28.12.2007
Petite histoire d'un grand patron voleur
Il était une fois une grande chaîne d’hypermarchés, dirigée par un grand groupe français.
Comme le pouvoir d’achat des français fait qu’ils peuvent s’acheter bien plus d’écrans plats qu’il y a 3 ans mais beaucoup moins de baguettes de pain sans compter qu’il va falloir économiser pour le chauffage au gaz, le grand groupe français s’est rendu compte que la croissance de leurs bénéfices montait moins vite que si c’était mieux. Sans même parler des lieux de perdition de la consommation dans lesquels se ruent ces français radins que sont les ChefsPrix de tous ordres.
Il y a quelques mois, les services de l’Inspection du Travail se sont aperçu que ce grand groupe comprenait le temps de pause dans le salaire alors qu’il est donné en plus du temps effectif de travail – je vous passe l’analyse juridique – et que donc bref, le taux horaire du SMIC – de 8 euros 27 centimes bruts de l’heure – n’était pas respecté.
Comme on n’est pas méchants dans la profession, l’Inspection du Travail a tout d’abord essayé d’expliquer au grand groupe que non non, on ne pouvait pas faire comme ça, malgré les arguties tirés d’un accord, et que le groupe avançaient, en tentant d’embrouiller tout le monde.
Le ministère a été saisi et a confirmé la position de l’Inspection du Travail, les salariés des hypermarchés du groupe ne sont pas payés au taux du SMIC, lorsqu’ils font partie des catégories payées au lance pierre.
Mais voilà le grand groupe n’allait pas baisser culotte comme ça. Donc des PV ont été mis dans deux régions particulièrement, PV étayés et diffusés nationalement au sein des services de l’Inspection. Les PV sont au Parquet des Tribunaux depuis 6 mois, on attend l’audiencement.
Il y a quelques temps, des représentants du personnel ont saisi les services de l’Inspection du Travail. Ils n’y comprennent que pouic aux feuilles de paie mais surtout à la correspondance avec les heures de la pointeuse.
L’Inspecteur se déplace et rencontre les chefs de l’hyper en question, l’expert comptable étant présent.
Il demande à voir les extractions des pointages.
Déjà, mais que c’est mesquin ont du penser les responsables de l’hyper, l’Inspecteur fait remarquer que les pointages pour les heures de nuit s’arrêtent à 23 h 59 et reprennent à 0 h 01. Donc 2 minutes sont volées aux salariés travaillant aux alentours de minuit. Pffff disent les responsables, mais non, ça se saurait et puis les salariés s’en seraient aperçu !! D’accord dit l’Inspecteur, prenons un exemple. Et, à deux avec l’expert comptable, ils prennent l’exemple d’un salarié, calcule d’après ses pointages la correspondance avec le salaire. A deux, ils ont mis un quart d’heure. Il faut en effet distinguer les minutes travaillées suivant les créneaux horaires différents car elles ne sont pas payées au même taux et surtout, surtout, si les minutes travaillées figurent en tant que telles sur les relevés de pointage, sur le bulletin de salaire, elles figurent … en centièmes d’heures …
Résultat de cette analyse, le système de pointage vole 2 mn par nuit aux salariés concernés.
Il faut savoir que le système de pointage du groupe est national, il est le même dans tous les hyper du groupe.
Pas de petites économies …
Mais l’Inspecteur ira de surprises en surprises.
Des tonnes et des tonnes de pointage sont « corrigés ».
Le responsable explique qu’ils sont corrigés pour des causes précises, par exemple, oubli de pointage ou erreur bref, mais chaque fois les régularisations sont signées et approuvées par le salarié, il ne peut pas les montrer tout de suite parce que c’est rangé mais il les enverra.
L’Inspecteur rentre au bureau avec ses kilos d’extraction de 6 mois de pointage.
Il commence par examiner les corrections de pointage échappant aux raisons données par le responsable, cad les pointages normaux, pairs (autant d’entrées que de sorties). Il en trouve environ 450. 450 qui donc n’ont aucune justification, ni aucune régularisation approuvée par le salarié bien sur. Sur les 450, il met en évidence 120 « régularisations » non justifiées dépassant 20 mn supprimées aux horaires du salarié.
Par ailleurs, il liste et liste des tableaux avec des régularisations qui auraient du avoir des signatures de salarié mais n’en ont pas, il remplit 16 pages. Certains salariés ont par exemple un pointage à 5 heures 30, et la « régularisation » indique 10 h 01 puis sortie à 11 h 23 et voilà, certaines « régularisations » font revenir le salarié en plein après midi pour travailler 5 mn entre 15 h et 15 h 05, bref …
L’Inspecteur me raconte qu’il a vu des instructions internes interdisant aux « managers » - c’est le nom moderne des chefs de rayon – de faire faire des heures supplémentaires – enfin, d’en faire payer plus exactement.
Donc l’Inspecteur s’apprête à verbaliser les responsables de l’hyper pour le délit de travail dissimulé par dissimulation d’heures – ce qui est une forme de travail illégal.
Mais là, il vient de recevoir les rares misérables justificatifs signés par les salariés.
Il s’avère qu’il y a des salariés qui ont une signature évolutive, d’une façon difficilement explicable.
Alors l’Inspecteur, en soupirant, envisage d’ajouter un délit d’obstacle à ses fonctions, ils se foutent vraiment du monde, il me dit.
Audine
10:30 Publié dans L'espace militant des éxilés | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note



Commentaires
Voilà je vous laisse 8 jours avec cette dernière histoire de travail illégal ...
Je vais à Paname.
A bientôt, passez de bonnes fêtes.
Joyeuses, délirantes, défoulantes, tendres, folles, aériennes, humaines.
Ecrit par : Audine | 28.12.2007
Bonnes vacances, tu les as bien méritées...
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 28.12.2007
La nausée. Ces histoires de minutes truquées me donnent littéralement envie de passer quelques hypermarchés au lance-flamme (sans personne dedans je vous rassure). Même si cela ne changerait absolument rien, oui, bon, d'accord. C'est vrai, mieux vaut encore, en attendant, aller s'y servir...
Ecrit par : edgar | 30.12.2007
au fait, excellent Paname Audine!! Je n'y serai pas... L'Arlésien... bises.
Ecrit par : edgar | 30.12.2007
Pareil, dégoût, et colère.
Ecrit par : doudourou | 30.12.2007
J'ai entendu une émission sur inter concernant précisement intermarché (qui n'avait pas voulu être présent sur le plateau pour éventuellement se défendre) qui avait lui aussi des pratiques similaires et d'autres encore pire.
Décidement c'est vraiment un monde pourri que celui du travail !
Ecrit par : grazie | 03.01.2008
Ecrire un commentaire