à poser les pieds par terre au feu rouge, la honte pour lui.

Au bord de l’eau, nous avions bu un Martini, et j’avais attrapé un coup de soleil.

Son érotisme de discount ne m’émouvait pas, nous étions cote à cote et rien ne se passait.

Il se prenait pour un ours – petite prends garde au loup –  je l’avais catégorisé lapin.

Faut dire que tout est dérisoire.

Voici venu le temps de l’Esbroufe et du Décret loi.

Le Roi de l’Esbroufe est parti en Chine, il a emmené sa maman, son fiston et sa meilleure copine, laissant la superbe princesse des Extérieurs au château, ça lui apprendra à penser.

Il a tapoté sur les longs cheveux blonds de la tête du fiston et a dit au tyran que le fiston avait besoin que l’on soit ferme avec lui. Pendant ce temps là, le tyran démolit les maisons des habitants et les déporte à des kilomètres, et il leur apprend à ne plus cracher par terre.

Le Roi de l’Esbroufe est rentré en ricanant. Les Extérieurs l’amusent quand ils ne viennent pas à l’Intérieur.

Chacun son crachoir.

Mais quand même il a fait fort le tyran oriental. Le Roi de l’Esbroufe n’a réussi qu’à raser des Palais de Justice.

Pour Noël, il réfléchit à qui il pourrait ramener dans son avion. Une journaliste emprisonnée dans la jungle, une fille de général enfermée chez elle, un joueur d’échecs trop rouspéteur ?

Je me souviens, Human Bomb, dans l’école maternelle, le Roi petit déjà, « passez moi le petit noir, passez moi le petit noir » qu’il disait. Déjà il aimait ramener des gens.

« Nous avons la ressource de l’art de peur que la vérité nous fasse périr » il a dit, Nietzsche.

Mais parfois, on ne parle pas de la même peinture.

Audine

Commentaires

Ben merde alors, t'en as beaucoup comme ça. Comment tu dis, ça m'espante (dérivé du catalan : soit, ça m'épate) ? Et bien tu m'espantes aussi, du verbe dévaler la pente, et sur le chemin, des symboles fleurissent, des choses magnifiquement embuées - et on est comme le petit gars qu'on aime bizuter, qui essuie ses lunettes par temps de brouillard humide - des identités se mélangent, entre conte et réalité !
Ben merde alors, unilatéralement, je te file le Goncourt ! et le Femina ! (pas le prix de Flore, parce qu'il est trop con çui là, remarque, le femina), bon, allez, soyons sport, le nobel, je te le donne...
Je te le remets dans mon nouvel appartement, très prochainement, en grande pompe, juré, craché...

Ecrit par : télétubs | 27.11.2007

Ffffiou, oui, quel beau texte!
Quel art de tisser l'intime, le politique, l'art,
le tout avec un ton aigre doux,
entre rire et larme,
une grande retenue et une grande chaleur mélée.

Chapeau m'dame!

Ecrit par : doudourou | 27.11.2007

Chapeau Audine !

Moi aussi, je te donne tous les prix.

Ecrit par : Fleur d'Hiver | 27.11.2007

Quand la puissance d'évocation l'emporte sur la violence verbale, quand l'allégorie réduit le fait divers,
Tant de talents graphistes, de talents scripturaux,
Et encore, on ne t'entend pas chanter dans la salle de bains*,
Est-ce une forme de compensation à la rigueur morale, juridique etc... qu'exige ton métier ?

Duga
J'aurais voulu être un artiste
Pour avoir le monde à refaire
Pour pouvoir être un anarchiste
Et vivre comme ... un millionnaire

* Non 93-93, on va dans la salle de bains d'Audine, uniquement pour l'écouter

Ecrit par : Duga | 27.11.2007

Audine, tu tiens à distance le désespoir avec cette écriture particulière qui grince et moque tout en préservant la flamme de la vie. Après le visionnage de Hortefeux, ça fait du bien.

Ecrit par : mélimélo | 27.11.2007

Audine, il a beaucoup été dit déjà à propos de ce texte que j'aime beaucoup, cette faculté que tu as de mêler le souffle intime et les pantalonnades politiciennes dans le récit, ou comme dans Abandon de moi l'onirique et la "rugueuse réalité a étreindre"... encore bravo!

Et celle-là tu la connaissais?:

"Dans la rue on ne verra bientôt plus que des artistes, et l'on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme." - Arthur Cravan

Ecrit par : edgar | 27.11.2007

Alors vous me voyez pas mais écarlate je suis.
Vous êtes la récompense de mes insomnies.
Au bout d'un moment de tourner en rond, je me mets à écrire dans ma tête, les pensées s'enchainent, et puis c'est trop fort, pour m'en débarrasser, je viens les taper sur l'écran, et dépose le tout, pour vous, comme des violettes désuettes sur le seuil d'une porte.

Duga, la compensation ou plutôt le verso du recto, oui, c'est la version aussi de ma "prof" de dessin.
Je suis faite de multiples rectos versos.

En tout cas, j'aime mon lectorat, c'est le moins qu'on puisse dire, parce que bonjour les retours, comme ils reconstituent l'ego !

Exprimer, toujours exprimer, c'est le mieux pour survivre.

Ecrit par : Audine | 27.11.2007

On reconnait tout de suite la griffe de l'auteur qui peut aussi se faire patte de velour.
Mais quand même avoir peur qu'il ne touche pas terre au feu rouge c'est pas très sympa pour lui !
Quant au prix que tu rafles tout azimut je crois que le plus intéressant dans tout ça c'est le chèque !

Ecrit par : grazie | 28.11.2007

Et le bandeau sur la couv, qui permet d'obtenir un autre chèque...

Ecrit par : télétubs | 28.11.2007

Je desteste ces bandeaux ca me fiche en rogne à chaque fois !
C'est racoleur et ca prend le lecteur pour un imbecile, beurk

Ecrit par : grazie | 28.11.2007

"Je suis faite de multiples rectos versos."

J'adore cette phrase, je la replacerais!

En fait ça me fait pensé à ce que disaient Gilles Deleuze et Felix Guattari en parlant des livres qu'ils avaient écrit ensemble ("milles plateaux" "l'anti-oedipe"...),
et à propos desquels on leur demandait sans cesse qui avait écrit quoi, etc...
Ils disaient qu'ils les avaient écris à deux mais que,
comme l'un et l'autre étaient déjà plusieurs,
c'était toute un foule qui les avaient écrit....

Pessoa aurait pu dire quelque chose comme ça aussi...

Ecrit par : doudourou | 28.11.2007

Tes références sont tellement sérieuses doudourou !
Je te soupçonne d'être un adepte de Deleuze au quotidien, de mettre sa philosophie en application du mieux que tu peux.

Il est vrai qu'il y a une poésie qui se dégage de se texte même si je suis plus bercée par le rythme que par l'histoire que je ne suis pas sure de comprendre !

Ecrit par : grazie | 28.11.2007

ce soir je me fais une bonne broufe entre amis pour fêter mon déménagement : un loft de riche à Lyon au dernier étage avec vue sur le Rhône , la Saone et le Beaujolais !
merdre c'est pas que pour les riches les trucs de riches !
quand vous voulez vous passez : juste me prévenir avant car j'ai gardé mon vieil appart à Oullins ou l'autre et jy suis un jour sur deux ; y a pas de raison !

sinon j'ai beaucoup de retard , là : j'espère ne pas être en blanc sein : je vais m'y mettre !

sinon FRED CHICHIN est mort :-((((((((((((((((((((((((

Ecrit par : Cactus juste de massage | 28.11.2007

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