03.01.2008
Le dedans, le Dehors
Et bien c’est fait.
Pour fumer, c’est dehors. A l’extérieur, sur le pavé, le nez sous le fouet des bourrasques. Parce que la saine respiration des autres est décrétée cause nationale et sanitaire.
Avant, c’était dedans et ce le fut longtemps. Bars. Trains. Bureaux. La dictature enfumée enveloppait les autres d’ombres cancéreuses et néfastes.
Mais désormais, tout va mieux, c’est dehors.
On peut aller au café avec ses mômes, boire un demi avec ses mômes.
Parce qu’en revanche, pour picoler, c’est dedans.
Dehors, c’est interdit ; c’est « ivresse sur voie publique », c’est répréhensible et dans un mauvais jour, ça peut vous offrir une nuit aux frais de la princesse en fourgon (à ne pas confondre avec la princesse en merco).
Dedans, on peut se cintrer au comptoir et enquiquiner la jolie maman qui est venue passer le temps dans son troquet non fumeur avec sa chère progéniture.
Déjà, on avait commencé par bannir la cigarette au boulot.
Alors, pour fumer, c’était dehors. Et les fumeurs qui se refusaient à mettre un terme à leur mauvais vice composaient ensemble une fratrie résistante, fataliste, philosophe.
Cette affaire de loi qui mène aujourd’hui dehors ce qui était autrefois dedans, je soupçonne que c’est surtout un cadeau pour journalistes ; histoire de leur porter sur un plateau quelques possibilités d’écarts de langage à heures de grande écoute.
Et on s’en donne à cœur joie, avec un demi-sourire placardé en traviole sur le visage, on plonge les mains dans de l’argot de pacotille : cigarette, clope, sèche, en griller une ; dans la bouche de David Pujadas, ça sonne creux, c’est un peu comme si Lorie lisait du Nimier !
Mais on a l’époque que l’on mérite, le génie que l’on mérite.
Cette affaire du dedans/dehors, c’est devenu une obsession. Même la ministre de la santé a du mal à dire restaurant, bar, brasserie, elle préfère parler d’espace de convivialité.
Ce glissement de langage, syndrome dernier de cette société détergent qui se rêve dénuée d’aspérités, n’annonce pas de meilleures aubes.
Bientôt, on parlera d’espace de sociabilité, puis d’espace civil, puis d’espace à partager. Quand tout le monde s’emmerdera ferme dans ce monde où tout ce qui peut être partagé sera interdit, mis dehors, il n’y aura plus que le chez soi cadenassé que l’on ne partagera qu’avec soi-même, une somme répugnante d’espaces solitaires, individuels, débilitants. Avec la première chaîne tout en haut de la pyramide (au moins, on pourra fumer devant – enfin, si les gosses sont couchés et qu’un ventilateur soigneusement orienté emmène la fumée récalcitrante dehors)…
Moi dedans, télé dedans, la fumée dehors, sain dehors, les poumons noirs dedans…des frontières partout !
Tivitioub
12:25 Publié dans Réalités parallèles | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note




Commentaires
Enfermés dehors ?
Ecrit par : herbertlecanard | 03.01.2008
Mes meilleurs vœux aux lentilles qui n'ont pas encore comme Esaü vendu leur droît d'aînesse à Jacob Wizzz.
Marrant ce message, télétubs, je lui trouve des points communs avec celui que j'ai posté hier sur Libé (on pourrait quelquefois être d'accord, finalement), et que la rédaction (d'après ce que j'ai constaté) a hésité à publier. J'ai remis deux ou trois mots (mais pas tous, je ne me souviens plus des autres) que la longueur limitée des textes m'obligeait à enlever. La fin y a quand même été tronquée. Bon, le voici, juste pour info :
"Puisque ma bouffarde et donc moi sommes proscrits des « lieux de convivialité », j’entérine mon retrait total de la vie en société. Moi qui aimais voyager en train dans le wagon réservé aux fumeurs avec un bouquin et ma pipe, je ne voyage plus. Moi qui appréciais les bons restaurants, y aller sans terminer un repas par un cigare à ma table, un alcool devant moi ne m’intéresse plus. Moi qui prenais plaisir devant un petit noir à échanger deux ou trois banalités de comptoir, je ne causerai plus avec quiconque.
Je vais donc rester claustré chez moi, seul endroit qui me permette de vivre encore. D’ailleurs c’est épatant, grâce aux techniques modernes, home-cinéma, commandes par Internet, etc. je n’ai plus besoin de quitter ma cellule, dehors n’existe plus que virtuellement ! Maintenant à la retraite et vivant seul, me voici devenu un vieil ours asocial qui ne parle plus qu’à sa boulangère et à la buraliste !
Je remercie les nervis de la République « Sécuritariste » de leur action anti-parasitaire pour éradiquer de la vie publique les vieilles bêtes comme moi, fumeur depuis 45 ans et qui n’a pas l’intention d’arrêter.
Je félicité les « néo-bien-pensants » de leur intolérance, qui leur permet de bosser, de jogger, de véliber et consommer pasteurisé en paix dans un monde aussi joyeux qu’un couloir d’hôpital, débarrassés de ces sales types qui se souviennent d’un temps ou l’on trouvait le mot « truculence » dans le dictionnaire.
Je tire mon chapeau aux spécialistes en communication et mercatique sociale qui ont su en si peu d’années troquer la notion de « liberté individuelle » par celle de « citoyen responsable », par expérience tout à fait antinomique.
J’attends la prochaine déprime que le tabac ne suffira pas à combattre, celle qui me donnera peut-être enfin le courage d’en finir avec cette « politique de civilisation » insupportable. Au fait, a-t-on établi des statistiques sur les suicides pour cause de dépression chez ceux qui n’en peuvent plus de vivre cet aujourd’hui décervelant ?"
Allez hop, je retourne dans ma retraite, bonne année à vous.
Ecrit par : CG | 03.01.2008
Il ne faudrait quand même rien exagérer !
Je me souviens, il y quelques années, je passais dans un sympathique bar tabac journaux acheter un magazine. Le temps de le choisir, d'attendre au comptoir que la dame ait fini de servir les consommateurs de demis au bar, de payer mon journal, je ressortais, empuantie de fumée, avec les yeux rouges et picotants. Le local, petit, aéré seulement par la porte donnant sur la rue était littéralement noyé dans une brume épaisse et malodorante. La malheureuse employée toussait du premier janvier au trente et un décembre. Je pense qu'elle, si elle encore de ce monde, apprécie la nouvelle loi.
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 03.01.2008
Il y a deux façons de voir la vie en société.
1 - personne ne fait ce qui dérange l'autre. Tu ne fumes pas dans les lieux publics, tu ne mets la musique chez toi qu'en sourdine, tu te mords la main quand tu fais l'amour et tu huiles bien les ressorts de ton matelas, tu fais bien attention à ne pas afficher ta couleur politique ou tes opinions (surtout si elles sont sont minoritaires)...etc.
2 - Chacun accepte l'autre et le respect en tant qu'individu. ce qui signifie que ce n'est pas celui qui ne fait pas qui dicte sa loi à celui qui fait.
Un peu de respect vis à vis des non fumeurs est nécessaire. Je ne fume jamais chez les autres s'ils ne fument pas eux-mêmes. Si je suis dans un bar et qu'un mome est en poussette derrière moi, je ne fume pas non plus. En revanche, il y a des troquets dans lesquels on ne va pas si on n'est pas fumeurs. Il y a toujours eu des endroits plus ou moins fumeurs. C'était tacite et pas si mal.
Quand j'entends des gens se réjouir qu'ils pourront emmener leurs momes au troquet, ça me terrifie. Enfin...c'est un lieu pour les gosses, le troquet du coin ?
Ecrit par : télétubs @ Fleur d'hiver | 03.01.2008
J'aime bien vos posts, télétubs et CG, tout en étant pour une limitation du tabac dans les lieux publics. Le problème, c'est la définition d'un lieu public... et là, je n'ai toujours pas compris pourquoi les bars, tabacs et restos n'ont pas eu le choix de s'afficher "fumeurs bienvenus"... En plus, jamais je ne pourrais croire qu'un gouvernement qui encourage à l'automédication ait un quelconque souci de la santé du peuple ! C'est juste un énorme coup de pub en plus, genre, "regardez comme nous prenons soin de vous... "
Ecrit par : mélimélo | 03.01.2008
"En plus, jamais je ne pourrais croire qu'un gouvernement qui encourage à l'automédication ait un quelconque souci de la santé du peuple" ;
ça c'est très juste...
Ecrit par : télétubs @ méli | 03.01.2008
Le gouvernement ne sera crédible que lorsqu'il réinvestira la totalité des taxes sur le tabac sous forme de prévention, accompagnement et lutte contre le tabac...
On est loin du compte.
Ecrit par : 93-93 | 03.01.2008
Il parait que la pollution battait un taux record
à paris, fin decembre. Mais que rien n'a été dit
de peur que l'on freine les courses de Noel.
(au passage c'est tres sympa de m'avoir filé mon salaire
une semaine plus tôt, mais le mois de janvier à 5 semaines
va être super long).
J'ai du mal à croire dans les bonnes intentions de l'état...
Vius avez vu, le 203 à Lyon fait de la résistance ?
Et dire que j'y allais petiote !
http://libelyon.blogs.liberation.fr/info/2007/12/un-bar-fait-nat.html
Ecrit par : herbertlecanard | 04.01.2008
Rien qu'à voir la gueule du ciel parisien au dessus du 13e, à proximité du périph', ça fiche les jetons, on se croirait dans Matrix...
Ecrit par : télétubs | 04.01.2008
Herbert, je suis comme toi. Le salaire (enfin, pour moi, la retraite) le vingt, ça m'énerve, après il faut attendre le vingt huit. C'était toujours l'objet de conversations parfaitement inutiles d'ailleurs, avec mes collègues, qui trouvaient cette "avance" sympa, alors que moi, ça m'agaçait plutôt.
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 04.01.2008
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