23.02.2008

Balade mélancolique

Ce qui est perdu

 

 

Vincent Delecroix

« Ce qui est perdu »

Gallimard 156 pages

 

 

Il y a diverses façons de se remettre d’une rupture pour certain ce sera de se jeter à corps perdu dans de nouvelles rencontres, d’autres se noieront dans l’alcool pour mieux oublier, d’autres se lanceront des défis sportifs et d’autres enfin feront de cet atermoiements une nouvelle raison de vivre pour ne surtout pas oublier celle qui est partie.

«Le destin qui m’est réservé, c’est de ne jamais pouvoir être compris par les autres » puisqu’il en est ainsi notre narrateur va se lancer dans une biographie de Kierkegaard juste pour celle qui le quitte, philosophe mélancolique père de l’existentialisme, amoureux transit qui quitta sa bien aimée pour mieux lui expliquer son geste le restant de ces jours !

Pour subventionner une telle ambition il se fera conducteur de bus pour des Danois faisant du tourisme Parisien ignorant superbement ce chauffeur érudit qui écrit une biographie sur leur contemporain à des fins aussi douteuses que celle de séduire cette femme qui l’a quittée.

Ce sera chez Abdel son coiffeur qu’il fera le récit  quotidien de ses états d’âme sans y trouver la compassion recherchée et se faisant au passage une tête effrayante par abus de ciseau vorace.

« Cette peine interminable et ressassant, stagnante, qui te maintient juste en vie et te donne l’impression de mourir continuellement, chaque minute, chaque heure, cette peine monotone qui éloigne jusqu’à tes meilleurs amis, car même aux amis il faut quelques chose de nouveau, même dans la peine ».

Alors il ne reste qu’à s’identifier à ce formidable Soren, cet incompris d’une autre époque à qui il veut redonner ses lettres de noblesse, mais ce projet est d’une si grande envergure que même leur douleur commune ne suffit pas à s’y atteler sérieusement.

Au cours de diverses pérégrinations avec un vieux monsieur Danois, qui depuis 40 ans fait le même parcours dans un Paris qu’il veut inchangé, il espère en apprendre plus sur Kierkegaard, là encore peine perdu cet homme à aussi pour attrait de faire revivre un amour mort depuis 42 ans.

Mais il est des choses essentielles à savoir sur la vie des petits détails essentiels pour donner un sens à ce dont personne ne semble se soucier. De l’ordre du pourquoi les épis de maïs sont trop salés porte de la Chapelle ? Comment un lanceur de javelot philosophe a quitté la compétition pour revenir à ses amours premières ? L’attitude a adopter pour se jeter de la tour Eiffel, pourquoi un chat noir peut être hostile d’un simple regard et bien d’autres choses encore qui conduiront notre narrateur a entrevoir l’amour d’une autre dans le reflet d’une mare d’eau.

 

Avec un humour un peu fantasque et des personnages attachants l’auteur réussi le pari de nous donner l’envie de lire Kierkegaard et de le prendre dans nos bras non sans agacement  !


Grazie

Commentaires

Vous m'aurez reconnue dans ma non signature non ?
Vu que c'est le retour d'une semaine de silence forcé à la neige (un peu abscente la neige d'ailleurs).
C'est donc Grazie

Ecrit par : grazie | 23.02.2008

coucou Grazie,

alors pas de neige ?
du Vercors, je connais le Mont Aiguille et les alentours Clelles, vile la + proche, je crois, vieux souvenir d'un camp d'ado. T'étais dans quel coin ?

"Journal d'un séducteur" raconte alors "je te quitte car je t'aime" ? ou la passion amoureuse poussée à son extrême...

qu'est ce qui est agaçant chez Kierkegaard ?

Ecrit par : beabab | 23.02.2008

J'étais à Villars (c'est le vercors version touriste il paraît) mais comme nous n'avions pas énormément de neige nous avnos surtout fait de belles randos.

Je ne suis pas une spécialiste de Kierkegaard, voire même je ne l'ai jamais lu !
Mais je crois que ce qui doit le rendre agaçant à ce jour c'est qu'il est quand même quitté une femme en lui faisant porter l'oppobre d'une époque rigide et conventionnelle pour ensuite passer sa vie a lui expliquer son geste dans des aternoiements lyriques.

Le personnage fait pareil sauf que c'est lui qui est quitté et qu'il y met assez d'humour pour nous faire sourire.

Ecrit par : grazie | 24.02.2008

Kierkegaard, c'est très curieux comme pensée...
Comme Nietzsche, il s'est dédoublé,
à endosser plusieurs pensée contradictoires,
divers masques et déguisements,
comme autant de points de vus différents sur une même pensée :
tantôt zélateur de Mozart,
particulièrement de son Don Juan,
faisant l'éloge du désir et de la jouissance,
et donc hostile au Christianisme (surtout de l'époque au Danemark!)
tantôt, tout au contraire, austère penseur chrétien,
obsédé par le poids de la Faute, du Jugement, du Péché,
menant au Désespoir...
Ce qui n'a pas manquer de créer chez lui pas mal de tiraillements!
On voit par là aussi l'influence qu'il a eu sur Bergman...

Mais "Le journal séducteur" (je l'ai lu il y a très longtemps) est un bouquin qui se lit très bien, comme un roman.
Ce n'est pas le cas du reste de l'oeuvre!

En ce qui concerne le livre de Delecroix,
ce qui semble très sympa,
- qui semble aller plus loin que l'éternelle pitch du malheureux écrivain germanopratin quitté par sa gonzesse, et qui n'arrive plus à écrire et qui pourtant essaye et gnagnagna... -
c'est le côté désabusé,
et ces observations des petits faits de l'existence,
ces interrogations un peu absudes et désordonnées que l'on se pose chaque jour.

Et puis si c'est un livre qui donne envie de serrer Kierkegaard dans ses bras...
c'est un tour de force littéraire!

Ecrit par : doudourou | 24.02.2008

L'influence du protestanisme rigoureux du 16ème siècle était surement un poids énorme pour Soren (oui entre nous maintenant on se prénomme) à plus forte raison avec un père pasteur.

Je vais lire "le journal séducteur" c'est la deuxième fois que j'en entends du bien et je te fais confiance en ce domaine.

C'est vrai que ce livre est surprenant à bien des égards surtout que juste avant j'avais lu "de la supériorité des femmes" qui traite aussi de la séparation mais qui est parfois un tantinet obscène et un peu convenu (l'auteur est quand même le directeur de philosophie magazine)

Alors que Delecroix se complait avec ravissement et une plume très fine, une vraie découverte.

Ecrit par : grazie | 25.02.2008

Il y a ce livre de David Lodge où transparait Kierkegaard ; "Thérapie" ; en version plus hilarante sans doute. Je ne sais pour ma part que penser de ce philosophe. Pour moi, ce n'est pas vraiment lumineux. certaines choses sont intéressantes, mais c'est tellement névrosé que ça empêche toutes Lumières.

Il faudrait peut-être recreuser. La Lumière est parfois tout au fond...

Ecrit par : télétubs | 25.02.2008

Je n'ai pas lu Kierkegaard, mais je me suis bien marrée en lisant Thérapie, est-ce que ça remplace ?

Ecrit par : Fleur d'Hiver | 25.02.2008

Moi, je dis que oui. Kierkegaard m'assomme...

Ecrit par : télétubs | 25.02.2008

Quand même chez Soren K il y a les début de l'existentialisme
et cette mise en avant essentiel du concept d'"instant",
moment du choix et donc du doute,
de la responsabilité,
instant qu'il fait saisir pour "exister"...

C'est vertigineux, quand même, non?

J'ai "Thérapie" chez moi, on me l'a offert,
il va falloir que je lui fasse un sort un jour..;

Ecrit par : doudourou | 25.02.2008

Mouais. L'existentialisme, j'y comprends rien...suis loin d'être convaincu...
Le concept d'instant, (tu vas me dire que j'abuse), on en a la saveur "éternelle" chez Platon, et puis Descartes, Kant. C'est pas nouveau quand même...

Ecrit par : télétubs | 25.02.2008

Bien sûr, les concepts, c'est toujours un peu les même dans toutes l'histoire de la Philosophie,
on trouve déjà tout chez les grecs, ou peu s'en faut,
mais les grands philosophes détournent les concepts, les déroutent,
leur donnent un autre sens.

Enfin tu sais ça très bien.

Ecrit par : doudourou | 25.02.2008

C'est comme le jazz finalement...

Ecrit par : télétubs | 26.02.2008

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