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27.02.2008

Stratégies militantes (5)

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A force de faire naufrage, les navires britanniques coloniaux ont fini par repérer les îles basses sur l’horizon, dans l’océan Indien, et c’est en 1825 que le cartographe anglais William Owen a baptisé Europa du nom du seul navire qui avait réussi à ne pas sombrer.

Si vous regardez sur une mappemonde, Europa est la poussière de 7 km sur 6 entre le Mozambique et Madagascar.

Au gré de l’histoire, Europa est française, même si ça n’a pas été très simple vu que Madagascar l’a revendiquée en se décolonisant. Mais maintenant, Europa fait partie des Terres Australes et Antarctiques Françaises, avec les autres Iles Eparses, comme Tromelin et les îles Glorieuses.

Ca donne des envies de voyage mais déjà, il y a zéro habitant, ça refroidit.

Les bandes de requins rivales prennent le tour de garde de l’île, les moustiques font brouillard la nuit, et le réseau d’eau douce n’a jamais été installé.

Histoire d’entretenir une présence, la France envoie régulièrement des militaires et des civils, ils peuvent s’exercer au tir et faire du tennis de table, du football et du volley, car c’est très plat comme relief, et surtout que la plongée est vivement déconseillée sauf si on fait un reportage sur les requins.

Une station météo est installée là bas, c’est comme ça que l’on sait qu’il règne entre 25 et 30 degrés pendant la saison des pluies, entre novembre et mai, et que la température peut descendre à 10 degrés la saison sèche.

La plage principale est la plage de la Station.

Le cimetière d’Europa contient 5 tombes, des colons qui se sont entretués à cause de vagues histoires de sexe.

Une piste d’atterrissage survit, dans la forêt d’euphorbes, après avoir été déplacée plusieurs fois, faute d’avoir respecté le POS et évité la zone inondable. Elle dessert les liaisons avec la Réunion , d’où viennent les 14 militaires français du 2eRPIMa, relevés tous les 30 à 45 jours.

Depuis 2002, les milieux autorisés réfléchissent sur le classement des Iles Eparses en Réserve Naturelle Protégée, mais ça presse pas trop car en réalité personne n’envisage d’aller menacer l’écologie des Iles, et encore moins d’aller contrôler et verbaliser en cas d’infraction.

 

 

Nous ne le savons pas assez, mais c’est grâce à l’admirable travail de JY Le Gall, P Box, D Chatral et M Taquet, résumé dans leur célèbre rapport « Estimation du nombre de tortues vertes femelles adultes Chelonia Mydas par saison de ponte à Tromelin et Europa, Océan Indien, 1973-1985 », que l’on a une idée de l’activité pondeuse des tortues vertes.

Avec des méthodes très élaborées, et une approche stochastique par l’utilisation des données marquages-recaptures multiples, ils ont pu conclure : « La variante importante du nombre de femelles fréquentant associée à ces estimations provient de la technique d’extrapolation spatiale. ».

Concrètement, sur Tromelin ils ont estimé que 850 à 1 100  tortues vertes venaient pondre par saison, tandis qu’elles sont 2 000 à 11 000 sur Europa.

Mais peut être les savants devraient ils plus écouter les tortues.

Parce que technique d’extrapolation spatiale ou pas, elles ont leur mot à dire, même si elles ne peuvent pas dire Je.

 

M’ont appelée Tohu-Bohu.

Me demande s’il n’y a pas légère atteinte à dignité, ai observé des ricanements.

Enfin. Ne pas se plaindre.

La maison n’est pas mauvaise.

C’est juste la fumée de leur algue. Se rendent pas compte. L’autre fois, failli plonger dans le lagon Obao de la baignoire.

Parfois me sens lasse. Très lasse.

Trimballer une carapace d’1,15 m, des années et des années. 142 kg et 63 ans de maturité sexuelle.

Ca avait mal commencé n’importe comment.

N’aimais pas l’eau.

Suis née sur la future Plage de la Station. Même pas un individu, juste un œuf parmi 198 autres. Puis les autres fournées de la génitrice. Six fois comme ça, et 8 641 tortues mères, en train de creuser, pondre, ensabler, avancer d’un mètre ou deux, pondre, simuler un trou de ponte, creuser encore, et encore. Frénétique, l’activité. Plus de 6,6 millions d’œufs. Ca rend modeste.

Ca faisait 53 jours que ça durait, ce barnum, quand l’hélicoptère est passé au dessus de la plage. Les pales ont balayé tout à la ronde. Une omelette géante verte.

Ai entendu dire que le Génocide a fait 5 964 442 victimes.

Des noyées, des écrasées par des plus grosses adultes, des moulinées par les pales, des projetées dans les arbres, des crises cardiaques.

Ai fait partie des Survivantes, balancées à l’abri d’un rocher.

Loin de l’eau.

Ca tombait bien. Pas l’intention de me mouiller.

Les Survivantes du Rocher sont restées entre elles. De temps en temps, un fou à pieds rouges, une sterne ou une frégate venait jouer son petit prédateur. Fallait juste éviter de sortir trop le jour. Pas faire les malins.

Notre communauté est passée à un peu moins de 200 000 tortues.

Au loin, on voyait le reste de la plage, et les vagues des tortues Survivantes du Bord de l’Eau faire des allers retours dans l’eau poisseuse.

Nous non. Nous copinions avec les flamands roses de passage.

Ca aurait pu continuer comme ça longtemps.

Mais au bout de 6 à 7 ans, il a fallu que certaines envisagent de se reproduire.

Ai commencé à convaincre quelques copines, puis nous avons fondé un Mouvement de Tortues Vertes.

La théorie, c’est que les ressources naturelles n’étant pas illimitées, la reproduction de l’espèce menaçait la survie. Ca rendait les opposants hystériques, surtout les mâles.

Nous avons étayé la théorie. Nous avons détaillé les nombreux inconvénients de la ponte, à savoir creuser seule des heures durant, poser les 5 à 6 kg d’œufs sans soulagement, les recouvrir sous le regard bovin des mâles, recommencer et recommencer, tout ça pour voir sa progéniture se précipiter dans l’eau à la moindre occasion, sans aucune reconnaissance. Sans parler de l’explosion des besoins alimentaires.

« Mes sœurs », ai dit dans le discours appelé Discours du Rocher, « mes sœurs, vous êtes manipulées !! Quel besoin, quelle nécessité de vous laisser faire par ces mâles lubriques, et même priapiques, qui vont vous coller des jours et des jours de corvée, tout cela pour satisfaire une pulsion animale ? ». « Dites non à l’idéologie du déterminisme, refusez l’eau, la copulation et la pondaison !! ».

Et ça a marché.

Les mâles dépités sont partis chez les Survivantes du Bord de l’Eau.

Mes sœurs ont cessé de pondre.

Suis tombée dans un traquenard.

Avais bien senti des mouvements dans l’ombre, mais pensais pas que des mâles allaient m’agresser ainsi.

Ils me sont tombés à plusieurs dessus, et ils m’ont renversée.

Puis ils sont repartis en couinant de joie, pendant que roulais en galipettes vers la forêt.

Me suis arrêtée sur le dos.

Décidée à ne pas survivre à cette humiliante position de soumission.

 

La Station météo venait d’être construite, de plus en plus d’Humains fréquentaient notre île.

Depuis quelques temps, il fallait échapper aux Compteurs, qui nous plantaient une plaque métallique dans la patte avant droite avec des numéros dessus. Sans respecter notre intimité.

Ca n’était pas sans poser quelques problèmes de courants.

Certaines de mes sœurs prétendaient que la lutte principale devait être d’échapper au recensement. Envisageant même de plus en plus ouvertement d’admettre des « balades vers l’Eau ».

La politique commençait à me fatiguer sec.

« En plus ça caille, merde, fait chier !! » qu’il a dit le gamin avec un fort accent breton.

Et en me shootant dedans.

Me suis retrouvée sur mes pattes, et perdue d’affolement, me suis mise à courir vers la mer.

Devais gémir, parce que le môme m’a ramassée en disant « oh pardon ».

Puis il m’a embarquée dans le phare, où son père était, et il lui a demandé s’il pouvait m’emmener au retour de l’été, à la maison.

Rentrée dans ma carapace, ne maîtrisant plus rien, me suis envoyée de l’adrénaline.

 

Vis à Plouguerneau depuis.

Le gniard est devenu grand père. Vois que les Humains aussi, peuvent pas s’empêcher de se reproduire.

M’ont creusé une piscine d’eau de mer, mais n’aime toujours pas l’eau.

M’ont mis au régime.

Parfois, ai la nostalgie.

Sais bien qu’il y a la mer pas loin.

Alors me dis, ai toujours mon radar magnétique. Tant pis s’il faut nager.

Le Rocher me manque.

 

Audine

 

26.02.2008

Concours

Pour moi ça marche bien.

Je vous ai collectivement, chers et chères lentilles, inscrits à deux concours bloguesques.

Le permier consiste à écrire des textes sur les tortues de mer...

vous trouverez tous les détails, ici, ici et ici

Le deuxième est un tag (ou chaîne) un peu infantile, qu'il m'a fallu vous transmettre.

Les détails sont principalement ici et ici.

Faites-en ou n'en faites pas ce que vous voulez...

télétubs.

25.02.2008

Culture sous influence

Après mes achats impulsifs du week-end me vient une rélfexion qui me turlupine, suis je vraiment libre de mes choix ?

J'achète assez peu de cd par manque de moyen (vu tout ce que je met dans les livres je préfère m'abstenir) donc là je vois des cd à 9€99 et je me laisse tenter par Cali, thomas dutronc et Dyonisos.

Le soir je m'écoute tout ca avec un bon verre de vin (inutile de préciser que je ne suis pas rester bancale avec un verre seul)

Je me dis que Cali a retrouvé le punch de son premier album (le précédent était d'une impudeur maladive avec un seul thème son fils dont il n'avait pas la garde) c'est un peu "barré" avec des morceaux qui ressemblent à un hymne, l'autre à un folklore espagnol le tout rondement mené, c'est assez sympa.

 Cali

 

Le Dutronc pour une fille comme moi inculte en jazz et peu receptive me plait tout de suite par son côté "manouche" il me rappelle le cabaret ou je vais souvent (enfin ou j'allais avant que les jeunes en fasse leur lieu de prédilection et me pousse vers la sortie) ou j'ai vu des concerts plein de bonne humeur et de gens bigarrés qui dansaient comme des fous.

J'ai pas beaucoup connu ni apprécié le père mais ce fiston là me plait bien

 Thomas Dutronc

 

Et enfin le 3ème est dans le suivi du livre un peu burtonnien que j'aie bien aimé "la mécanique du coeur" chaque chanson est un chapitre du bouquin c'est osé et bien construit, le tout assez rock à ce stade j'en suis à mon 3ème verre et  je m'enthousiasme d'un pas de danse maladroit sur lequel mes filles font peser l'oppobre, bien que désinhibée je n'en suis pas moins vexée d'avoir été prise en flagrant délit de remuage du popotin.

 Dionysos

 

 

Le lendemain je vais au cinéma voir "Paris" film un peu lourd, décousu, au paris de carte postale ou la magie n'opére que parceque binoche et Duris forment une fratrie crédible, Lucchini fait son numéro mais ou globalement on rit des poncifs utilisés et peu creusés et ou l'on passe un bon moment sans plus, un peu décue quoi !

 

 

Et donc le soir à table on discute de notre week-end et là une de mes filles me dit (alors que je me moque d'elle qui va dans un boîte ou elle connait le moindre recoin sans vouloir en changer)

- Parceque toi tu te crois originale, tu va voir ce qu'il faut voir, écoute ce qu'il faut écouter et pense comme il faut penser !

Cette explication un peu nébuleuse ne me satisfait pas je demande un approfondissement (en restant calme je précise car je sens bien que ca va m'énerver) elle se lève prend télérama et me dit :

- ben voilà tu penses tout pareil et tu crois être la seule c'est le problème de la quarantainne !

A ce stade je reste sans voix et depuis je me demande si je suis capable de penser seule, si mes achats sont si spontannés que ça, et si je ne suis pas conditionnée par mes lectures ?

Pourtant je n'ai lu les critiques qu'après avoir acheté les cd et vu le film, mais je suis quand même inquiète suis je en train de devenir une caricature téléramesque ?

 

Grazie complètement flippée 

24.02.2008

La bonne nouvelle

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Non, pas celle là. Je n'y crois pas. Beaucoup le savent.

Nicolas S a démissionné ? Non plus. Enfin pas que je sache. A moins qu'il ait décidé de se reconvertir en agriculteur. En Italie alors. Parce qu'ici...

Les Girondins de Bordeaux sont champions de France ? Patientez un peu. C'est une affaire de jours...

Alors ?

Alors ce matin, un trés important vol d'oies sauvages est passé au dessus de chez moi.  Je n'en avais jamais vu (et entendu) autant. Et si tôt.

 Et alors ? Eh bien l'hiver est fini. C'est pas une bonne nouvelle ça ?

J'sais pas vous. Mais moi, un vol d'oiseaux sauvages, ça m'émeut, ça me serre la gorge. Je ne sais pas pourquoi.

Ou plutôt si.  Depuis que j'ai entendu Brassens chanter "Les oiseaux de passage" tiré d'un poème de Jean Richepin.

Je vous en offre 2 strophes

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent feraient éclater vos poumons.

...... 

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.
Et le peu qui viendra d’eux à vous, c’est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

 Lisez attentivement

 Le poème entier (un peu long, je sais. Mais riche en symboles)

Avant d'écouter

l'adaptation de Brassens 

 

 Duga L'oie oit-elle ?

23.02.2008

Balade mélancolique

Ce qui est perdu

 

 

Vincent Delecroix

« Ce qui est perdu »

Gallimard 156 pages

 

 

Il y a diverses façons de se remettre d’une rupture pour certain ce sera de se jeter à corps perdu dans de nouvelles rencontres, d’autres se noieront dans l’alcool pour mieux oublier, d’autres se lanceront des défis sportifs et d’autres enfin feront de cet atermoiements une nouvelle raison de vivre pour ne surtout pas oublier celle qui est partie.

«Le destin qui m’est réservé, c’est de ne jamais pouvoir être compris par les autres » puisqu’il en est ainsi notre narrateur va se lancer dans une biographie de Kierkegaard juste pour celle qui le quitte, philosophe mélancolique père de l’existentialisme, amoureux transit qui quitta sa bien aimée pour mieux lui expliquer son geste le restant de ces jours !

Pour subventionner une telle ambition il se fera conducteur de bus pour des Danois faisant du tourisme Parisien ignorant superbement ce chauffeur érudit qui écrit une biographie sur leur contemporain à des fins aussi douteuses que celle de séduire cette femme qui l’a quittée.

Ce sera chez Abdel son coiffeur qu’il fera le récit  quotidien de ses états d’âme sans y trouver la compassion recherchée et se faisant au passage une tête effrayante par abus de ciseau vorace.

« Cette peine interminable et ressassant, stagnante, qui te maintient juste en vie et te donne l’impression de mourir continuellement, chaque minute, chaque heure, cette peine monotone qui éloigne jusqu’à tes meilleurs amis, car même aux amis il faut quelques chose de nouveau, même dans la peine ».

Alors il ne reste qu’à s’identifier à ce formidable Soren, cet incompris d’une autre époque à qui il veut redonner ses lettres de noblesse, mais ce projet est d’une si grande envergure que même leur douleur commune ne suffit pas à s’y atteler sérieusement.

Au cours de diverses pérégrinations avec un vieux monsieur Danois, qui depuis 40 ans fait le même parcours dans un Paris qu’il veut inchangé, il espère en apprendre plus sur Kierkegaard, là encore peine perdu cet homme à aussi pour attrait de faire revivre un amour mort depuis 42 ans.

Mais il est des choses essentielles à savoir sur la vie des petits détails essentiels pour donner un sens à ce dont personne ne semble se soucier. De l’ordre du pourquoi les épis de maïs sont trop salés porte de la Chapelle ? Comment un lanceur de javelot philosophe a quitté la compétition pour revenir à ses amours premières ? L’attitude a adopter pour se jeter de la tour Eiffel, pourquoi un chat noir peut être hostile d’un simple regard et bien d’autres choses encore qui conduiront notre narrateur a entrevoir l’amour d’une autre dans le reflet d’une mare d’eau.

 

Avec un humour un peu fantasque et des personnages attachants l’auteur réussi le pari de nous donner l’envie de lire Kierkegaard et de le prendre dans nos bras non sans agacement  !


Grazie

22.02.2008

Dogra Magra

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Un jeune homme se réveille dans une pièce nue et vide.
Il est amnésique,
il ne sait où il se trouve,
ni son identité.

Il apparaît peu à peu qu’il se trouve dans une clinique psychiatrique,
entre les mains d’un étrange psychiatre
qui veut lui faire retrouver par lui-même son identité.

Il lui livre quelques clefs :
il aurait assassiné ou tenté d’assassiner sa fiancée,
elle même enfermée dans la "cellule" à côté de la sienne.

Kure - le jeune homme apprend que c'est ainsi qu'il se nommerait –
aurait été victime d’une certaine peinture chinoise vieille de 1000 ans,
peinture maudite, dont la contemplation rend fou tous les jeunes garçons de sa famille,
et les transforme en meurtriers somnambules de leur fiancée…

Cette histoire est-elle vraiment la sienne,
ou a-t-il subit un lavage de cerveau pour servir de cobaye à un duo de savants fous et manipulateurs ?

Ou bien encore,
le livre s’ouvrant et se fermant par le même son de cloche (« …… bôôôôô-nnnnnn…. »),
faut-il en déduire que tout ce texte n’est que l’étrange rêverie d’un instant,
né dans je ne sais quel cerveau malade ?…

« Dogra Magra » est un livre déconcertant,
un roman policier démesuré (802 pages bien tassées),
un labyrinthe de complexités où se perdent toutes les certitudes,
où les perspectives sont sans cesse renversées.

C'est un patchwork de toutes sortes de style,
où alternent récit fantastique, roman policier,
légende bouddhique, essai anti-psychiatrique...
le tout baigné dans une tonalité expressionniste,
qui peut faire penser aux films expressionnistes allemand des années 20 (« Le cabinet du Dr Caligari », "Nosferatu"…) .

Tout en étant un tout à fait japonais,
ce roman opère la fusion de Bouddha, Poe, Freud, Borges, et Kafka,
et greffe la théorie du Karma bouddhique
(le poids de nos péchés nous poursuit de réincarnations en réincarnations),
sur la théorie psychanalytique freudienne de l’inconscient dans lequel jouerait à fond le couple éros-thanatos...

Yumeno Kyûsaku (1889 – 1936) est le fils d'un agitateur politique louche, mi-journaliste mi-exportateur de charbon.
Sa mère est répudiée par ses grands parents (?),
et son grand père lui fait donner dès trois ans de très précoces cours de théâtre nô.
De santé fragile, il est hospitalisé plusieurs fois dans sa jeunesse.
C'est aussi un passionné de dessin et de romans policiers anglais et américains qu'il lit dans la langue originale.
Après des études littéraires,
il travaille comme ouvrier au plus bas de l'échelle sociale.
Puis devient moine Zen, pèlerin et itinérant.
Puis s'occupe de l'exploitation agricole de son père,
complétant ses revenus avec des piges pour la Gazette de Kyushu.
C'est là qu'il fait paraître ses premiers textes : essais sur le nô, nouvelles et romans en feuilleton.
C'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de Yumeno Kyûsaku,
qui désigne dans le patois de Kyushu un rêveur, un être de peu de sérieux…
Il s'intéresse au surréalisme, à la psychanalyse,
Il mettra une dizaine d'année à écrire "Dogra Magra".
Publié en 1935, un an avant la mort de Yumeno, le roman ne rencontre pas le succès.
Il n'est redécouvert que dans les années 1960,
et devient alors un véritable classique moderne au Japon.

Doudourou

.........................
Yumeno Kyûsaku
« Dogra Magra »
(traduction de Patrick Honoré)
Picquier Poche
802 pages

21.02.2008

Mais qu'il démissionne !!!

Le mari de Christine Ockrent, si ça pose un conflit d'intérêt, que Christine fasse sa carrière !

(et puis quand même, à l'origine, c'était que lui soit dans CE gouvernement, si je me souviens bien, qui posait une autre sorte de conflit d'intérêt ...).

Audine

20.02.2008

A celle qui a écrit : "après tout, je n'ai pas besoin de toi pour vivre"

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Alors là je dis, ça se réfléchit.

La solitude, enfin je parle de la solitude où l’on est sans compagnon, de Cette solitude, elle n’est acceptable qu’une fois qu’elle se soit imposée. Plus ou moins brutalement d’ailleurs.

Oh je ne suis pas en train de dire « même pas cap, tralala ».

Non.

Je me garde bien d’en faire une gloire aussi.

Si vivre avec ne s’est pas ou peu fait, c’est sûrement que probablement, c’était moins douloureux, le chemin qui ne fait renoncer à rien. Enfin tu as l’air malin après ça. Une fois que tu as dit ça : « moi j’ai conservé mon altérité ».

In fine tu évites de faire la fière.

Bien sur autour de moi j’ai observé les délitements et les lâchetés. Les si je me noie je t’entraîne ça me console. J’ai ricané aussi, quand j’ai entendu « mais si elle me quitte je crève devant la porte du frigo ouverte ».

Je trouvais que c’était abusé et évidemment c’était abusé.

J’ai fui le romantisme exacerbé et aussi les besoins. Ce que tu proclames, le j’ai besoin de toi.

Le couple je n’y crois pas mais ça n’a rien d’intellectuel, c’est depuis toujours et ça a été tellement dur, tellement douloureux. Comme si par exemple tu ne sais pas aimer. D’ailleurs ça y ressemble dans ces sociétés. Ca fait sentir bête aussi, quand on ne sait que répondre « mais je ne veux QUE aimer ».

Alors il se passe quoi ?

Après toutes ces années, tu lui adresses une demande non répondue.

La belle affaire.

« Après tout, je n’ai pas besoin de toi pour vivre ».

Ce qu’il me parait, c’est qu’heureusement.

Mais peut être n’est ce qu’un point de vue, une caméra mal placée, une vision de cinéaste.

Et si la véritable question n’était pas celle du besoin mais celle du désir ?

Et puis si c’est en termes de besoin.

Imagine, l’adolescent te cracher au visage des paroles de haine, parce que ça fait ça les adolescents.

Quand tu n’as plus l’Autre, même s’il ne posait pas les limites – on ne parle pas comme ça à ma femme – il ne s’agit même plus d’assumer, mais d’encaisser.

Tu vois, c’est plus dur d’encaisser devant une tisane que dans un lit réchauffé par un creux familier.

Il y a aussi l’habitat qui se dégrade, je sais que l’Autre a des mains en or.

Et tout ce temps, cette disponibilité d’esprit, essentielle, que l’Autre autorise, non, il me semble ?

Le budget …

Quand on ne l’a jamais vraiment vécue, Cette solitude, ça se réfléchit.

Pour ce que j’en dis …

Audine

 

19.02.2008

La peinture pour les racailles

 

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Un petit bijou vient de sortir. J’en avais parlé vite fait, mais depuis que j’ai eu l’album en main, il m’est difficile de ne pas en rajouter une petite couche. Claire Diterzi avait acquis un peu plus de notoriété avec son premier album « boucle ». A la première écoute, je pense, à tort, à Mylene Farmer, et je me bloque. Finalement, certaines chansons sortaient du lot, et son univers commence à me plaire. Les sources d’inspirations sont variées, de la chanson à texte à l’electro, en passant par les soupçons de musique orientale.

Elle nous revient en forme avec son album "tableau de chasse". Le concept (oui, c’est un album à concept) est simple. Laisser libre cour à son imagination en regardant des oeuvre. Evidemment, elle adapte les accompagnements à l’ambiance de l’oeuvre…

40b0d47988c665d1dc4e3cd1e4ff5efa.jpg Les œuvres se suivent et ne se ressemblent pas… ainsi, à propos du Verrou de Fragonard, ambiance très libertine, digne des liaisons dangereuses !
Vierge aux abois, va et viens défais moi ce lit à baldaquin, en deux temps trois mouvements, l’on badine ...
 

 

 


Quand elle s’en prend au pop art, elle change de registre, et tourne f8996c37a54b3fcd774d9d75f38ef69f.jpgà la dérision cet univers.

La chanson inspirée par les sculptures d’Allen Jones nous plonge, avec beaucoup de dérision, dans un univers digne de FHM ! 
A quatre pattes,,j’te lappe tes niques et tes frocs, tes rêves en plastoc, j’te brique tes biceps à tatouages, c’est moi Jenny la bimbo !

Forcement, écouter les chansons sans voir la source d’inspiration perd de son charme. Autant dire que ce projet milite de lui-même contre le téléchargement, étant donnée que la pochette prend un réel intérêt (pas comme celles de zazie !). Quel est le lien entre Rodin, Claudel, Toulouse-Lautrec, Turner ? D’avoir créé des personnages plein de vie, certes, mais terriblement muets. Claire leur offre une seconde vie ! Pour écouter les chansons en ligne, un clic : http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.view...
Interview sur le site d’RFI  : http://www.rfimusique.com/musiquefr/articles/097/article_...

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Magnifique transition pour vous présenter les romans de Daniel Arasse, si vous ne connaissez pas déjà. Ces bouquins sont tirés d’une émission de France Culture, et proposent un autre regard sur des classiques de la peinture. Vous savez, toutes ces œuvres qu’on a vues et revues, dans les manuels scolaires entre autre, si bien qu’elle font partie du mobilier, et qu’il devient difficile de s’y attarder plus de 3 secondes. On y est à un tel point accoutumé, qu’il devient difficile d’en parler. Daniel Arasse, se propose de nous ouvrir les yeux sur des détails qui nous avaient échappé….

Ainsi à propos de l’annonciation de Francesco del Cossa, Daniel s’énerve :

"Vous trouvez çà normal, vous ?

Dans le somptueux palais de Marie, au moment (ô combien sacré) de l'Annonciation, un gros escargot qui chemine, yeux bien tendus, de l'Ange vers la Vierge, vous n'y trouvez rien à redire ?"


30 pages sur cet escargot. Effectivement, c’est pas le premier à le faire, Beaumont et Cassier ont déjà relevé le défi dans leur ouvrages de biologie animale, mais avec Danny, on se laisse guider, et on se marre franchement plus !

Et pour les plus coquins, vous saurez tout en terme de pilosité, centrée sur la toison de Madeleine… (si ça ne fait pas vendre le livres ça, je n’ai rien compris à la politique éditoriale du nouvel obs).

Un seul bémol… Les reproductions proposées dans l’édition poche de Folio sont franchement pas laides (toutes sombres, aucun contraste !). A moins que ce soit volontaire pour pousser les djeuns à retourner, avec entrain, dans les musées !

Herbie, une vraie croûte

17.02.2008

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

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(La Commune à feu et à sang, mai 1871)
En 1871, Victor Hugo écrivait ces vers pour plaider l’amnistie des condamnés de la Commune de Paris :

Étant les ignorants, ils sont les incléments
Hélas combien de temps faudra t-il vous redire
À vous tous que c’est à vous de les conduire
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité
Que votre aveuglement produit leur cécité
D’une tutelle avare, on recueille les suites
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.

Vous ne les avez pas guidés, pris par la main

Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin,
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre ?
Quoi ! Pour que les griefs, pour que les catastrophes, les problèmes, les angoisses,
et les convulsions s’en aillent, suffit-il que nous les expulsions
?

 

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Thierry Jonquet, auteur de romans noirs, a repris une des ces lignes pour en faire le titre d’un récit suburbain fait d’horreurs ordinaires et de futurs nauséeux.

Ca se passe dans une ville du 9-3, à la rentrée scolaire de septembre 2005, dans un collège où Anna Doblinsky va prendre son premier poste. Et se confronter à la bêtise crasse, au sexisme, et à l’antisémitisme. A la misère. A la désespérance. A la veulerie de collègues plus anciens. Plus résignés. Plus terrorisés.

Thierry Jonquet va décrire par le menu la banlieue et ses cités. Le partage des territoires, entre le trafic de drogues, la prostitution, l’islamisme, et tout près, la coquette ville murée, investie par la communauté juive.

De tout pour faire explosions.

Un imam illuminé, des jeunes attirés par le sadisme transfiguré par le politique, des dérangements mentaux, des flics et la justice, largués depuis un moment, on dirait que TJ a vécu au sein même des cités.

Mais ce brassage ethnique encouragé pour enfermer dans des ghettos quelques populaces dangereuses ainsi occupées à des guerres entre lumpen prolétariat, ce communautarisme galopant, il les a déjà observés dans « Jours tranquilles à Belleville », description de la lente décrépitude de ce quartier parisien populaire, destruction programmée et éminemment politique.

L’histoire même du roman n’a pas beaucoup d’intérêt, on suit surtout un arabe deuxième génération qui a un peu plus de cerveau que les autres, et qui va sombrer suite à des espoirs déçus du fait d’une erreur médicale : il aurait pu développer ses dons de dessinateurs déjà remarqués, mais il sort d’une mauvaise chute avec sa main droite inutilisable.

Parallèlement, on lit la façon dont Anna Doblinsky va s’adapter, se renier, pour échapper au marasme.

Ce qu’on retient de cette lecture, c’est qu’elle est le reportage de nos portes de villes.

Et qu’il nous faudra bien vivre avec les barbares – élevés en nos seins ou non – prêts à foncer au cœur de nos nids, le lance flamme à la main, sans même que l’on comprenne ce qu’ils disent.

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(émeutes de Clichy octobre 2005) 

 

Je ne sais pas si TJ est romancier. Mais il dépeint d’une façon magistrale une réalité que l’on a peur de voir. Avec prescience aussi, car ce livre a été écrit avant les émeutes d’octobre – novembre 2005 et surtout, avant le meurtre terriblement angoissant de Ilan Halimi de janvier 2006, meurtre quasiment décrit par TJ (précisons que le livre est sorti en octobre 2006). Ce qui nous pousse à être terrorisés.

Sur son site, Thierry Jonquet écrit :

« Le roman noir est condamné à un concubinage forcé avec la barbarie, cette courtisane au regard torve, aux vilaines manières. Elle écarte ses cuisses avec un sourire d’une rare insolence. Obscène, elle est obscène ! II faut malgré tout la besogner, littérairement, s’entend ! La tâche est rude. Je suis fasciné par la créature. Sa laideur me désarme, me laisse pantelant. Le roman noir est son fidèle compagnon. Prétendant docile, charmeur, avec son nœud pap’ et ses gants beurre-frais. Il veut la marier ? Ben voyons ! Célébrons leurs épousailles, ils ont un sacré bout de chemin à parcourir ensemble. Je ne suis qu’un petit garçon d’honneur, engoncé dans son costume taillé trop court. Les doigts dans le nez, à l’heure de la cérémonie, j’écoute distraitement le sermon du prêtre, je croque au passage quelques dragées amères, forcément amères, je sniffe les remugles d’encens qui montent dans la nef, je mettrais bien ma main aux fesses, joliment rebondies, de la nonne qui officie à l’harmonium, mais mon éducation me l’interdit. »

En mai juin 1871, plus de 20 000 communards furent massacrés par le sanglant maréchal Mac Mahon. Si aujourd’hui, les barbares de Clichy sous Bois entraient dans Paris, nous ferions sûrement partie des Versaillais. Nous autres qui savons lire, qui croyons en des lois, et respectons la vie d’autrui. Justement. C’est là où les vers de Victor Hugo font mal, c’est qu’on se dit, oui mais c’est pas pareil.

Pas pareil ?

Ils sont notre cauchemar, nous sommes leur haine.

Audine

 

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