18.01.2008
I had a dream
Quand on est jeune, on fait des rêves, on a des rêves comme on dit quand on parle d'une chose que l'on possède, comme si on en était propriétaires, comme des lingots d'or en quelque sorte. Plus le temps passe, moins il nous en reste. Pour les plus chanceux ou les plus volontaires, parce qu'ils les ont réalisés. Pour les autres, eh bien ces rêves se sont évanouis, évaporés, ont progressivement disparu.
Il y en a même dont on ne se souvient plus. Le comble ! Ils ont traversé la porte du coffre sans qu'on ait eu à l'ouvrir. Parce qu'ils ne sont plus d'époque, parce que leur objet a disparu ou déçu, parce qu'ils n'ont pas rencontré d'adhésion, parce qu'on a plus le temps, ni les moyens, ni la santé, ni même ce qu'on appelle l'envie. Le début de la sagesse, c'est peut-être aussi le renoncement à la réalisation de ses rêves et l'évanouissement de la frustration engendrée par l'impossibilité, l'incapacité de les réaliser.
Peut-être que s'il ne m'en restait qu'un, c'était celui de voir Michel Bouquet.
Peut-être me serais-je contenté de le croiser dans la rue. Même comme ça, j'aurais réalisé mon rêve. Cela peut paraître infantile si l'on ne tient pas compte de l'admiration sans bornes que je voue à ce Monsieur. Pourquoi je n'ai pas écrit acteur, même avec un A majuscule ? Parce que Michel Bouquet est plus qu'un acteur de théâtre. Il est le théâtre. C'est à dire la disparition complète de soi pour la réincarnation dans un personnage, à tous les sens du terme, le courage de jouer des rôles difficiles, ambigus, antipathiques, troubles, ridicules, même après une carrière d'une grande richesse, le défi physique d'occuper les planches à 80 ans, l'age des pantoufles et de la chaise longue.
C'est en le voyant cette fois "pour de vrai", comme disent les enfants, que j'ai pris conscience que c'était peut-être l'une des rares personnes, peut-être la seule, dont j'ai lu et relu toutes les interviews mot par mot, pour lequel j'ai interrompu toute activité quand il s'exprimait, dont la seule présence me motivait pour aller voir des films.
Michel Bouquet c'est la recherche, l'étude, le travail, l'humilité, l'intelligence, le défi, l'acharnement, la rigueur, l'effacement et le don de soi.
Hier, je n'ai pas croisé Michel Bouquet dans la rue. Je l'ai vu dans l'Avare.
J'ai cru voir Molière.
Deux rêves à la fois
Duga
On a les réincarnations qu'on peut.
11:25 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note



Commentaires
c'est d'un bel enthousiasme ce que tu as écrit là, Duga !
Le rêve, c'est déjà un peu la vie !
(j'avais écrit "hommage", mais c trop mortuaire)
Michel Bouquet est tout ce que tu dis, je trouve cet homme extraordinaire. Je l'ai vu aussi dans "l'Avare" grâce à une amie, qui avait le même rêve que toi, voir Bouquet sur scène avant qu'il ne soit trop tard.
Que de bonheur ! un tel don de soi est époustouflant !
Avec Bouquet, "l'Avare " de Molière prend une autre dimension, peut-être moins comique, mais il est "l'Avare" , le jeu disparaît...
Juste une 'tite remarque, pourquoi ce titre à ton post...
et pas un éloge à la différence dans cette agitation forumesque sur le postérieur de Simone
Ecrit par : beabab | 18.01.2008
Ça donne envie, vu comme tu en parles. Et pourtant je suis pas trop théâtre, sans doute parce que j'ai pas vu beaucoup d'oeuvres finalement. Il faut toujours qu'on m'y traîne, et en général je suis déçue. Dans le théâtre, conventionnel du moins, le côté "surjoué", les cris tout ça, ça m'énerve même si je sais que ça fait partie du truc, surtout dans la comédie. Pour être sincère, rien que le bruit des pas des acteurs sur les planches me donne envie de partir en courant. C'est que je m'y suis tellement ennuyée... J'ai certainement pas eu de chance...
Ecrit par : aliz | 18.01.2008
Il y a quelques années, il avait joué Esope à la télé ; ainsi que vous l'écrivez Duga, il ne joue pas, il est le personnage. Dans le " Promeneur du Champs de Mars ", par quel phénomène de mimétisme était-il à ce point si crédible !
Aliz, vous craignez le bruit, au théatre, si vous allez voir une pièce de Tchekhov ou N. Sarraute, je pense que vous serez comblé sur la qualité des dialogues et le côté feutré de l'ambiance. Enfin, c'est aussi affaire de goûts !
Ecrit par : angemie | 18.01.2008
@ Beabab
Je suis content d'avoir partagé en quelque sorte ce rêve avec toi. Un rêve partagé démultiplie toujours les effets d'un rêve réalisé égoistement.
Ce titre est juste un clin d'oeil pour souligner le caractère incongru, décalé, désuet, de glisser un post écrit par un vieux posteur et dédié à un vieil acteur jouant une vieille piéce, entre deux fils dédiés aux seins de Carla ou aux fesses de Simone ou de quelques autres.
Circonstance aggravante, je n'y parle pas de qui tu sais. Encore que la symbolique de l'argent contenu dans cette piéce fait penser furieusement à quelqu'un qui... Mais Molière en parle de façon moins manichéene.
@aliz
Moi non plus, je ne suis pas spécialement théatre, bien que j'ai fait de la régie lumière pendant dix ans dans une troupe amateur. Rapport à mes connaissances d'....électricien. Aux origines étaient... les branchements !
J'ai les mêmes phobies que toi. je n'aime pas la superficialité, le faux semblant, l'exagération. Et le théatre amplifie souvent ces travers. Pas toujours heureusement.
Question de choix du couple Auteur / Acteur. Le bonheur avec Bouquet, c'est qu'il permet de garder intacts touts les effets comiques et invraisemblances voulues par Molière, tout en conservant le caractère sérieux, critique voire tragique des perversités entrainées par un amour excessif de l'argent. Il sait jouer avec les deux degrés à la fois, sans faire la tronche ni le gugusse.
C'est là où l'on perçoit le fruit du travail et de l'expérience professionnelle et humaine de Monsieur Bouquet.
Et puis, il y a ce qu'on appelle la magie du théatre, qui tient beaucoup au risques inhérents à cette expression "en direct", face au public, avec tout ce qui peut arriver d'imprévu. Chuis bien placé pour le savoir. Rien que pour ça, respect.
Duga
Mes deux seins malgré lui
Ecrit par : Duga | 18.01.2008
Moi aussi je militerais bien pour un changement de titre,
car le posté mérite mieux.
C'est un tout beau texte, Duga.
J'ai aussi un immense respect pour Bouquet (Michel).
Je me souviens d'une émission sur France Culture "Tout Arrive", où, comme son nom l'indique, on papote un peu vaguement d'actualité culturelle.
Un jour donc, ils ont invités Bouquet.
Et tout à coup l'émission a acquis une densité qui lui est peu familière...
Un peu comme Aliz, j'ai rarement été "pris" par le théâtre...
Ecrit par : doudourou | 18.01.2008
C'est pas tellement le "bruit" en soi, c'est à dire une question de volume, c'est plutôt le côté appuyé de la chose, un peu forcé je trouve (dans ce que j'ai pu voir cela va sans dire), pareil pour les maquillages ou les costumes parfois. Sarraute j'aime bien, mais dans son cas cette voix intérieure chuchotée, cette espèce de monologue sinueux qui constitue son écriture, je crois que j'aime surtout l'écouter seule justement, face à la page. Enfin, rien n'est dit, qui sait un jour peut-être serais-je agréablement surprise...
Ecrit par : aliz @ angémie | 18.01.2008
Oh, moi j'aime bien le titre même si j'eusse préféré que tu inverses les noms communs "fesses et seins", ça sonne mieux que "seins et fesses"...ça fait "fesseuz'éseins".
Michel Bouquet est en effet magnifique.
Une prestance énorma.
Une voix.
Une diction ahurissante.
C'est justement le théâtre sans hurlements, sans exubérance, sans surjeu. Michel Bouquet, il murmure et tu peux l'entendre à l'autre bout du stade de France...
Mon dernier grand souvenir de théâtre est assez lointain. Rohmane Bohringer dans "La Ménagerie de Verre" de Tenessee Williams.
Ecrit par : télétubs | 18.01.2008
Cet aprés midi, j'ai été puni.
J'ai amené un copain dans mon bureau. J'y travaille avec 2 écrans. Sur l'un des 2, était restée affichée cette page avec son titre "Entre...". A peine assis, mon copain qui n'a lu que le titre m'a déclaré tout de go : "Eh bien Gilles, tu t'emmerdes pas. Je te prenais pour un mec sérieux !"
J'ai du lui faire lire la suite du texte pour qu'il n'imagine pas que je passe mon temps à lire des trucs olé-olé. Tout à l'heure ma femme va rentrer et je ne tiens pas à ce que la mésaventure se reproduise.
Alors je change de titre.
Entre seins et fesses, je croyais être le nombril des Lentilles. Carramba, encore raté !
Dugalcazar
Ecrit par : Duga | 18.01.2008
2 écrans, 2 fesses, 2 seins.... C'est vrai que tu ne t'emmerdes pas, Duga !
93 fois 2
Ecrit par : 93-93 | 18.01.2008
Il y a le théÂÂÂtre n'est-ce pas ? et le théâtre simplement. Il y a les cabotins ou les mauvais joueurs, et les comédiens qui apportent juste leur âme pour que le jeu s'anime d'une vie sans artifice, paradoxale en un lieu où tout est artifice. Oui oui, il existe, heureusement, pas mal de Bouquet !
Ecrit par : mélimélo | 18.01.2008
@Aliz : Je comprends, ce que vous voulez exprimer ; et encore, il me semble que, de nos jours, le théatre, enfin, disons les voix sont un peu moins hurlantes. Je suppose que les progrès tecniques relatifs au son y sont pour quelque chose. Certains auteurs de boulevard comme Feydeau étaient insupportables .
@ Mélie : La façon dont vous écrivez théÂÂÂtre, me fait penser aux grandes envolées d'un Guitry qui représentent bien l'époque où, effectivement, le théatre avait ce côté démonstratif à grand renfort d'une gestuelle qui semblerait, aujourd'hui, surranée et un peu ridicule, il faut bien le dire.
Ecrit par : angemie | 19.01.2008
Je n'ai jamais eu la chance de le voir sur scène mais je l'avais beaucoup aimé dans "le promeneur du champ de mars" il incarné un Mitterand avec tout ses contradictions.
Lorsque j'étais enfant il incarné "le salaud par excellence" j'avais toujours l'impression qu'il était le méchant.
Ton texte est plein d'admiration et on sent beaucoup de toi dedant, c'est assez rare et c'est très agréable.
Ecrit par : grazie | 19.01.2008
@ 186
Et si j'avais eu une double vie, je m'serais fait la paire...
@ Toutes et à tous
A une époque où il faut faire bling bling pour susciter l'interêt, je n'aurais jamais cru que le trop discret M. Bouquet ait pu susciter autant de ferveur. J'en suis trés touché et vous en remercie pour lui.
Au passage, je vous signale un film d'il y a quelques années "Comment j'ai tué mon père", avec l'excellent Charles Berling dans le rôle du fils. Bouquet y joue le rôle antipathique du père, tout en regards et en sourires, un miroir dans lequel se reflète l'artificialité de la vie de son fils. Une grande performance d'acteur et une fine analyse de certains aspects du rapport Parents / enfants adultes.
Quand au jeu théatral, il faut tenir compte de l'obligation de "passer la rampe", c'est à dire de se faire entendre loin et de la nécessité de compenser l'absence des multiples adjuvants (décors multiples, son amplifié, incrustations, jeux de caméra...) dont bénéficie le cinéma pour souligner une situation. D'où un surjeu parfois nécessaire. Question de dosage et de talent, de densité comme dit Doudou.
Duga
Ecrit par : Duga | 19.01.2008
"A une époque où il faut faire bling bling pour susciter l'interêt"
...
Ah mais justement ici, chez les Lentilles Associés,
nous pourfendons plus que tout le bling-bling en toc-toc!
Doudou
"tout ce qui bling-bling n'est pas en or"
Ecrit par : doudourou | 19.01.2008
Je fais partie des fans absolue de Michel Bouquet et son nom au générique suffit pour que je regarde un film. J'ai énormément aimé "le promeneur du champ de mars" où avec un talent admirable il arrivait à incarner le personnage, sans s'abaisser à essayer de l'imiter.
Quand j'était petite, une troupe de théâtre ambulante passait dans mon village, un peu comme les illustres tréteaux. Leur répertoire allait de la vie édifiante de Thérèse de Lisieux à Nini pattes en l'air. Ce théâtre s'appelait le théâtre Bouquet, et j'ai un jour entendu Michel Bouquet dire que son oncle avait été directeur et principal acteur d'un petit théâtre ambulant. J'en fus fort charmée...
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 19.01.2008
avec Duga , Incas ou pas !
Ecrit par : Cactus | 22.01.2008
Ecrire un commentaire