22.02.2008

Dogra Magra

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Un jeune homme se réveille dans une pièce nue et vide.
Il est amnésique,
il ne sait où il se trouve,
ni son identité.

Il apparaît peu à peu qu’il se trouve dans une clinique psychiatrique,
entre les mains d’un étrange psychiatre
qui veut lui faire retrouver par lui-même son identité.

Il lui livre quelques clefs :
il aurait assassiné ou tenté d’assassiner sa fiancée,
elle même enfermée dans la "cellule" à côté de la sienne.

Kure - le jeune homme apprend que c'est ainsi qu'il se nommerait –
aurait été victime d’une certaine peinture chinoise vieille de 1000 ans,
peinture maudite, dont la contemplation rend fou tous les jeunes garçons de sa famille,
et les transforme en meurtriers somnambules de leur fiancée…

Cette histoire est-elle vraiment la sienne,
ou a-t-il subit un lavage de cerveau pour servir de cobaye à un duo de savants fous et manipulateurs ?

Ou bien encore,
le livre s’ouvrant et se fermant par le même son de cloche (« …… bôôôôô-nnnnnn…. »),
faut-il en déduire que tout ce texte n’est que l’étrange rêverie d’un instant,
né dans je ne sais quel cerveau malade ?…

« Dogra Magra » est un livre déconcertant,
un roman policier démesuré (802 pages bien tassées),
un labyrinthe de complexités où se perdent toutes les certitudes,
où les perspectives sont sans cesse renversées.

C'est un patchwork de toutes sortes de style,
où alternent récit fantastique, roman policier,
légende bouddhique, essai anti-psychiatrique...
le tout baigné dans une tonalité expressionniste,
qui peut faire penser aux films expressionnistes allemand des années 20 (« Le cabinet du Dr Caligari », "Nosferatu"…) .

Tout en étant un tout à fait japonais,
ce roman opère la fusion de Bouddha, Poe, Freud, Borges, et Kafka,
et greffe la théorie du Karma bouddhique
(le poids de nos péchés nous poursuit de réincarnations en réincarnations),
sur la théorie psychanalytique freudienne de l’inconscient dans lequel jouerait à fond le couple éros-thanatos...

Yumeno Kyûsaku (1889 – 1936) est le fils d'un agitateur politique louche, mi-journaliste mi-exportateur de charbon.
Sa mère est répudiée par ses grands parents (?),
et son grand père lui fait donner dès trois ans de très précoces cours de théâtre nô.
De santé fragile, il est hospitalisé plusieurs fois dans sa jeunesse.
C'est aussi un passionné de dessin et de romans policiers anglais et américains qu'il lit dans la langue originale.
Après des études littéraires,
il travaille comme ouvrier au plus bas de l'échelle sociale.
Puis devient moine Zen, pèlerin et itinérant.
Puis s'occupe de l'exploitation agricole de son père,
complétant ses revenus avec des piges pour la Gazette de Kyushu.
C'est là qu'il fait paraître ses premiers textes : essais sur le nô, nouvelles et romans en feuilleton.
C'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de Yumeno Kyûsaku,
qui désigne dans le patois de Kyushu un rêveur, un être de peu de sérieux…
Il s'intéresse au surréalisme, à la psychanalyse,
Il mettra une dizaine d'année à écrire "Dogra Magra".
Publié en 1935, un an avant la mort de Yumeno, le roman ne rencontre pas le succès.
Il n'est redécouvert que dans les années 1960,
et devient alors un véritable classique moderne au Japon.

Doudourou

.........................
Yumeno Kyûsaku
« Dogra Magra »
(traduction de Patrick Honoré)
Picquier Poche
802 pages

Commentaires

Non ! je pensais que tu parlerais d'Ogawa (oui, toujours la même !)

Ecrit par : herbertlecanard | 22.02.2008

Il n'y a que toi pour nous faire découvrir de telle perle !
Il doit falloir une certaine patience pour lire un tel livre, j'aurai un peu peur de m'y perdre par moment ou de sombrer dans une folie proche du personnage.

Ecrit par : grazie | 23.02.2008

Grazie, j'ai découvert ce livre dans une librairie,
et j'avais été intrigué parce que le libraire avait mit dessus une sorte de pancarte sur laquelle il était écrit : "Le livre qui rend fou"...
Te voilà prévenu!
Pour ce qui est de moi il ne m'a pas rendu beaucoup plus fo que je ne l'étais avant...

Herbert, et non, pas Ogawa...
J'en ai acheté,
je vais me lire ça un de ces jours prochains...

Ecrit par : doudourou | 23.02.2008

L'ennui pour moi c'est qu'un bandeau du genre me fait fuir tant je crains qu'il ne soit fait pour moi !
Mais fort heureusement tu déblaies le terrain et je peux passer derrière sans risque !

Ecrit par : grazie | 23.02.2008

fonce mon biquet !
ca fait rarement 800 pages !

Ecrit par : herbertlecanard | 23.02.2008

Ouh! Ca m'a l'air trop compliqué pour moi... Trop tordu aussi. 800 pages écrites en gros ou en petit? (rires)

Ecrit par : pousse manette | 24.02.2008

ça a l'air plutôt attirant tout cela. Les polars tordus sont bien sur les meilleurs. et je ne suis pas loin de penser que tout polar est par essence métaphysique. Quand il s'y complait, c'est encore meilleur...

Pour le bandeau, ça m'a fait rire, parce qu'on se fait tous avoir par ce genre de choses. les bandeaux, les couvertures surprenantes (comme cette énorme femme la poitrine nue sur le bouquin de Vollmann)...nous sommes des choses de publicité, malgré tout.

Ecrit par : télétubs | 25.02.2008

Ho! mais pour le "bandeau", ou plutôt étiquette,
c'était le libraire - et pas l'éditeur - qui l'avait mit pour mettre le livre en avant.
Moi j'aime bien les libraires qui mettent en avant les livres par un petit mot, un petit commentaire...
Et puis j'aime les livres qui reposent sur une démarche ambititeuse,
qui bousculent les règles et les genres.
Et puis je suis attentif à la littérature japonaise et chinoise.
Alors j'ai suivi le conseil et n'ai pas été déçu!

Là, dans Dogra Magra, je ne sais pas trop si on peut parler de métaphysique,
je ne sais pas si on peut parler de métaphysique dans le cadre du bouddhisme.
À vrai dire, je ne sais même pas bien ce qu'est la métaphysique au juste...

Pousse-manette, tu sais, quand on aime on ne compte pas (le nombre de pages).
Et moi j'aime bien les livres fleuves,
les grandes constructions dans lesquels on sait que l'on va s'installer pendant des semaines...

Ecrit par : doudourou | 25.02.2008

Ah, moi aussi, j'aime bien les petits mots de libraire. Souvent, l'écriture est jolie. ça donne un cachet. je me laisse aussi souvent conviancre et sui rarement déçu, qui plus est.

Ecrit par : télétubs | 25.02.2008

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