24.03.2008
de quelques bd
Exit wounds – Rutu Modan, Pinhas-Delpuech L’histoire se passe à Tel Aviv, sur fond d’attentats kamikazes, qui s’égrènent au fil des jours, aussi lassants que meurtriers, quotidiens, et appris par les israélites avec un fatalisme amer.
Un jeune homme, Kobi, est chauffeur de taxi. Un jour, Numi, une fille de la bonne société de Tel Aviv, qui fait son service militaire et qui est surnommée « La Girafe » rapport à son physique, vient trouver Kobi. Elle lui explique qu’il a sûrement été la victime anonyme d’un attentat.
Numi, à la recherche de la relation amoureuse avec le père, et Kobi, à la recherche du père dont l’image est aussi furtive que la balle d’un snipper, partent enquêter sur le mort anonyme mais surtout, sur qui était ce père.
Exit Wounds est le mot pour définir la blessure que fait une balle à la sortie du corps : inattendue, parfois plus compliquée à cicatriser.
Le dessin est subtil, avec des points de vue souvent en contre plongée, comme la couverture, un trait fin et précis. L’histoire est habilement menée, à la fois tendre et désillusionnée, lucide et avec une touche d’espoir final, qui dit « la vie continue ».
J’ai bien aimé cette bd qui nous plonge dans un pays qu’on ne connaît pas, qu’on devine dur et d’une énergie réaliste, et l’errance de ces deux jeunes adultes qui semble une parabole de l’errance d’Israël.
Un peu avant la fortune – Dupuy, Berbérian, Denis
Parfois ça fait peur d’avoir de la chance, surtout quand la chance est monstrueuse.
C’est l’effet que ça fait à Etienne, la peur. Du coup, le timide, l’effacé, le looser qu’il est dans le fond, est pris de vertige. Et inconsciemment ou pas, il va mettre cette chance à l’épreuve et rencontrer des drôles de personnages, poétiques et effrayants.
En prenant sa vie en main, lui le détective qui passait son temps à regarder la vie des autres.
C’est une histoire toute simple – dont la fin est un peu neuneu, enfin c’est ce que je trouve quand ça dit que l’amûr triomphe toujours – avec des dessins sobres, expressifs et des couleurs tour à tour chaudes ou nocturnes.
C’est un bel album, qui attire par son esthétisme, dont l’histoire est douce.
Petites éclipses – Fane, Jim
C’est un gros bouquin à la couverture souple, édité par Casterman.
C’est l’histoire de 3 couples de trentenaires, qui vont passer 4 jours ensemble dans une maison du sud de la France , pour observer une éclipse de soleil.
En attendant la grande éclipse solaire, ce sont des tas de petites éclipses dans leurs amitiés qu’ils vont vivre, avec des non dits mis en plein jour, des tensions qui s’installent, des aveux qui s’échangent.
Le récit vise et reprend un à un tous les personnages, introduit une espèce de guérisseuse du cœur qui va mettre plus d’un grain de sel. C’est quelques fois un peu lourd, un peu insistant sur le même personnage, ça manque … d’ellipse.
Le dessin est très souvent en gros plan (c’est du noir et blanc), resserré, le texte remplit les blancs, ça peut lasser à la lecture.
Je suis revenue néanmoins avec plaisir pour observer le trait, très expert, un manuel pour dessiner des personnages !
A se faire prêter par curiosité.

C’est un gros album cartonné de Futuropolis, à 19 euros.
C’est une histoire de Tronchet, alors vous connaissez Tronchet, le père de Raymond Calbuth et de Jean-Claude Tergal.
Ca situe et d’une l’humour et de deux, le dessin, toujours aussi entouré, affirmé, qui ne laisse aucune équivoque, ni poésie bien sur, mais c’est le cadet de ses soucis à Tronchet, la poésie.
Ici, nous avons un médecin, François (ce qui change un peu la catégorie sociale et va donc mettre le personnage plus à l’aise et dans sa vie et avec les femmes), qui va être confronté à un défi de séduction par une roumaine mystérieuse.
Il va être aidé dans ses tribulations par Jacky Mousselin, un être délirant, qui fait ce qu’il peut et que c’est bien utile parfois.
J’ai trouvé que c’était assez drôle, bien mené, peut être un chouïa long à la fin tout de même.
(il y a 106 pages !).
Tronchet maîtrise parfaitement le scénario, le dessin et la mise en page, un bel album de professionnel.
Le combat ordinaire – tome 4 – Planter des clous – Manu Larcenet Est il encore nécessaire de présenter Larcenet et ses histoires de gens simples et attachants ?Le combat ordinaire est une suite de 4 tomes donc, dans laquelle Marco, photographe dépressif, quitte la région parisienne pour se mettre au vert. Il rencontre une jeune femme, se rapproche de ses parents, réfléchit sur ses origines et sa condition sociale, erre et médite, médite et erre, et boit.
Dans le tome 4, Marco devient père, et se complait dans ses interrogations, et le constat désabusé de ses imperfections mais aussi de la faillite des luttes sociales.
Marco est attachant mais avouons le, c’est parce qu’on ne vit pas avec lui.
Le 4e tome est dans la lignée des 3 précédents, ce qui à la fois, ne nous fait pas bouder notre plaisir mais en même temps, déçoit légèrement (qu’a tu ressentis, Béabab ?).
Il y a aussi ces transitions brutales, entre le lieu du travail et des luttes sociales, et la maison avec la petite fille, sorte de havre de paix, où Marco se vautre, vivant de l’air du temps ?
Larcenet a voulu achever cette série, ça se sent. Le tome 4 ne dépare pas, certes.
Le point d’orgue restera donc avec cet arrière goût de blessure, dans cette campagne si magnifiquement décrite, et qui donne tout de même bien envie de quitter la ville (surtout si on a des tendances contemplatives).
publié par Audine
13:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note





Commentaires
Si seulement j'arrivais a lire de la BD je pourrais comprendre ce que tu dis !
Mais je n'y arrive toujours pas l'image me gêne, je suis assez monotâche comme fille, soit je regarde l'image soit je lis mais les deux ensemble brisent mon imaginaire et m'embrouille définitivement.
Il n'y a que les magazines d'enfants qui ne me trouble pas, au contraire ces dessins tout en rondeur (comme le fait si bien une connaissance à nous !) m'enchante.
Quand même je t'ai entièrement lue et je me suis régalée.
Ecrit par : grazie | 24.03.2008
Mes points de vues, en vrac, sur celles que j'ai lues (ou pas!).
"Exit wounds", a été pour moi une agréable surprise. Une histoire avec des rebondissements (sisi), un graphisme interessant. A cause de cette BD, entre autre,
j'avais été à l'expo sur les juifs dans la BD "de superman au chat du rabin", à mon grand regrêt, à peine 2 planches pour cet auteur (pendant ce temps, Sfar en avait une vingtaine !).
Le titre résumé assez bien l'ambiance et le sujet du roman : "des blessures de sortie dont les aspects extérieurs ne disent rien des dommages intérieurs, ni des trajectoires des projectiles qui les ont provoqués".
T'as vu Modan Rutu au salon du livre Audine ?
Le "Dupuy-Berbérian" (indissociables !), je l'avais allégrement snobé. Pourquoi tant de haine ? Le cycle de monsieur Jean a fini par me lasser. Toujours le même milieu, les mêmes histoires. Celui-ci a de bonnes critiques. J'aurais du me lancer, puisque c'est Mr Denis qui a proposé le scénario et les a guidés. Oui, on est encore dans le grand thème de l'ouverture ! Il faut donc que je le lise (mais j'ose pas l'acheter).
Quant à Larcenet... grosse deception pour moi. J'aurais préféré m'arrêter au tome 3. Le scénario est nettement moins riche que les précédents (on n'a plus vraiment les relations avec le père, la mère est quasi-absente), le sujet autour de l'usine avait déjà été traité auparavant. Nouveau thème, la paternité ? Moué, mais finalement, ça reste assez peu exploré. Sa meuf aussi, devient vraiment transparente (elle a eu son môme, donc elle ne dit plus rien ?).
Les dernières pages sont extremements rageantes.
Je cite : "je me méfie de ceux qui se découvrent des élans patriotiques au moment des présidentielles".
Et bien moi, je me méfie de ceux qui se mettent à faire tourner une série dans la politique pure le lendemain des élections présidentielles.
Biensûr, il y avait de la politique dans les albums précédents,
mais de façon moins ancrée dans le réel (moins de noms propres), ce qui assuraient aux BDs de mieux vieillir. De me retaper l'election de mister rolex sans m'y prévenir m'a rendu nerveuse.
Bon, faut qu'j'travaille. Snif.
Ecrit par : herbertlecanard | 24.03.2008
déception ausi pour le 4ème tome du combat ordinaire..
pourtant ça commençait pas mal avec la relation pére fillette mais les dernières pages sur le soir d'élection, je les ai trouvées plus qu'indigeste...cela fait plaquer, ça ressemble aux impressions post-électorales de la soirée du chez pas combien de mai (excusez mon inculture et pourtant je vote) de Manuel Larcenet qui s'exprime à travers le personnage du vieil ouvrier des chantiers mis à la retraite.
Bref ça sonne faux, ça m'a plutôt irrité le poil ( que j'ai soyeux)..et c'est indigeste autre grande phrase "combien d'entre nous on assez de culture pour comprendre pour quoi ils votent ?
Larcenet, serait-il royaliste ? je provoque un peu mais bref toutes ces formules à l'emporte pièce qui s'étalent sur presque 8 pages de BDs, ça m'a gavé...
j'ai eu l'impression que le Shark venait envahir l'écran, moi j'avais pas payé pour çà ?
Bref à trop ancrée sa BD dans une actualité réelle, comme tu dis Herbie , je trouve également que ça la date et qu'elle perd en profondeur.
On sort de c'te Bd sans avoir l 'impression d'avoir un scénario, si ce n'est celui de tous les deuils, du picvert au soir d'élection
jugement sévère, mais c'est à hauteur de mon attente, je vais aller planter des choux
Ecrit par : beabab | 24.03.2008
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