27.01.2008
Quand la nature tue !

Assurément Christopher n’est pas un marginal irresponsable qui se jette sur la route pour contrarier ses parents.
C’est même tout le contraire, il a brillement réussi ses examens, il est la fierté de sa famille et il a bien préparé son évasion.
Le mensonge a accompagné son enfance, l’arrogance matérialiste de ses parents lui on donné le goût du minimum. Seul les livres l’ont nourrit de l’intérieur et les mots si souvent ingérés l’ont construit tel un Don Quichotte des grands espaces américain.
Il va consciencieusement se démunir de tout, y compris de son identité, pour prendre cette route qui est le mythe de ces lectures et d’un pays qui en son temps en a fait un rite de passage à l’âge adulte.
Les rondeurs de l’adolescence vont peu à peu s’effacer pour faire place à un corps d’athlète, mais son sourire ne le quitte pas et lui rend cette jeunesse qui l’habite.
L’argent rend esclave il n’aura donc que ce qu’il lui faut pour rejoindre cet objectif mûrement réfléchi «l’Alaska ».
De petit boulot en rencontres riches d’émotions il ira droit à son but sans faillir. Tel un prophète il déclenche des troubles chez ceux qui le croisent, mais ce n’est jamais lui qui pleure en partant.
Quand ses pieds foulent les premières neiges du grand nord et son regard croise celui d’un élan enfin il a atteint cette liberté qui lui a fait couper les ponts avec tous. Les souvenirs et l’amour d’une famille sont autant d’entrave à son bonheur.
Même si une certaine colère continue de l’entraver.
Seule la nature peut rendre un homme heureux et la solitude est sa seule amie. Dans son bus délabré il confère à l’ascétisme.
La faim le tiraille, le froid le mord et la nature ne lui fait aucun cadeau, comme si la rédemption ne pouvait venir que d’elle, et qu’il s’y soumette sans ressentiments.
Aucune souffrance pourtant ne semble pouvoir le faire reculer, il lit et relit ses grands auteurs qui l’ont toujours accompagné jusqu'à transcender le sens du texte.
Il s’illumine à l’arrivée du printemps qui est autant de renaissance pour lui qui est rythmé par la rigueur et doit régulièrement faire un trou supplémentaire à sa ceinture !
C’est pour cette raison qu’il commettra le pire des crimes à sa moral en abattant un élan qu’il ne saura pas conserver et qui finira dans la gueule des loups qui savent depuis longtemps que l’homme est mauvais pour lui-même et mettent tant d’ardeur à dévorer cette proie offerte par son pire ennemi.
C’est alors qu’il comprend que « le bonheur n’est réel que partagé » il plis bagage et s’apprête à rejoindre le monde de ces congénères dans une forme d’allégresse.
Mais dame nature qui lui a tant donné ne semble pas vouloir se séparer de ce fils spirituel, Christopher croit tant en elle qu’il prend son mal en patience et va se nourrir de ce qu’elle offre de plus simple, ses plantes.
Intoxiqué, malade, décharné il ne peut que constater que « c’est trop con » et se coucher devant la puissance de notre mère à tous fermant les yeux sur sa beauté en payant le prix le plus élevé qui soit pour l’humain LA VIE.
Ce film soulève des questions quant au sens que l’on donne à son existence, au matérialisme qui crée toujours plus de besoin et de frustrations, a ce que l’on croit donner et que l’on impose à l’autre et surtout à ce que nous avons fait de cette culture de partage que nous avons faite notre avec ces grands livres qui furent notre jeunesse.
Les paysages sont magnifiés sans être trahis car ils n’oublient pas de nous remettre à notre petite place d’insecte qui abîme son habitat sans pouvoir survivre dans ce qu’il y a de plus simple.
Sean Penn confine au le sublime dans tous les domaines et nous bouleverse jusqu'à l’inévitable TH END .
Cette petite fin prend corps comme une fuite en avant qui est un peu notre histoire à tous.
Grazie très émue !
17:29 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note



Commentaires
J'ai oublié de vous dire que la bande son va très bien avec le film, la voie de Eddie Vedder (chanteur de pearl jam pour les erudits dont je ne suis pas !) est au plus proche de cet espace qui nous enivre.
Ecrit par : grazie | 27.01.2008
La bande annonce donne envie d'aller faire une balade là bas.
(en été).
Néanmoins, j'ai moyennement envie d'aller voir le film, même si heureusement, il n'est pas un hymme béat à la Nature Mère.
Peut être que je suis dans une période où je n'aime pas les films où l'image est primordiale et où du coup, il me semble que le reste est un peu insuffisant ?
(en gros, j'ai peur de m'ennuyer).
Ecrit par : Audine | 27.01.2008
L'image ne prend pas du tout le dessus sur le jeux de l'acteur ou même sur l'histoire je te rassure.
Elle est là elle crève l'écran mais il n'y a pas qu'elle.
Certes ce jeunes homme est un brin exalté par elle mais il n'est pas idiot nourrit de lecture ou le grand nord tue il n'était pas sans savoir qu'il prenait des risques.
Mais pêcher de jeunesse il n'etait pas préparé à cette hostilité.
Les 2h27 passent à toute allure, et quand le film a été terminé personne n'a bougé jusqu'a la dernière ligne du générique ce qui me semble être un signe de qualité !
En sortant j'ai voulu appeller mon mari pour lui conseiller d'aller le voir (ce que je fais rarement car nous n'avons pas vraiment les mêmes goûts) et il sortait juste d'une séance à convention (paris 15ème pour les provinciaux comme moi) ou l'acceuil avait été le même qu'a Utopia Avignon !
En plus il y a un lyrisme pleins de citations édifiantes chez la narratrice qui donne au film un côté littéraire qui m'a beaucoup plu.
Tu l'auras compris j'ai tout simplement adoré mais je ne pousse personne j'aurai trop peur d'être accusée d'être un peu partiale !
Ecrit par : grazie | 27.01.2008
bon ben ct très ciné ce we pour "les lentilles "...
Pour ma part, j'ai encor' raté le festival télérama, je serai bien aller voir "les chansons d'amour" de Christophe Honoré...
pourtant avec 3 euros, voilà ce qui aurait augmenté mon pouvoir d'achat...
un de plus sur la FAV.
Ecrit par : beabab | 28.01.2008
J'avais beaucoup aimé "les chansons d'amour" alors que je n'aime pas trop les comédies musicales, il y avait un côté Demy dans la légèreté et une vraie gravité dans l'histoire d'amour qui m'avait bien plue.
En plus le jeune louis Garel est irrésistible.
Ecrit par : grazie | 28.01.2008
Bravo Grazie, très belle critique. Y a rien à ajouter, pour ma part.
C'est vrai que les presque deux heures et demi de film passent à toute allure.
Même si j'ai trouvé un peu excessive la quête de ce jeune, vers l'austérité totale, je ne peux pas ne pas le comprendre. C'est une critique sans complaisance de la société de consommation. Mais aussi, j'ai trouvé, de l'inadaptation de l'homme à vivre en dehors de cette société, quand il en est issu. Christopher a de belles idées, une rage de vivre, un amour sans mesure de la nature. Mais il ne peut pas survivre loin de tout ça, la civilisation, la facilité de se procurer de la nourriture, des médicaments. Tout simplement parce qu'il n'est pas préparé. Un Inuit s'en serait peut-être sorti !
Même si Christopher se dépouille de tout, il a besoin de cartouches pour chasser, d'allumettes pour faire du feu, de vêtements.
J'ai trouvé très émouvante l'histoire de ce jeune homme idéaliste, utopiste. Bien que très brillant, il n'était peut-être pas fait pour vivre une vie banale, travailler, avoir une famille, poser des RTT (ha non ! Aux USA ils n'en ont pas !).
Très beau film (je me répète peut-être).
Ecrit par : dryade | 28.01.2008
C'est vrai tu as raison il venait d'un milieu qui ne l'avait pas préparé à cette hostilité naturelle qu'est la nature.
Ce qui est terrible quand même c'est que quand il comprend qu'il va pouvoir intégrer le monde des humains c'est celle a qui il s'est donné corps et âme qui le piège.
D'après le livre du journaliste c'etait un jeune homme solitaire, pas particulièrement sociable et dans le film on sent bien la rage qui le pousse en avant, cette scène ou il parle à sa pomme est assez édifiante de ce qu'il n'a pas encore digéré (son histoire pas la pomme elle est bio !)
Et si en France mourir de faim au fond des bois semble improbable en Amérique ca n'a rien d'étonnant, ce qui donne un vrai sens a la vie sauvage !
Ecrit par : grazie | 28.01.2008
Si j'ai bien tout compris, ce jeune homme se laisse mourir par dégoût de la vie.
Ce qui me gêne un peu, non pas au plan cinématgraphique, puisque je n'ai pas vu le film, c'est que dans notre monde, des gens meurent réellement de faim, et sans avoir besoin d'aller se perdre dans une forêt.
Cette histoire ressemble à un conte de fée à l'envers, à une histoire triste pour enfants trop gâtés, bref, je n'irai pas.
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 31.01.2008
Non, ce n'est pas cela exactement, Fleurette.
Ce jeune homme qui sort de brillante étude à Harvard (?...)
envoie balader sa famille qui a tu des secret familiaux assez lourd dans son enfance,
et famille qui est obsédé par le pognon et les possessions matériel.
Ce jeune gars, don, qui a lu Kerouac, Jack London, et Thoreau,
et qui est fasciné par ce grand mythe américain de la route,
du retour à la nature, de la vie dans les bois,
prend son baluchon,
ses cliques et ses claques,
et par en direction de l'Alaska,
ou son rêve est de se confronter quelques temps seul avec la nature,
la plus sauvage et vierge possible.
C'est une nature en furie plus forte que lui,
doublé d'une erreur de manip' alimentaire,
qui fait qu'il se retrouve pris au piège de la nature,
sans possibilité d'appeler de l'aide,
ni de revenir vers la civilisation...
C'est du reste basé sur une histoire vraie.
J'ai trouvé le film très fort en ce qui concerne son histoire.
Mais j'ai eu souvent les nerfs en pelote en ce qui concerne la réalisation,
et ces scènes qui usent et abusent de ralentis et d'usage de la musique,
qui font qu'on se croirait dans une pub pour Hollywood Chewing-gum!
C'est dommage!
Ha si tout avait été filmé comme cette scène de dépeçage de l'élan!
La fin est très éprouvante,
un peu complaisante, j'ai trouvé, sur les affres de l'inanition.
Et cette dernière image, en forme de fantasme de retour de l'enfant prodigue,
pardonné et amé.
Plus amerloque tu meurt, comme fin!
Ecrit par : doudourou | 31.01.2008
Tu trouves que la fin est Amérloc mais je te rappele que pour une fin et heureuse ce qui n'est pas tout à fait le cas là !
Quant au ralentit j'ai juste trouvé qu'ils étaient filmé au plus près du comédien justement sans vouloir en faire un héro.
Et puis ca n'a pas du être facile pour la famille (qui a donné son accord pour le film) d'être ainsi présentée, manipulatrice, cupide et si soucieuse du paraitre (Américain en somme)
Contrairement à toi je pense que ce film grand public est réalisé sans complaisance (si ce n'est avec la nature) et plutôt bien écrit.
Ecrit par : grazie | 31.01.2008
Non Fleur il ne se laisse pas mourir de faim, il cherche sa propre vérité et se retrouve piégé.
Enfant gâté ca il l'a été mais n'en a jamais abusé, c'est même tout le contraire.
Il ne souhaite pas mourir mais n'a pas d'autre choix que de s'y résigner.
Ecrit par : grazie | 31.01.2008
Une fin pas heureuse, oui,
mais avec un pardon, une rédemption, c'est l'essentiel!
"Sans vouloir en faire un héros", hummm...
pas si certain... le gars n'a aucun, mais alors aucun défaut, non?
Sinon oui, le film est bien écrit, mais avec de la complaisance, je trouve, un peu, dans la réalisation...
Ecrit par : doudourou | 31.01.2008
Merci Doudouro, je n'avais pas vu ça comme ça. Tu expliques drôlement bien.
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 31.01.2008
Doudourou ! J'ai le "u" un peu faiblard.
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 31.01.2008
faut prendre des vitamines!
Ecrit par : doudourou | 31.01.2008
Il a quand même le défaut de ne pas être en mesure de trouver des excuses à ses parents, d'être en colère contre eux au point de fuir le monde humain, de ne pas être capable de vivre en société ou pas très longtemps.
c'est loin d'être le gendre idéal quand même !
Maintenant c'est vrai qu'il a un côté prophétique, il déclenche chez ceux qui l'approche une sorte d'envie de l'adopter dele sauver de lui même.
Je n'ai pas vu de complaisance plus que ca, juste un constat.
Ecrit par : grazie | 01.02.2008
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