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12.05.2008

Une vie de femme qui s'achève en pointillé

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Des années durant Annie Ernaux à fait de sa vie le centre de son œuvre, sa jalousie est notoire, son goût des hommes jeunes n’est plus un secret et au fond tout ça avait fini par paraître impudique et bien ennuyeux.

Mais à 70 ans la dame nous livre sa vie sous forme de mémoire collective, posant sur ce quotidien qui fut le sien le souvenir qu’il faut retenir d’urgence car cette grande farce que fut la vie ne va pas tarder a mettre fin soit aux jours qui restent soit à la mémoire qui va s’effeuiller.

Alors elle ressort des photos jaunies essaie de les percer à jour sans pouvoir être précise autrement que ce que l’image veut bien livrer. Cette France d’une enfance si lointaine qu’elle peine à avoir existée. « La France était immense et composée de populations distinctes par leurs nourritures et leurs façons de parler, arpentée en juillet par les coureurs du Tour dont on suivait les étapes sur la carte Michelin ».

Son univers était celui de millier d’autre un coin perdu au fin fond d’un pays ronronnant qui sortait de la guerre et voulait en oublier les plaies « Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait le vitesse de la vie ».

Seul les plus brillants allaient au lycée et les parents n’y voyaient pas une forme de réussite, le travail ne manquait pas alors si l’instruction en était une tant mieux, mais on avait la gloire taiseuse.

L’adolescence se vivait en cachette, le corps se transformait dans la honte et ses envies étaient condamnées par l’église qui attirait encore du monde.

Et puis il y eu l’exaltation du sexe après ce moi de mai ou elle avait déjà 30 ans et des enfants venus quand la contraception était interdite et qu’elle n’était qu’une jeune prof de collège. « On regrettait de ne pas avoir connu tout cela plus tôt mais on se trouvait chanceux que ça nous arrive en début de carrière »

Elle ne fut qu’un témoin lointain déjà trop enlisée dans le quotidien « On avait manqué quelque chose à un moment, mais on ne savait pas lequel –ou bien on avait laissé faire »

Mais un vent nouveau ne manqua pas de souffler sur les couples aussi, les enfants en furent les premiers bénéficiaires « euphorisé, et confortés dans la valeur d’un style de vie dont s’était offert toute la soirée à nous-mêmes le spectacles »

Il faisait bon avoir trente ans, loin de la précarité d’être jeune et encore plus loin de celle d’être vieux.

Déjà les années 80 et son cynisme ordinaire arrivées et avec elles la quarantaine « on était saisi par l’étrangeté de la répétition d’un rite où l’on occupait maintenant la place du milieu entre deux générations. Un vertige de l’immuable, comme si rien n’avait bougé dans la société » l’usure des sentiments comme une fatalité « A faire l’amour avec le même homme, les femmes avaient l’impression de redevenir vierge »

Il semblait impossible de revenir en arrière, le divorce comme une solution avec son lot de mesquineries, avoir deux fois moins de tout mais dix fois plus d’espoir.

Le monde continuait a changé semant toujours plus de précarité, énergisant les plus riches pour mieux faire envie aux pauvres même avec la gauche qui se mourrait un peu plus chaque années « L’évènement n’avait pas eu lieu. L’Etat s’éloignait de nouveau de nous ».

La jeunesse « était raisonnable, il ne nous en voulaient en rien, les journalistes les appelaient la bof génération ». Les enfants étaient des hommes en devenir ils avaient du mal a quitter le nid, et personne ne savait comment les y inciter « nous qui savions bien qu’un métier sur, de l’argent ne rendaient pas forcément heureux, on pouvait s’empêcher de vouloir pour eux d’abord ce bonheur là ».

Puis tout s’emballait, la ménopause, la fatigue de se battre, les enfants qui s’éloignent, la mort qui emporte ceux que l’on aime, la maladie comme une promesse, les photos qui vous révèle toujours plus étrangère à celle qui vit encore au fond de votre âme.

Et la distance au temps qui perd de son importance « de toutes les infos, celle qui nous importait le plus était le temps qu’il ferait demain ».

On devient immobile dans un monde qui galope, on craint que la mémoire ne nous fuit, il devient alors urgent d’écrire ce qui ne sera plus, les mots, les images, les choses, les phrases, le monde à sa portée, la réalité qui fut la notre ou celle qui nous a échappé. « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais ».

Le regard glisse sur cette femme qui s’amuse d’un monde qu’elle n’a pas réussi à changer mais dans lequel elle a des émotions ce qui au fond est le seul sens d’une vie.