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27.04.2008

Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour (1) - Thomas

Thomas fait des raies dans sa purée puis les efface. C’est trop nul les raies. Il creuse une grotte au bord du cratère. C’est la maison de l’explorateur, celui qui ira chercher de nouvelles terres avec son chien. A cause des meutes de la faim, il doit chercher des nouvelles terres.

« Thomas, dépêche toi de manger avant que ça soit froid ! » lui jette sa mère, et le pied de Thomas part en pendule cogner contre Pacha. Même pas fait exprès. Pacha se pousse et fait tomber le tabouret et il s’en va en baillant l’air de rien, la queue hochant.

« Mais qu’est ce que tu fais là toi !! ». Sa mère dispute le chien mais jamais il lui répond. Souvent sa mère parle sans qu’on lui réponde mais pas toujours. Thomas a fait la liste dans sa tête. La voiture ne répond pas mais lui obéit. Pacha ne lui répond pas. Son père des fois non. Des fois, il bouge la porte très fort et dit « fais chier ».

Quand sa mère l’appelle Thomas, c’est que C’est Pas le Moment.

Là par exemple, C’est Pas le Moment.

Thomas avale sa purée. Purée caca boudin.

Il n’a jamais mangé de boudin mais il sait qu’il n’aime pas ça. Il sait que c’est du sang d’animal. La crème de marron non plus il n’aime pas, même si c’est pas du sang, mais ça colle trop la langue.

Thomas dit qu’il veut deux petits suisses à la fraise en dessert et sa mère lui pose devant avec la petite cuillère cadeau du magasin de surgelés. Son manche est rouge et tout en virages et c’est la sienne, de petite cuillère. Il préfère les petits suisses en tube ou ceux avec une paille mais sa mère ne veut pas en acheter.

Thomas finit son verre Tintin, rote et dit pardon et sa mère dit « tu peux sortir de table ».

 

Dans le couloir qui mène à sa chambre, Thomas longe le mur droit de coté, face à l’autre mur, mais sans regarder les masques. Il fait des pas chassés, il en faut cinq pour passer les masques. Les masques c’est des figures que ses parents ont rapportées de leurs voyages. Mais Thomas se méfie. Il serait presque ami avec la tête ronde et les yeux plissés qui rient, la moustache rigolote, et les cheveux roses qui pendent de chaque coté et qu’il n’a jamais osé toucher. Les autres sont vaguement inquiétants. Un tout blanc est décoré de paillettes dorées, et plein de tissus blanc et argenté, un autre est marron foncé, il fronce les sourcils, il a une barbichette pointue, on dirait des poils de noix de coco. Thomas a déjà mangé de la noix de coco mais pour faire plaisir à son père parce que ce n’est pas très bon. Il y en a un autre moitié marron moitié blanc, la bouche est du coté marron mais est peinte en blanc, et il a un bout de tissus comme du sac de pommes de terre qui lui sert de barbe et un autre enroulé qui lui sert de chapeau.

C’est surtout parce qu’ils n’ont pas d’yeux que Thomas se méfie. Déjà que des fois on leur vole leurs rames, Thomas ne veut pas que les figures soient en colère pour leurs yeux.

 

Thomas appuie sur la poignée de la porte des WC. Elle est un peu dure et fait mal aux doigts.

Il rentre et ne touche pas au verrou, sa mère ne veut pas. Il s’assoit sur la cuvette et regarde les dessins du carrelage par terre. Il cherche l’ours familier, et la corvette qu’il a repérée récemment. Maintenant il peut la voir, avant il ne savait pas ce que c’est, une corvette.

Il tire un peu fort sur le papier, alors il prend le grand bout. Il se lève, s’essuie et regarde les traces. Le fait est que ça n’est pas du tout le même sale que dans le nez. Les différentes sortes de sale sont un Mystère qu’il n’a pas encore résolu. Il étale un peu de trace sur la paroi de la cuvette, et ça fait une fusée.

Vite, il se reculotte, tire la chasse, et repart.

Il va jouer à la fusée avec ses Playmobil.

 

Thomas aborde l’après midi comme on entre dans une nouvelle saison.

 

Dans l’après midi, Thomas sortira de sa chambre brusquement et ira chercher un Mister Freeze à l’orange, au citron, ça pique trop.

Ils sont dans le tiroir du haut dans le congélateur, et Thomas doit se mettre sur la pointe des pieds pour regarder dedans. C’est dangereux parce qu’il risque de se coller les doigts, alors il touche le moins possible à autre chose, et pique directement sur le bâtonnet.

Il repart un peu excité, sans refermer bien la porte du congélateur.

 

Plus tard encore, les joues de Thomas seront toutes poisseuses et si sa grand-mère était là, elle lui dirait « mais tu pègues Boutchou » et sa mère lui dirait d’aller se laver. Après, sa grand-mère lui ferait des bises très fort, en disant « on en mangerait on en mangerait » et Thomas dirait « me dévore pas me dévore pas » et même s’il sait que ça n’est pas pour de vrai, il se méfie. Il est content de connaître le mot « dévore ». Son autre grand-mère, elle, ne l’embrasse pas comme ça, mais s’appuie un peu sur son épaule et dit « c’est mon bâton de vieillesse ça ! » et Thomas trouve qu’un bâton c’est bien, et il se voit aider sa grand-mère à marcher,  quand elle sera très vieille. Et si on l’attaque, il pourra la défendre, comme il est un bâton.

 

Ses Playmobil aussi collent un peu.

Mais ça n’empêche pas la fusée de décoller ahah.

Thomas pour vérifier, met dans sa bouche un chef de chantier à casque jaune qui fait un signe à la fusée.

Il a bien un goût d’orange.

 

 

Audine

20.04.2008

La Lamentation du Prépuce

1985928203.gifLa Lamentation du prépuce

Shalom AUSLANDER

Traduit par Bernard COHEN

Février 2008

Belfond Etranger - Littérature étrangère

19 € - 312 p.

 

 

 

   

Salut les biloutes,

Je prends enfin le clavier pour une petite note, afin de vous présenter le coup de cœur littéraire du moment (rien que ça). Je suis du genre peine-à-rire quand je lis des romans, oui, un  peu trop (f)rigide de ce côté-là … Mais c’est arrivé dernièrement ! Alleluia ! Un vrai miracle !

 

L’heureux élu est le premier roman traduit de Shalom Auslander. Amplement autobiographique, ce roman décrit des souvenirs d’enfance de Shalom, élevé dans une famille (très) juive orthodoxe, entrecoupés des répercutions qu’elle a eue sur sa vie d’adulte.

La comparaison avec « Portnoy et son compexe » de Philip Roth semble inévitable, bien qu’elle agace fortement l’auteur… mais, je vous rassure, ces romans sont radicalement différents. Si Portnoy se rebellait aussi contre les traditions, il était surtout focalisé sur son kiki. De son côté, Auslander ne remet jamais en cause l’existence de Dieu, même s’il n’est plus réellement pratiquant. Le Tout Puissant devient le personnage secondaire du roman, par l’existence de nombreuses interpellations du héros.  Ravagé par la paranoïa, il est persuadé qu’il devra payer pour tous les écarts de conduites qu’il a réalisés. Vient l’annonce de la naissance de son premier enfant, un fils, et le difficile choix de le circoncire, ou non. D’une part, il essaie d’échapper à la tradition, à la pression familiale, d’autre part, il est terrorisé à l’idée que Dieu puisse lui reprendre l’enfant s’il refuse de procéder à cette cérémonie. On assiste alors à un véritable bras de fer entre son envie de quitter une bonne fois pour toute tous les rites qui ont fait de lui un homme craintif et dépressif et ce Dieu qui ne semble pas vouloir le laisser en paix.

 

Certaines scènes sont extrêmement drôles, pour n’en citer qu’une, le concours de bénédictions au début du roman. Mais ce rire est parfois jaune … l’enfant est dans une telle terreur de Dieu qu’il prend toutes les recommandations au pied de la lettre : il sait par exemple que jusqu’à 13 ans, le père est responsable des actions de son fils. Le jeune Shalom blasphème dans l’espoir que Dieu tue son père qui a un penchant un peu trop prononcé pour la boisson.

 

Le dénouement du roman est aussi une belle surprise, puisqu’il prolonge une certaine absurdité qui s’acharne contre ce pauvre personnage. Au final, je le recommande à tous ceux qui sont un peu minés par l’actualité…d’autant plus que le roman a l’avantage de distraire tout en ayant un fond on ne peut plus sérieux.

 

Un extrait, y’a que ça de vrai :

 

-C’est un garçon, a déclaré l’infirmière.

Orli m’a lancé un sourire.

- Un quoi ? ai-je fait.

- Un garçon.

- Vous êtes sûre ?

Je me suis penché par-dessus Orli pour scruter le moniteur.

- Oh oui, pas de doute monsieur.

- Ca ressemble à une fille, ai-je dit.

- Tu t’appuies sur mon ventre, m’a informé Orli.

- Je fais ça depuis 10 ans, m’a informé l’infirmière. C’est un garçon.

L’infirmière à montré une sorte de tâche floue et blanche sur l’écran.

- Un garçon, a-t-elle déclaré, péremptoire. Je peux appeler un médecin si vous voulez un deuxième avis.

-Non, ça va, a tranché Orli.

L’infirmière a poussé le moniteur de côté et s’est levée.

- Vous vouliez une fille, c’est ça ? – Elle a tendu quelques serviettes en papier à Orli pour qu’elle s’essuie le gel sur son estomac. – Les garçons sont plus faciles à élever.

- Peut-être, ai-je dit, mais les filles on n’a rien besoin de leur couper.

   C’était exactement ce que j’avais redouté. Si je n’avais pas été convaincu que Dieu était un enfoiré qui passait son temps à trouver les angles les plus désopilants pour me baiser, j’aurais même prié pour avoir une fille, tout en sachant que si je l’avais fait, il m’aurait donné un garçon à tous les coups. J’aurais pu essayer aussi le coup de l’intox psychologique – prier pour un garçon afin d’avoir une fille – mais il était pratiquement assuré qu’il verrait le truc venir et qu’il me donnerait deux garçons, des jumeaux, rien que pour me niquer et pour que les gens s’extasient : « Oh, quelle bénédiction ! ». Et c’en serait une, bien entendu, mais je serais alors le seul à connaître la vérité, la  combinaison de chromosomes, la malveillance qu’il y aurait derrière, bénédiction ou pas, et alors je me fâcherais tout rouge et je prendrais la résolution de ne circoncire ni l’un, ni l’autre, juste pour narguer le Fils de Pute, sauf qu’il m’entendrait penser, percerait mes plans à jour et en ferait des siamois, réunis par le prépuce, ha, ha, ha, la bonne blague, de sorte que je n’aurais pas le choix que de les couper et la punition viendrait évidemment avec l’une ces mises en garde obliques dont il raffole tellement : « Respecte Mon alliance avec Abraham ou bien ces gosses se pisseront dessus réciproquement pour le restant de leur vie » ou encore « Si tu le les lies pas à Moi, Je les lierai à jamais l’un à l’autre». Quoique, maintenant que j’y pense, ce serait la situation idéale : pas le truc de pisser l’un sur l’autre mais leur prépuces soudés, car je n’aurais pas d’autres choix que de les circoncire, ou plutôt les médecins le  feraient d’eux-mêmes à l’hôpital  et je n’aurais même pas à prendre la décision.

Récupérant son dossier, l’infirmière s’est dirigée vers la porte.

- Si ça peut aider, m’a-t-elle lancé, ils ne sentent pas la douleur à cet âge.

- Merci. Ca n’aide pas.

- Je sais, a-t-elle rétorqué

18.04.2008

"Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels"...

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Duga, tu avais écris :
"Peux tu m'expliquer en quoi le fait d'accomplir une vie "mortelle" exemplaire, transfère à cette vie un attribut ou un qualificatif "d'immortel " ?"
En fait j'avais cité la célèbre phrase de Spinoza :
"Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels".
(j'avais dit une bêtise en disant "immortel" au lieu d'"éternel", c'est pas pareil...).

Je te devais une petite réponse,
j'y ai bossé,
et la petite réponse est devenue grande...
la voici :

Spinoza à une idée de Dieu tout à fait particulière.
Ça n'est pas du tout un Dieu personnel avec barbe, Table de la Loi,
Ce n'est pas un Dieu qui juge, qui dit le Bien et le Mal,
ni un dieu qui nous aime,
ni qui demande qu'on le prie, ou le vénère.

C'est un Dieu pas du tout conforme aux textes révélés.
C'est pourquoi Spinoza s'est fait "excommunier", ostraciser, de la communauté juive d'Amsterdam

Dieu, pour Spinoza, c'est tout ce qui est, c'est la Nature.
C'est pourquoi on parle à son propos de Monisme,
car pour lui il n'y a qu'une substance et pas deux (Idée et Matière, Corps et Âme, etc…).
On parle aussi à son de Panthéisme : Dieux et la Nature sont absolument confondu.
Dieu c'est l'ensemble des processus naturels qui se composent les uns avec les autres.
C'est autant les virus que l'éléphant ou que l'herbe et les rapports qu'ils tissent entre eux.
Dieu donc se déploie en une infinité d'attributs.

L'Humain n'a accès qu'a deux attributs : la pensée et l'étendue.
On pourrait dire le corps et l'âme,
à condition de dire que ces deux attributs ne s'opposent pas,
mais sont les deux modalités de la même réalité unique, Dieu, ou la Nature.

Faisant partie de l'essence de Dieu, nous n'avons donc apparemment aucune liberté,
nous sommes entièrement déterminé de l'extérieur et entièrement soumis aux enchaînements de causes et d'effets.

Au plus bas niveau de la connaissance humain,
dans le "premier genre de connaissance",
nous ne comprenons pas ces enchaînements de causes et d'effet,
et nous ne cessons de nous heurter au monde.
Cela génère en nous des "idées inadéquates"
qui sont la cause de nos "passions tristes" :
la colère, la haine, la peur, la méchanceté...
Ces "passions tristes" diminuent notre puissance (ce que l'on PEUT faire).

Si l'on parvient à un plus haut degré de connaissance,
au "deuxième genre de connaissance",
on utilise son entendement (par la science, les mathématiques, l'acquisition de techniques…)
pour comprendre les rapports qui composent la Nature,
on compose mieux nos parties extensives avec les parties extensives de la nature
- par exemple on apprend à nager et non plus à barboter,
donc on compose mieux nos rapports avec les rapports de l'eau,
on domine notre rapport à l'eau au lieu d'être dominé par lui - .

Composant mieux nos rapports,
nous augmentons notre puissance (ce que l'on peut faire)
et par là nous augmentons notre Joie,
et sommes en mesure de préférer les passions joyeuses aux passions tristes,
c'est à dire que l'on accède à la liberté de choix entre ces deux régimes de passions.

Avec le troisième genre de connaissance,
notre compréhension de ce qui nous détermine n'est plus obtenu par entendement ou par raisonnement,
mais de façon instinctive.

On comprend alors que les parties qui nous composent ne disparaissent pas à la mort,
que la mor n'est que la décomposition du rapport qui unissait notre partie extensives et nos parties intensives,
qu'elles continuent leur existence mais sous d'autres rapports d'autres agencements,
nos pensées, nos actes et parties de notre corps sont comme recyclés dans le "tout",
dans la substance unique,
en Dieu.

De plus, Spinoza ne pense pas l'éternité comme étant "après nous",
mais comme étant aussi bien "avant" et "pendant" nous.
C'est ainsi que nous pouvons "sentir et expérimenter" dès à présent,
pour peu que nous ayant atteint le troisième genre de connaissance.
que nous sommes éternels.

CQFD.


Voilà ce que je peux en dire.
C'est en gros ça, mais j'ai bien conscience que c'est très imparfait.

J'ai fait comme j'ai pu!

Doudourou

16.04.2008

Covent Garden

-         Je ne pensais pas que ça en arriverait là.

Il plante un morceau de viande rouge tremblotant dans un pot de sauce rose en soupirant.

 

J’ai des a priori contre ces restaurants où la direction oblige les serveuses à porter en uniforme, une mini jupe. Lors du coup de fil, j’avais tenté une suggestion pour la Torre de Belém, mais imperturbable, il était resté. Adeus carne de porco Alentejana, vinho verde et pastel de nata. Bonjour la viande rouge.

Je ne suis pas la puissance invitante, et puis, dix ans que je ne l’ai pas vu : on fait des concessions à moins.

 

La serveuse qui s’occupe de notre table est maigre, les cheveux rassemblés en pelote d’où sortent des baguettes chinoises et des mèches raides et pelucheuses. Elle a des gestes brusques et a déjà éjecté de la table d’à coté, un quignon de pain, en passant un chiffon serré nerveusement. Elle maugrée « tombera pas plus bas ». « Il y a du monde » je lui dis bêtement. « Et encore, le samedi, c’est pire, c’est Hiroshima ! » me répond elle avec de grands yeux écarquillés.

 

J’ai des douleurs partout, suite à une chute de vélo, et chaque matin, je découvre de nouveaux bleus sur des endroits de mon corps dont je ne soupçonnais pas l’existence. Sur une longueur de trente centimètres de mon bras droit, s’étale un hématome géant, qui m’empêche de couper du pain, porter quoique ce soit, ou me coiffer. Non que j’ai besoin de me coiffer tellement. Mais c’est très difficile de se laver les dents avec la main gauche, pour une droitière.

Peut être qu’on devrait s’entraîner. Je veux dire, à faire des trucs avec la main qui n’est pas la main maîtresse ?

 

En choisissant un osso buco, pas trop dur à découper, je me vois brusquement, en train de faire cet exercice idiot et agaçant, de coordination gestuelle, une main tournant en rond sur le ventre, l’autre tapotant la tête. Je sais que je ne serai jamais batteuse. L’idée me fait pouffer.

-         hein ? qu’il dit Claude. Et je réponds rien, rien.

Le Graves commandé me rend moins critique sur son pavé frites.

Puis, l’apéro m’a un peu saoulée.

Ca n’est pas que je sois jalouse. Mais s’il existait un diplôme d’auto satisfecit, Claude en serait l’inventeur.

La maison chic, la piscine choc, les enfants exemplaires, à études dont l’intitulé nécessite une traduction, une femme parfaite, finalement, une distance impressionnante avec la bande de la fac. Et puis, un départ en Angleterre, au service d’une multinationale de la City , au poste des Relations Humaines.

-         Je lui serai éternellement reconnaissant, à Catherine, de son attitude.Tu comprends, c’était pas facile pour elle.

-         Et puis, c’est la mère de mes enfants, qu’il ajoute d’une bouche empâtée.

Je le trouve un tantinet emphatique, Claude, le Graves n’a pas que du bon.

Cette amorce de reddition au milieu de la success story me rend plus attentive.

Je réalise qu’il me raconte une liaison extra conjugale avec une petite anglaise.

-         je crois que tu ne peux pas comprendre, que les femmes elles peuvent pas comprendre ça. A la fois, je la désirais comme un malade, et à la fois, elle était … Elle avait cette manie de me lécher les oreilles. Je déteste ça. Mais tu vois, je supportais, en grinçant des dents. Et j’y retournais. Il y avait quelque chose de délétère entre nous.

Ca avait été délétère, jusqu’au jour où Cindy était venue faire un scandale à la légitime frenchie.

C’est là, si j’ai bien suivi, que Catherine avait été très digne.

-         tu te débrouilles pour qu’on rentre à Marly le Roi le plus vite possible. Tu dors dans une autre chambre, plus jamais tu ne m’approches. Quand les enfants seront partis, on divorce. Avec pension.

Hiroshima avait déposé devant nous les plats commandés.

J’avais tiré sur mes manches longues dans un geste inconscient.

L’atmosphère avait subtilement viré.

-         pendant ce temps là, la Plastics Ltd a souhaité s’inspirer de la politique du Ministère du Travail et des Retraites, sur Lambeth et Harrow.

Tout en tentant d’avaler d’un air naturel mes spaghettis enroulés autour d’une fourchette tenue de la main gauche, je prends des notes mentales. Purée, Lambeth et Harrow, il faut que je replace ça à l’occasion.

Les pâtes étaient un peu trop cuites.

-         tu veux qu’on commande une deuxième ? a demandé Claude en m’exhibant sous le nez deux centimètres de fond du Graves.

Oui je voulais bien.

-         ils pourchassent la fraude aux allocations. Alors ils ont mis en place un programme informatique. Le même que les assureurs. Le programme analyse les micro tremblements de la voix dus au stress. Si tu es stressé, c’est que tu fraudes. Et puis, ils balancent une campagne publicitaire contre les benefit thieves, ces voleurs d’allocations, et on entend régulièrement « savez vous qui vous suit ? » ou « quelqu’un, quelque part, est peut être en train de vous signaler ».

-         Quoi ? j’ai dit en évitant habilement d’envoyer des postillons d’osso buco.

-         Il y a un numéro d’appel qui permet de dénoncer les fautifs.

-         Ah bon ? j’ai fait spirituellement. Mais comment ils réagissent, les syndicats, les gens ?

-         Ils sont pragmatiques, a répondu Claude.

En sifflant d’un trait son verre de vin.

-         Plastic Ltd a voulu s’équiper du même système, pour détecter les arrêts maladie simulés et j’ai été sommé de me renseigner. Moi, j’ai bloqué. Je sais pas pourquoi parce que tu vois, je pense vraiment que c’est pas bien de tricher. Mais cette histoire de programme qui t’appelle au téléphone et analyse ta voix, c’est pas passé.

-         Je leur ai dit qu’il était impossible d’acquérir des droits sur le logiciel, a poursuivi Claude.

 

Pendant ce temps, Hiroshima élevait la voix quelques tables plus loin.

Elle faisait face à deux types vêtus de chemises prêtes à craquer. Aux pieds de la table, des assiettes et des plats étaient déposés. Les types expliquaient qu’Hiroshima avait mis trop de temps à venir débarrasser. Elle était à bout d’arguments. Subitement, Hiroshima a mis un pied dans une assiette, s’est penché vers eux, et a dit lentement « plutôt crever que ramasser vos merdes ». Puis elle a fait demi tour, et est repartie vers les cuisines. Le chef des serveuses s’est mis à se ronger un ongle. Puis il s’est précipité vers la table en balbutiant surtout, pardonnez nous, c’est absolument scandaleux, que puis je faire pour, et des tas d’excuses, et il dansait d’un pied sur l’autre, n’arrivant pas à se décider à ramasser les assiettes au sol, ne sachant plus. Hiroshima est ressortie des cuisines en jeans, a traversé la salle, et est sortie du restaurant.

Les conversations ont repris.

 

-         déjà le service médical est chargé d’appeler régulièrement les salariés en arrêt maladie. Ca s’appelle l’aide au retour au travail. Une fois, le poste d’un salarié en arrêt suite à une chute dans l’entreprise, a été changé le temps qu’il garde son bras dans le plâtre. Pas de déclaration d’accident du travail, pas d’indemnisation des jours d’arrêt.

-         Je ne sais pas s’ils m’ont cru, pour l’histoire du système informatique a ajouté Claude en rayant la nappe de traits parallèles dessinés par les dents de sa fourchette machinalement.

J’hésitais pour le dessert. Je tanguais entre la fin d’un repas, les profiteroles ou le carpaccio d’oranges. 

-         un jour, je me suis retrouvé sur le quai du métro, assis sur un banc. Et j’ai laissé passer plusieurs métros. Et je me disais, Claude tu claudiques, tu claudiques Claude. En boucle. Le lendemain je suis allé voir un psy. Ca faisait sept ans que je n’avais pas vu un médecin.

-         Mon boss, tu sais ce qu’il a fait ? Il a fait appel à une société de détectives. Huit cent livres par jour. Alors j’ai commencé à avoir des rapports sur mon bureau. Machin coupait sa haie en arrêt pour sciatique, Bidule vend des voitures au noir, Truc a pris un train pour la cote avec une femme. Mon boss avait un objectif : leur mettre ça sous le nez pour qu’ils partent sans histoire. Pas de procès, pas d’indemnité. Un syndicat a fait un recours devant le tribunal. La décision a été que la boite n’enfreignait pas les droits de l’homme ou la protection des données personnelles car elle protégeait l’activité et les intérêts de l’entreprise.

-         Je suis allé le voir, et j’ai négocié mon départ. Voilà dans quelles conditions je suis revenu en France.

 

Finalement, nous n’avons pas pris de dessert et lorsque nous sommes sortis, l’air frais nous a fait du bien.

Claude m’a dit :

-         tu sais pas la meilleure ?

-         hmmm nan

parce que je me méfiais un peu.

-         Catherine est restée à Covent Garden malgré le départ des enfants. Elle a une liaison avec son coiffeur.

Nous avons marché un peu jusqu’à sa voiture, puis je suis rentrée à pieds.

J’ai longé le Lez, et je me suis demandé quelle allure ça a, un coiffeur anglais.

 

 

Audine

15.04.2008

Enfin weeds


Bo Weeds Little Boxes


Pour la régularisation des travailleurs sans papiers

Le SNU Travail-Emploi-Formation (Syndicat National Unitaire Ministère du Travail) a adressé à Xavier Bertrand une lettre ouverte signée, pour le moment, par 47 contrôleurs et inspecteurs du travail.

         Paris le 14 Avril 2008

Lettre ouverte  de contrôleurs et inspecteurs du travail à Xavier Bertrand Ministre du Travail des Relations Sociales et de la Solidarité pour la régularisation des travailleurs sans papiers !

Monsieur le Ministre,

Le 23 avril 2007, les salariés travaillant dans un entrepôt du groupe agro-alimentaire PARISTORE à Thiais en région parisienne font l’objet d’un contrôle par la police accompagnée d’un contrôleur du travail spécialisé du service de contrôle de lutte contre le travail illégal.

La police constate que 15 salariés africains ne possèdent pas de titre les autorisant à travailler et travaillent avec de faux papiers.

Après vingt quatre heures de garde à vue, les quinze salariés africains se voient notifier une  OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français). Treize d’entre eux font dans les semaines qui suivent l’objet de licenciement pour faute grave de la part du groupe PARISTORE.

Les deux autres, délégués du personnel, font l’objet d’une demande d’autorisation de licenciement auprès de l’Inspectrice du Travail compétente qui refuse les licenciements de ces deux salariés.

Pourtant, les dirigeants du groupe PARISTORE savaient parfaitement que ces salariés ne possédaient pas de titre valable les autorisant à travailler, comme le démontrera le Procureur de la République devant le Tribunal Correctionnel de Créteil le 22 janvier 2008. Le Ministère Public déclare en effet lors de l’audience : « Cela ne fait aucun doute PARISTORE et sa filiale, entreprise de l’agro alimentaire asiatique, et sa filiale chargée de la manutention, la SAPS (Société Asiatique des Prestations et de Services) ont organisé dans leurs locaux de Thiais un système de recrutement visant à attirer une main d’œuvre malléable » et évoque des copies très grossières des  cartes e résidents et le nombre important des travailleurs sans papier soit 35 % de la masse salariale de l’entreprise..

Le Procureur requiert quatre mois de prison avec sursis, 100 000€  d’amendes et 1500€ à raison de chaque salarié employé. 

Le 12 février 2008, le Tribunal Correctionnel condamne le gérant de la SAPS à une peine de trois mois de prison avec sursis assortie d’une amende de 9000 €, dont 500 € par salarié concerné.  Les deux sociétés sont condamnées à une amende de 22 000€ pour PARISTORE et 20 000€ pour sa filiale.

Entre temps, un des deux délégués du personnel est régularisé par la Préfecture du Val de Marne. La SAPS entame un recours hiérarchique devant vous à l’encontre de la décision de refus de licenciement de l’autre délégué par l’Inspectrice du Travail.

S’inspirant d’une jurisprudence ancienne et inadaptée en la circonstance vos services autorisent alors implicitement le licenciement de ce délégué du personnel en indiquant que l’Inspectrice n’était pas compétente et en précisant  dans la décision : « les étrangers employés de manière irrégulière au regard des règles d’emploi de la main d’œuvre étrangère se trouvent hors du champ d’application des dispositions relatives à la protection des représentants du personnel, compte tenu de la nullité de leur contrat de travail.»

Ceci est en parfaite contradiction avec les dispositions de l’article L. 341-6-1 du Code du travail qui dispose que l’étranger employé sans titre de travail est assimilé à compter de la date de son embauchage , à un travailleur régulièrement engagé en ce qui concerne les obligations relatives à la réglementation du travail du livre II du Code du Travail (conditions de travail, repos et congés, hygiène et sécurité, conditions de travail) ainsi qu’à la prise en compte de l’ancienneté dans l’entreprise. Ce délégué embauché le 3 mai 2002 par l’entreprise est donc licencié pour faute grave sans aucun préavis ni indemnité.

Ainsi le groupe PARISTORE qui avait employé en toute connaissance de cause quinze salariés sans papier depuis au moins trois ans pour les plus récents et six ans pour les plus anciens s’en tire particulièrement bien puisqu’il a pu licencier quatorze de ces salariés sans aucun préavis ni indemnité avec la bénédiction de vos services puisque, pour vous, ces salariés ont des contrats nuls.

Monsieur le Ministre,

Nous vous avons longuement relaté cette affaire parce qu’elle nous parait particulièrement emblématique de la situation parfaitement injuste dans laquelle se trouvent des dizaines de milliers de travailleurs  étrangers en France.

Aujourd’hui des centaines de salariés  employés avec de faux papiers depuis de nombreuses années en toute connaissance de cause par leur employeur font l’objet de licenciement ou sont purement et simplement jetés hors de leur entreprise sans aucun droit.

Des dizaines de milliers continuent à travailler avec des faux papiers, ou sans papiers du tout, la peur au ventre, à la merci de leur employeur. Certains ont des bulletins de salaire, payent des cotisations sociales, déclarent des impôts. D’autres sont complètement clandestins, entièrement soumis à leur employeur. Vous connaissez aussi bien que nous les secteurs où ces salariés travaillent. Il s’agit de pans entiers de l’économie française : les HCR, le bâtiment, le nettoyage,  le gardiennage, l’agriculture, les transports, le commerce alimentaire…Ils contribuent à la richesse de notre pays depuis des années et vous faites mine de ne  pas les voir, de ne pas le savoir.

Votre gouvernement a reconnu explicitement qu’il existait 150 métiers en tension en France (circulaire du 20 décembre 2007) mais par une politique démagogique de sélection des nationalités, socialement injuste, juridiquement peu fondée, et économiquement irréaliste ces métiers ne sont ouverts qu’aux ressortissants des dix nouveaux Etats membres de l’Union Européenne.

Nous, contrôleurs et inspecteurs du travail confrontés tous les jours au développement du travail illégal,  ne supportons plus d’être confrontés à une réglementation de l’immigration  totalement hypocrite qui n’a pour conséquence que de maintenir encore plus à la merci de leur patron négrier les travailleurs sans papiers et ne règle aucune des difficultés de recrutement.

Nous ne supportons plus de voir notre déontologie professionnelle méprisée dans les circulaires que vous cosignez avec Mr Hortefeux (cf. la dernière du 26 mars 2008, particulièrement honteuse) pour nous impliquer dans des opérations de police, présentées sous l'angle de la recherche du travail illégal, mais qui ne visent en réalité qu'à remplir les charters en méprisant totalement les droits humains les plus élémentaires.

Nous n’avons pas pour mission de faire la chasse aux travailleurs sans papiers mais de contrôler que tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité, bénéficient des dispositions protectrices du Code du Travail.

Monsieur le Ministre du Travail, il vous appartient de faire cesser ce scandale, cette hypocrisie, ce déni de droits envers des travailleurs qui occupent précisément ces métiers en tension de l’économie française en ouvrant immédiatement des négociations avec les partenaires sociaux pour permettre la régularisation des travailleurs sans papiers, comme l’ont fait la Grèce, l’Espagne, l’Italie, sans que cela ne nuise à l’économie de leur pays, bien au contraire !

Dans cette attente, veuillez agréer, Mr le Ministre, nos salutations distinguées.

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publié par Audine

14.04.2008

le petit manuel du parfait expulseur

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C'est une chose connue à RESF depuis un bon moment.

Les convocations de sans-papiers à la Préfecture,
parfois présentée comme une attirante promesse de régularisation,
ou de rééxamen du dossier,
sont en fait des pièges qui visent à les arrêter en préfecture même.

C'est pourquoi les sans-papiers qui font appel à RESF sont accompagnés à la Préfecture.
Il peuvent ainsi être protégé d'une méthode administrative... douteuse.

À présent un document officiel vient prouver les méthodes de l'administration.
c'est ce qu'on lit sur le site de Libé :

http://www.liberation.fr/actualite/societe/321166.FR.php

On y lit comment faire attendre le sans-papier dans la salle d'attente
pendant que l'on appelle les flics au téléphone.

Y a-t-il une telle urgence d'agir ainsi?

Les sans-papiers représentent-ils un tel danger que l'on se passe de tout honneur?

Les rafles dans la rue au faciès ne suffisent-elles pas?

Comment s'appelle un état qui pratique de telles méthodes?

La France est-elle très bien placée pour faire une leçon de droits de l'homme à la Chine?

Doudourou

12.04.2008

Fanny on my mind

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09.04.2008

Le fil d'Ariane

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C’est grave con la mort.

Un jour, vous allez faire un examen de rien. Vous avez bien des douleurs ici ou là et le médecin affiche une mine qui vous glace, mais vous essayez de pas vous en faire.

Quand j’avais quinze ans, je me disais : « j’ai 15 ans et ça n’est pas passé si vite que ça ». Et j’ajoutais en moi-même : « si je vis jusqu’à 75 ans, il me reste encore quatre fois à vivre ce que je viens de vivre ». Je me suis dit la même chose à 20 ans en me rajoutant 5 ans de plus d’espérance de vie. On est généreux avec soi quand on est jeune. Et puis aujourd’hui, j’en ai 32 et je me dis que si je vis jusqu’à 64 ans, ce sera déjà pas si mal, et ce ne sera que deux fois la vie que j’ai eue jusque là, et que dans le fond, ça passe vite.

Le mec, il va donc faire ses examens. On doit être fin janvier. Et le médecin lui dit, je sais pas comment, avec plein de gentillesse, je sais pas si on peut dire ça avec les formes, enfin, il lui dit qu’il a un cancer du pancréas. Et le 8 avril, un éclair plus tard, il meurt, et c’est tout. A 50 balais et deux trois poussières derrière. 50 ans de quoi au juste ? On fait quoi en 50 ans ? On fait sa vie, on se lève le matin pour aller bosser, on va faire ses courses au supermarché, on attend que ça passe, parfois on fait des queues qui vous volent du temps, en fait, on passe son temps à faire des trucs et des machins qui vous volent du temps, auprès de ceux que vous aimez, auprès d’amis avec qui voudriez passer plus de temps, vous vous dites que vous laissez tout filer, votre temps et celui des autres, vous revenez en arrière et vous vous dites, « tiens à çui-là, j’aurais dû lui dire ça, avant qu’il parte ». Vous avez pas le temps et si ça se trouve, vous êtes à moins de la moitié de votre vie.

Ce que je dis, ça a l’air idiot je sais, idiot comme pas permis, parce que si ça se trouve, tiens, ce soir, je vais me faire culbuter par une voiture ou pas, et faut vivre sans trop regarder devant, enfin, pas tenter de jeter un œil par dessus le mur, parce que la vie après elle ressemble à rien. Mais des fois, j’ai déjà cette impression. Alors comme j’ai peut-être pas trop le temps et que la vie me rappelle à quelques devoirs, qu’elle me dit : « hé, t’atterris gusse ? », je vous le dis : vous êtes bien mes lentilles…tous autant que vous êtes, avec vos caractères de chiens, vos envies taquines, vos grognonneries qui parfois parviennent jusque mon blog (comme ce Doudourou ironique d’hier qui me fiche une piqûre de rappel), vos discussions de tout et même celle de rien. Et parallèlement, je me juge con de me rappeler des nécessités humaines parce qu’un autre que moi est mort ; un mec bien, qui a eu une influence très positive sur ma vie. Et des mecs bien, y en a combien qui meurent chaque jour…mais celui-là, j’ai pas eu le temps de lui dire : « merci ! ». 

tivitioub

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