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30.05.2008
Vie est des-illusions

Grazie
(la négresse qui oublie toujours de signer!)
22:13 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
28.05.2008
03/06/2008
Incidemment,
comme j'ai entendu certains en parler,
incidemment,
je me demandais si,
incidemment,
ce 3 juin de l'an 2008,
je serai la seule lentille à applaudir la splendide Feist au Grand Rex.
Parce qu'il y a un pub d'enfer à se faire...
incidemment...
Mais si je suis le seul représentant,
je ne ferai guère que penser à tous ceux qui lui auront déclarés un amour lointain ou non.
Incidemment.
Cette foutue lentille est partout.
Tivitioub
21:04 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (92) | Envoyer cette note
Duga est attendu au salon des Lentilles
20:30 Publié dans Ptits dessins | Lien permanent | Commentaires (61) | Envoyer cette note
26.05.2008
"Entre les murs", mon dentiste, les Pyrénées et moi

Cet après midi, fidèle à ma légende,
je remontais à vélo la rue des Pyrénées.
Ceux qui la connaissant savent qu'elle porte bien son nom...
Je me rendais chez mon dentiste,
afin d'y être courronné.
Mon dentiste à ceci de particulier qu'il siffle comme un rossignol tout au long de la séance.
C'est un siffleur virtuose,
de ceux qui ne craignent pas les improvisation, les trilles, les looping... ça détend.
Son répertoire étendu va des Rolling Stones aux airs d'opéra célèbres.
Mais là, n'est pas la question.
Je remontais donc à la force de mes mollets d'acier la rue des Pyrénées,
Et je suivais un car puant, un car tout ce qu'il y a de banal.
Tandis que nous approchions d'un collège,
j'entend, venant du trottoir, une clameur immense.
Ma première réaction a été de penser que la foule amassée acclamait ma performance dans la fulgurante montée de la rue des Pyrrénées.
Mais j'ai vite du déchanter, car nul ne faisait attention à moi...
Non, la foule, des ados déchaînés acclamaient le bus,
-ou plutôt les passagers du bus, ai-je finement pensé -
tandis que tout autour d'eux se pressaient caméras, micros...
"Wofff... encore des footballeurs ou autre personnes de cette engeance", ai-je pensé.
J'interpelle un badaud et lui demande ce qu'il se passe.
Et il s'avèra que les passagers du car n'étaient autre que les "acteurs" du film "Entre les murs"- qui vient de recevoir la Palme d'or à Cannes -
et que je me trouvais devant le Collège Dolto, où avait été tourné le film,
que ces acteurs rentraient justement à l'instant de Cannes,
et étaient acclamés comme il se doit par leurs corrélégionnaires.
Ambiance des grands jours,
et mômes en liesse comme peuvent l'être les p'tits djeunes du XXème arrondissement.
Partout autour, les passants et habitants du quartiers tous fiers,
camescopes au poing, filmant les caméras qui filment l'événement.
Grands sourires sur tous les visages alentour.
C'est chouette parce que c'est rare, moi j'trouve.
Doudourou
(envoyé un peu spéciale)
16:53 Publié dans c'est arrivé près de chez vous | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note
23.05.2008
Quand l'amour s'exprime mal...

Bien sur ceux qui n’aiment pas le cinéma de Desplechin trouveront ce film insoutenable et les autres l’encenseront.
C’est un peu ça le cinéma de Arnaud il ne gagne pas beaucoup de nouveau public, il ne laisse pas les gens tièdes, mais il a une qualité indéniable il nous remue, il rend notre folie familiale ordinaire.
Les acteurs sont toujours bien dirigés, on peut parfois penser qu’il fait de sa tribu cinématographique quelques caricatures (Alamaric toujours au bord du gouffre en agité du bocal se répète un peu avouons le, mais il le fait si bien !) il y a de la grâce chez chacun ce qui est rare de nos jours.
L’histoire, c’est la notre, la votre, celle des voisins…. Une famille dans une petite ville du nord, une maison bourgeoise coincée parmi d’autres et tout autour la ville qui s’est enlaidie d’immeubles disparates. L’ont-ils seulement vu ? Pas sur, leur drame à eux c’est la mort d’un enfant cancéreux qui malgré la conception d’un autre n’a pas pu être sauvé.
Alors les rôles changent, la cadette devient l’aînée, le benjamin le cadet et le benjamin l’éternel petit dernier. Il fallait qu’elle soit la fille parfaite pour faire oublier le drame d’un couple qui ne cicatrisé pas, d’une mère peu aimante et d’un père trop indulgent. Et lui cet adulte qui déjà enfant n’a servi à rien le voilà maintenant dans une impasse dont il ne sort pas, banni de la famille par la sœur toute puissante, il n’en finit pas de se complaindre dans la malchance, la douleur, la méchanceté et le cynisme joyeux qui le tient debout. Puis ce petit dernier à qui l’on a cédé une femme car il était le plus fragile, évinçant un cousin orphelin qui depuis vivote dans l’ombre du couple. Sans parler de l’étrange petit Paul qui porte la névrose de sa mère jusqu'à en devenir un tout petit peu fou, comme tous quoi ! 
Rien de bien glorieux, ni de si grave finalement mais la mort revient, elle est moins inique elle s’attaque à la mère qui a déjà bien vécue une vie sans remords, la maternité finalement c’est un sentiment qui lui a échappé, elle a même du s’en protéger ou pire parfois la subir.
Elle y a cru parfois mais pas longtemps car au fond les enfants ça déçois, c’est trompeur, ils vous quitte, mais pas trop quand même.
Alors qui du fils mal aboutit ou du petit-fils un peu dingo va-t-il lui donner ce semblant de vie qu’il lui reste ?
Elle va choisir la légitimité du fils non pas par rédemption mais parce que c’est un dû, et il n’hésitera pas à venir voir cette moelle qu’il réinjecte dans celle qui lui appartient enfin, ou peut-être pas qui sais ?!
Jouant sa vie à pile ou face sans donner le résultat comme un amour en suspension.
L’hôpital, les piqûres, et autres cérémonial de la maladie sont montrés dans leur plus intime expression, mais là encore peu d’émotion, pas beaucoup de larmes comme si elles s’étaient taries il y a longtemps.
D’ailleurs tout est verrouillés dans cette maison, la tension se relâche avec les coups, la folie qui rôde, l’auto destruction pratiquée en groupe, mais un peu d’espoir quand même dans le sourire mutin de cette mère face à un fils qui va lui donner encore un peu de vie, même si son corps la rejette.
On sort à la fois triste, confus, abattu, mais surtout avec cette terrible sensation qu’un jour c’est sur tout s’arrête sauf l’histoire de celui qui reste.
22.05.2008
Donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour (4) - Claudine
Pas sûr qu’elle va supporter ça longtemps.
C’est au fond d’un jardin pas entretenu, après un portail qui grince, dans une maison de ville.
La salle d’attente est commune avec celle de sa mère, une psychiatre. Il faut attendre au milieu de gens qui se mangent les petites peaux autour des ongles ou battent des pieds au rythme d’un mille-pattes atteint de Parkinson.
Elle est obligée de regarder fixement des posters, qui classent les aliments suivant un code couleur abscons. Mais peut être que c’est mieux que d’attendre au milieu d’autres grosses.
La secrétaire a des cheveux gris devant le visage, des lunettes rondes et traîne des charentaises. Et puis, la figure poupine et le ventre rondouillard, ça ne donne pas vraiment confiance, et Claudine doute. Mais il présente l’avantage d’être conventionné.
Elle a du remplir pendant deux semaines un petit cahier d’écolier qu’elle avait ressorti d’un tiroir à oubliettes, avec ses carreaux et sa marge rouge, et que je te note tout ce que je mange.
Et après, il faut présenter le cahier au diététicien qui l’étudie et commente, comme on détaille le menu d’un restaurant à toques. D’un air pénétré il avait consulté l’écran de son ordinateur et lui avait établi un programme alimentaire limité à 1400 calories jour, en lui demandant ce qu’elle aimait, entre les haricots verts vapeur ou les choux de Bruxelles ou les escalopes de dinde et le jambon. Avec les feuilles des menus, il y a les recettes et la liste des courses à faire. C’est un programme scientifique.
Claudine a acheté des tas de boites pour congeler, et a passé deux jours à cuisiner, pour ne pas se servir du temps qui manque comme excuse. Un investissement à ne plus faire marche arrière.
Elle se présente au premier rendez vous de quinzaine et va passer le temps dans les toilettes pour éviter un homme à tête d’asperge et compassé comme un porte manteau qui compte tout haut probablement les malheurs de sa vie. Le docteur Poupon - elle l’appelle in petto le docteur Poupon, car il s’appelle Docteur Poulpeau - la fait monter sur une machine où il faut poser les pieds sur des empreintes dessinées et elle se penche pour lire le résultat mais lui se précipite en sortant de derrière son bureau, non non il ne faut pas se pencher. Claudine reste quelques minutes troublée d’un poids aussi variable suivant la position de sa tête, si bien qu’elle ne perçoit pas tout de suite les compliments, elle a perdu deux kilos deux cent pendant ces quinze derniers jours, dont deux de graisse. Elle demande bêtement mais comment elle sait que c’est de la graisse et le Poupon lui explique tout content d’être utile, qu’il y a des impulsions électriques qui ne passent pas de la même façon suivant que c’est de la graisse ou de l’eau mais Claudine finalement s’en fiche.
Comme elle ne se réjouit pas assez, il lui dit mais vous réalisez, c’est comme si vous aviez laissé derrière vous deux litres d’huile et Claudine imagine des traces d’escargot adipeux et trouve ça vaguement dégoûtant.
Et c’est là qu’elle s’est dit je ne suis pas sûre de pouvoir supporter bien longtemps.
Elle rentre chez elle après ça, de nouveau décidée à reprendre le contrôle pondéral.
Claudine a suivi deux stages de formation dans sa vie et assez récemment. Du premier intitulé « accueil du public difficile », elle a appris qu’il vaut mieux planquer les agrafeuses hors de portée des gens énervés, comme tout objet pouvant se lancer. Elle a aussi obtenu qu’une sonnette alertant la direction soit installée sous le bureau derrière lequel le public est reçu.
Ca n’évite pas le lancer de crachat – une fois, une femme lui a craché dessus – mais ça rassure un peu. Claudine travaille dans un service d’ouverture de droits pour les personnes handicapées. Une autre fois aussi, un homme voulant la persuader de la réalité de son handicap, a retiré sa prothèse et a posé son moignon de jambe sur le bureau. Claudine range dans le placard du bureau d’accueil un flacon de produit désinfectant, des lingettes, et quelques comprimés contre la migraine, la tension, l’arthrose cervicale et les règles douloureuses. Elle y aurait bien ajouté une bouteille d’alcool pour les moments de faiblesse morale. Souvent, elle revoit cet homme qui lui avait mis sous le nez un classeur dans lequel était rangé, sous pochette transparente, l’ensemble des compresses classées chronologiquement, qui avaient servi à panser une plaie, elle ne savait plus où.
Le deuxième stage, « maîtriser son temps », l’a beaucoup intéressée, malgré un intitulé qui lui laissait penser qu’il s’agissait d’accepter d’en faire de plus en plus. Mais Claudine s’était bien amusée pendant ce stage là. L’intervenant prévu au départ s’étant désisté sans prévenir, il avait été fait appel à un type un peu lunaire, qui faisait 5 minutes de méditation avant de les faire entrer dans la salle de formation. Et puis il s’était mis à leur parler d’analyse transactionnelle, de triangle de Karpman, de processus de deuil et de contrôle sur sa propre vie. Claudine depuis se promène avec une nouvelle grille de lecture, et apprécie la magie de son application qui lui semble universelle. Les stagiaires avaient aussi fait des exercices bizarres et distrayants. Un dessin représentant un petit bonhomme derrière des barreaux leur avait été présenté et chacun devait trouver sa suite. Claudine avait imaginé que le bonhomme arrivait à les briser, après beaucoup d’efforts. Après, il fallait aller mimer la scène imaginée avec l’aide de chaises, et Claudine avait pris énormément de plaisir à mimer l’incapacité de bouger une seule chaise puis à en balancer une brusquement en poussant un cri, sur le sol à travers la salle. Elle avait perçu la peur chez les autres stagiaires, et l’amusement chez le formateur. Finalement, la suite officielle du dessin était que le petit bonhomme courrait partout avec des barreaux dans les mains, devant lui.
Claudine a un Objectif Positif. Elle ne se soumet pas à un régime, elle fait du Contrôle Pondéral.
Le Frigidaire déclame pompeusement : il convient de veiller à prendre soin de soi et ne pas absorber de calories vides. Une bonne hygiène alimentaire est la meilleure garantie d’un équilibre mental et d’une insertion sociale plus épanouissante et …
Claudine sait qu’en réalité les frigidaires ne sont pas aussi solennels et elle claque la porte du haut – en bas, c’est le congélateur – en emportant un yaourt nature zéro pour cent de matière grasse.
C’est comme la balance de la salle de bain. Elle se met à mépriser les objets hostiles.
T’es obsolète carrément, elle dit à la balance, même pas tu sépares la graisse de l’eau.
Un jeu d’enfant, un jeu d’enfant pourtant, Claudine chantonne pour narguer la balance.
Il ne faudrait pas que ça devienne obsessionnel non plus.
Une phrase déjà hante souvent Claudine, c’est on est ce que l’on mange.
Peut être a-t-elle trop d’imagination, mais parfois, ses cheveux sont du foin de cœur d’artichaut, ses pieds ont des allures d’abricots secs, sa peau est sucrée, ses ongles se déguisent en chips, son cœur est saignant.
Claudine s’est inscrite sur un site de rencontres amoureuses.
Elle a tout renseigné bien la fiche, le profil, elle aurait même renseigné la face. Sauf le poids. Il n’y avait pas « en évolution constante », ni même « sous contrôle ». Mais comme elle n’a rien mis, les hommes font des circonvolutions embarrassées à n’en plus finir pour essayer de savoir. Claudine fait semblant de ne pas comprendre, alors ils sont obligés de devenir de plus en plus précis, de plus en plus pressants et Claudine se fâche, mais enfin, ça n’a pas de sens, écrit elle, mais elle sait bien que ça en a un.
Un jour, un dentiste qui avait mis une photo de lui avec 15 ans de moins, sur laquelle il montrait la blancheur de sa dentition, et où il portait autour du cou un collier de fleurs hawaïen, avait réussi à obtenir d’elle un rendez vous, sans enquêter sur son poids auparavant. Claudine avait accepté, puis non, et le dentiste lui avait répondu furieux haha en effet, je n’avais pas vu votre fiche, mais c’est bon, aussi large que haute.
Une autre fois, un homme l’avait invitée à déjeuner dans un restaurant d’hôtel quelconque et malgré sa chaîne en or autour du cou et sa chemise ouverte sur un torse bronzé dès l’hiver, dans une espèce de masochisme fataliste, Claudine l’avait suivi sur le parking pour un après midi promis au stupre. Arrivée devant une Ford Mondeo noire dans laquelle trônait un chiwawa ébouriffé et mutique, derrière une plaque d’immatriculation indiquant « titi », et sous une plaquette de déodorant accrochée au rétroviseur sur laquelle la silhouette d’un couple en levrette était barrée d’un sens interdit commenté par un « défense d’entrer », Claudine avait fait demi tour sans un mot, pendant que Titi bredouillait ben alors ben alors.
Claudine lit Meat Me au lieu de Meet Me.
Au matin, elle prend à pleines mains son ventre et voudrait un long couteau de boucher et couper dans le lard. Elle crache sur la glace de la salle de bain. Parfois, avec des ceintures de robe, elle se saucissonne à se couper le souffle et gifle la chair, meat me meat me.
Parfois le Contrôle craque et elle enfourne du pain aux olives avec du chocolat au caramel et elle boit deux verres de vin et elle plonge la cuillère à confiture dans le pot de Nutella, peut être même elle va ouvrir une boite de foie de morue. Non pas qu’elle aime spécialement ça, notez. Le soir, au point où elle en est, elle tasse avec des tisanes sans sucre, mais après, elle n’en finit plus de ne pas digérer, bien fait bien fait.
Regarde toi grosse vache, toi et ton petit malheur de déborder de partout.
Néanmoins, certains matins elle arrive pimpante au bureau.
Le bureau est dans un immeuble au centre ville, près de la gare, et souvent défilent en plus des personnes handicapées, les errants, en quête de chaud, en quête d’eau, en quête de gens à qui parler.
Claudine arrive tôt, c’est elle la première, elle est chargée d’ouvrir les portes, le portail d’accès au parking. Le parking est partagé par des responsables du temple protestant voisin. Parfois ils entendent une chorale, et parfois, un violon dont le son arrive d’un appartement de l’immeuble de l’autre coté. Les responsables du temple voudraient ne pas partager le parking. Ils aident à s’occuper des clochards qui campent devant la porte du service, lorsqu’il faut vraiment les évacuer. Un jour, un responsable du temple est arrivé et avait oublié les clefs du portail, que Claudine n’avait pas encore ouvert. Il a réclamé un peu sèchement son ouverture à Claudine, qui lui a répondu « je ne suis pas le gardien du temple » et elle a été très fière de sa réplique. Je ne suis pas le gardien du temple, c’était drôle.
Claudine s’occupe de la distribution du courrier au sein du service, également.
Ce matin, il y a encore une lettre de Damia.
Audine
02:02 Publié dans c'est arrivé près de chez vous | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
20.05.2008
Le code du travail nouveau est arrivé
Le code du travail ré écrit est en application depuis le 1ier mai.
La commission chargée de sa recodification avait pour mission de rester à droit constant.
Ce qui fut contesté par un inspecteur du travail médiatique, qui a inspiré un recours auprès du Conseil Constitutionnel signé par quelques députés PS en mal de grande cause.
Le Conseil Constitutionnel a dit que si, le code du travail nouveau a bien été ré écrit à droit constant.
Maintenant qu’on s’est bien amusé à savoir si par exemple, quand c’était écrit « l’employeur affiche les horaires de travail », c’était nettement moins obligatoire que quand c’était écrit « l’employeur doit afficher les horaires de travail », on peut regarder le beau code tout neuf qu’on a.
Avoir des codes lisibles et accessibles à tout citoyen est tout de même plus démocratique que des codes nécessitant des études supérieures longues pour être compris, à fortiori lorsqu’il s’agit du code du travail.
Le Ministère du Travail a souhaité faciliter l’appropriation du code du travail par tous : pour cela, des outils bien pratiques – et gratuits - sont à la disposition des internautes :
Le premier est un petit applicatif, qui transpose les articles ancien code vers les articles code actuel et inversement. Il s’appelle CodaCod.
Le deuxième est une application dynamique Excel, qui présente une table des matières simple du code du travail, puis en détail, puis les articles correspondant à la partie étudiée. Il s’appelle CodIT. CodIT est très utile lorsqu’on ne connaît pas le code et qu’on souhaite se renseigner sur un sujet précis, sans avoir aucune idée d’où le trouver. Une petite précision cependant : il faut accepter d’activer les macros à chaque fois par message qui apparaît en pop up à chaque ouverture, et de plus, pour pouvoir activer des macros, il faut déjà que le niveau de sécurité de l’ordi soit à moyen (et pas plus) et donc aller configurer dans le menu Excel à : Outil -> macro -> sécurité et là cocher moyen ; refermer le document et le ré ouvrir. Accepter l’activation de macros et tout ira bien.
Avec ces deux outils, il est possible de copier coller les textes en cliquant sur la case « copier », et l’on peut ainsi se faire des fiches sur un sujet donné.
Le code du travail est donc accessible gratuitement, présenté de façon très pédagogique, par l’intermédiaire de ces outils.
Il l’est bien sur aussi sur Légifrance, mais c’est moins lisible.
Pour accéder à ces outils, et les enregistrer sur son disque dur personnel, il faut déjà aller sur le site du Ministère :
puis cliquer à droite, sur le petit pavé « Recodification » qui amène là :
http://www.travail-solidarite.gouv.fr/spip.php?page=sous-...
Ensuite, l’accès aux outils se fait rapidement.
Enfin, figure également une note méthodologique très intéressante sur la recodification, pour ceux que cela intéresserait. Bonne lecture. Publié par Audine
11:33 Publié dans L'espace militant des éxilés | Lien permanent | Commentaires (67) | Envoyer cette note
18.05.2008
un chant de rédemption
La reprise, c'est tout un art.
Je parle des reprises intéressante, bien sûr.
C'est l'art de l'interprétation et de la ré-interprétation,
de l'appropriation de la musique d'un autre,
de sa déconstruction du langage de l'autre,
pour le faire sien,
pour se l'incorporer,
et y apporter son art propre,
afin de la prolonger.
J'aimerais commencer ici une petite série,
qui, de temps à autres, confronte des reprises remarquables.
Cassandra Wilson est l'une des plus indiscutables et passionnantes Diva du jazz contemporain.
Des divas, elle a la science de l'harmonie, de l'espace et du climat,
la voix grave et envoûtante, toute en nuances, et...
les rondeurs!
Elle interprète ici, en duo avec le guitariste Brandon Ross,
une reprise du "Redemption song" de Bob Marley,
dans une version très lente,
pleine de recueillement et d'émotion,
qui contraste et les paroles "engagées" de la chanson.
Pour ceux qui ne l'auraient pas en mémoire,
voici la version princeps du grand Bob,
dans interprétation toute différente,
pleine de fureur et de fièvre,
avec un Marley en "pleine forme" et habité par son sujet.
Old pirates yes they rob I
Sold I to the merchant ships
Minutes after they took I from the bottom-less pit
But my hand was made strong
By the hand of the almighty
We forward in this generation triumphantly
Won't you help to sing these songs of freedom
Cause all I ever had redemption songs, redemption songs
Emancipate yourself from the mental slavery
None but ourselves can free our minds
Have no fear for atomic energy
Cause none a them can stop the time
How long shall they kill our prophets
While we stand aside and look
Some say it's just a part of it
We've got to fulfill the book
Won't you help to sing these songs of freedom
Cause all I ever had redemption songs, redemption songs
Emancipate yourselves from the mental slavery
None but ourselves can free our minds
Have no fear for atomic energy
Cause none a them can stop the time
How long shall they kill our prophets
While we stand aside and look
Yes some say it's just a part of it
We've got to fulfill the book
Won't you help to sing these songs of freedom
Cause all I ever had redemption songs
All I ever had, redemption songs
These songs of freedom, songs of freedom
Ce qui donne en gros :
Les pirates des temps anciens m'ont volés
Et vendus aux bateaux d'esclaves
puis jeté dans une fosse sans fond.
Mais ma main est forte
par la volonté du Tout-Puissant.
Nous avançons triomphalement en cette génération .
Veux-tu m'aider à chanter ces chants de liberté?
Car tout ce que j'ai, c'est des chants de rédemption
Des chants de rédemption.
Emancipez-vous de la servitude mental
Nul autre que nous ne peut libérer nos esprits
N'ayons pas peur de l'énergie atomique
Car nul ne peut arrêter le temps.
Combien de temps encore tueront-ils nos prophètes?
Tandis que nous nous tenons à l'écart et regardons
Certains disent que c'est inévitable
Que nous devons accomplir la prophétie.
Veux-tu m'aider à chanter ces chansons de liberté?
Car tout ce que j'ai, c'est des chants de rédemption
Des chants de rédemption.
Doudourou
15:53 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : cassandra, wilson, bob, marley, redemption, song
12.05.2008
Une vie de femme qui s'achève en pointillé
Des années durant Annie Ernaux à fait de sa vie le centre de son œuvre, sa jalousie est notoire, son goût des hommes jeunes n’est plus un secret et au fond tout ça avait fini par paraître impudique et bien ennuyeux.
Mais à 70 ans la dame nous livre sa vie sous forme de mémoire collective, posant sur ce quotidien qui fut le sien le souvenir qu’il faut retenir d’urgence car cette grande farce que fut la vie ne va pas tarder a mettre fin soit aux jours qui restent soit à la mémoire qui va s’effeuiller.
Alors elle ressort des photos jaunies essaie de les percer à jour sans pouvoir être précise autrement que ce que l’image veut bien livrer. Cette France d’une enfance si lointaine qu’elle peine à avoir existée. « La France était immense et composée de populations distinctes par leurs nourritures et leurs façons de parler, arpentée en juillet par les coureurs du Tour dont on suivait les étapes sur la carte Michelin ».
Son univers était celui de millier d’autre un coin perdu au fin fond d’un pays ronronnant qui sortait de la guerre et voulait en oublier les plaies « Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait le vitesse de la vie ».
Seul les plus brillants allaient au lycée et les parents n’y voyaient pas une forme de réussite, le travail ne manquait pas alors si l’instruction en était une tant mieux, mais on avait la gloire taiseuse.
L’adolescence se vivait en cachette, le corps se transformait dans la honte et ses envies étaient condamnées par l’église qui attirait encore du monde.
Et puis il y eu l’exaltation du sexe après ce moi de mai ou elle avait déjà 30 ans et des enfants venus quand la contraception était interdite et qu’elle n’était qu’une jeune prof de collège. « On regrettait de ne pas avoir connu tout cela plus tôt mais on se trouvait chanceux que ça nous arrive en début de carrière »
Elle ne fut qu’un témoin lointain déjà trop enlisée dans le quotidien « On avait manqué quelque chose à un moment, mais on ne savait pas lequel –ou bien on avait laissé faire »
Mais un vent nouveau ne manqua pas de souffler sur les couples aussi, les enfants en furent les premiers bénéficiaires « euphorisé, et confortés dans la valeur d’un style de vie dont s’était offert toute la soirée à nous-mêmes le spectacles »
Il faisait bon avoir trente ans, loin de la précarité d’être jeune et encore plus loin de celle d’être vieux.
Déjà les années 80 et son cynisme ordinaire arrivées et avec elles la quarantaine « on était saisi par l’étrangeté de la répétition d’un rite où l’on occupait maintenant la place du milieu entre deux générations. Un vertige de l’immuable, comme si rien n’avait bougé dans la société » l’usure des sentiments comme une fatalité « A faire l’amour avec le même homme, les femmes avaient l’impression de redevenir vierge »
Il semblait impossible de revenir en arrière, le divorce comme une solution avec son lot de mesquineries, avoir deux fois moins de tout mais dix fois plus d’espoir.
Le monde continuait a changé semant toujours plus de précarité, énergisant les plus riches pour mieux faire envie aux pauvres même avec la gauche qui se mourrait un peu plus chaque années « L’évènement n’avait pas eu lieu. L’Etat s’éloignait de nouveau de nous ».
La jeunesse « était raisonnable, il ne nous en voulaient en rien, les journalistes les appelaient la bof génération ». Les enfants étaient des hommes en devenir ils avaient du mal a quitter le nid, et personne ne savait comment les y inciter « nous qui savions bien qu’un métier sur, de l’argent ne rendaient pas forcément heureux, on pouvait s’empêcher de vouloir pour eux d’abord ce bonheur là ».
Puis tout s’emballait, la ménopause, la fatigue de se battre, les enfants qui s’éloignent, la mort qui emporte ceux que l’on aime, la maladie comme une promesse, les photos qui vous révèle toujours plus étrangère à celle qui vit encore au fond de votre âme.
Et la distance au temps qui perd de son importance « de toutes les infos, celle qui nous importait le plus était le temps qu’il ferait demain ».
On devient immobile dans un monde qui galope, on craint que la mémoire ne nous fuit, il devient alors urgent d’écrire ce qui ne sera plus, les mots, les images, les choses, les phrases, le monde à sa portée, la réalité qui fut la notre ou celle qui nous a échappé. « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais ».
Le regard glisse sur cette femme qui s’amuse d’un monde qu’elle n’a pas réussi à changer mais dans lequel elle a des émotions ce qui au fond est le seul sens d’une vie.
19:56 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note
11.05.2008
Donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour (3) - La poubelle des luttes
L’histoire que je vais vous raconter, je le jure, est une histoire vraie. Toute ressemblance avec des personnes existantes est purement volontaire.
Voici la véritable histoire de la Reine des Poubelles.
- mais ils ont déclaré la guerre, ces cons !!
Comme il fulmine, monsieur Charque. Il tend un index :
- s’ils veulent jouer au con, vont me trouver !!
Cette dernière saillie laisse songeur Dégé. Il agite ses pieds sous sa chaise.
Charque a remarqué le décrochage de son Directeur Général.
- quoi vous n’êtes pas d’accord Dégé ?
- Sisi, je vais aller à la pêche aux renseignements.
Charque se rengorge, réajuste sa cravate noire à pois rouges, et sort du bureau de Dégé en claquant virilement la porte.
C’est qu’il n’a pas l’habitude de se laisser faire.
Lorsqu’il est arrivé à la tête de l’hyper, il y a six mois, ça n’a pas fait un pli.
Ah ils se sont crus malins, à taguer sur les murs du magasin des dessins de requin ! Comme si se moquer du nom de quelqu’un est acceptable.
Se sont vite calmés. Sept licenciements et la lutte des classes n’existe plus chez Paradiz, le Pays des Gens Heureux, comme dit la pub. Quatre ont été filmés dans les réserves en train de voler des boites d’œufs, un saucisson, des croques monsieur Paradiz, et des strings roses taille 44, et trois ont été surpris en faux arrêts de maladie. Enfin en vrais, mais un repeignait sa barrière, l’autre refixait des tuiles sur son toit et le troisième était absent de son domicile. Sûrement à la plage !
Un entretien avec Dégé plus loin, finis les emmerdeurs et les tags inopportuns. D’une pierre deux coups.
Charque a néanmoins gardé SA militante CGT. Elle s’appelle Arlette, comme l’autre.
Charque la juge inoffensive. Bien trop larmoyante, ça doit être l’effet pré ménopause. Et puis, c’est pratique d’avoir une caution sociale. Regarder, chez Paradiz, le Pays des Gens Heureux, comme on accepte les revendications – c’est normal, c’est normal, il faut que chacun s’exprime – et comme on encourage le dialogue social.
D’ailleurs, Charque a pour projet de déposer un accord sur l’implantation d’équipe de suppléance le week-end. Et pour ça, il lui faut un délégué syndical. Arlette sera parfaite en approbatrice de l’augmentation du pouvoir d’achat.
« Madame A. est demandée à l’Administration ! Madame A. est demandée à l’Administration !»
Arlette traîne des pieds dans les réserves et manifeste sa mauvaise humeur en shootant dans un carton au milieu du couloir de circulation.
Mauvais rangements, racks surchargés, palettes qui menacent d’effondrement, des allées de circulation sans séparation piétons, des Manitous conduits à toute allure par de jeunes intérimaires qui se passent de klaxonner. Et toujours pas de comité d’hygiène et sécurité dans cette putain de boite.
Le carton se renverse et découvre des dvd vendus par lots de trois.
Arlette soupire, remet le carton sur les dvd, crache dessus, pointe le majeur vers la caméra, et articule silencieusement : « Caramba, encore raté ! ».
- monsieur Dégé vous attend, susurre Carole, la secrétaire du pôle administratif.
La caution sociale entre dans le bureau, et s’affaisse sur le fauteuil qui fait face à Dégé.
On dirait un troll, qu’elle se dit. Arlette n’a jamais vu de troll, mais quand même.
Dégé est penché sur un dossier de photos qu’il feuillette d’un air ennuyé.
Arlette résiste à la tentation de se pencher pour regarder les pieds du troll sous son bureau.
Elle attend qu’il commence.
- dites ma chère Arlette – c’est comme ça qu’il parle, Dégé, quand il veut marquer un peu de distance méprisante avec son vis-à-vis – ma chère Arlette, vous n’êtes pas sans ignorer que des bandes de … de rôdeurs viennent envahir nos poubelles et piller leur contenu ?
Arlette ne répond pas. Elle est en train de se demander si elle préfère que Dégé soit lapidaire et blessant direct, ou qu’il soit mielleux et détourné.
- il apparaît qu’ils ont monté une coordination, les Gueux de la Banlieue Rouge. Vous êtes au courant ?
- bah oui.
- Mais, vous les connaissez ?
- Bah non.
Arlette a choisi une attitude minimaliste.
- mais vous ne voyez pas qu’ils gênent vos luttes ? Pourquoi sans travailler, ils auraient accès à nos produits ? Alors que nos clients les paient, sans parler de nos salariés, n’est ce pas ?
- heuuuu
- si vous êtes au courant de leurs projets, il serait des intérêts des salariés que vous m’en parliez, ma petite Arlette. Pour l’instant, nous sommes désarçonnés par ces attaques contre la propriété privée, mais nous envisageons de mettre en œuvre des produits d’éloignement.
- Hein ?
- Oui enfin, vous voyez ! ne soyez pas naïve : nous allons devoir arroser les poubelles d’eau de javel, pour rendre impropre à la consommation nos déchets. Ce sont nos déchets, nous en sommes responsable voyez vous ?
- Bien entendu, je vous en parle sous le sceau du confidentiel, mais ne venez pas après me reprocher d’aggraver les conditions de travail des employés des réserves. J’ai budgété des masques respiratoires, d’ailleurs, d’ores et déjà.
- Des masques ??
- Je compte sur vous, si par hasard vous connaissez cette coordination de Gueux, pour faire en sorte qu’ils évitent de surcharger les tâches de nos salariés, ma chère Arlette.
- Mais enfin, pourquoi vous ne laissez tout simplement pas la Coordination tranquille ? vous savez que ce sont des gens qui n’ont pas de boulot, qui ont peut être de la famille à nourrir et qui …
- Ma petite Arlette, votre problème, c’est que vous ne faites pas la différence entre la compassion et le compassionnel. Si la première est une vertu, qui fait honneur a celui qui en manifeste, la compassion devient un réflexe, et est même très néfaste lorsqu’elle se substitue à la réflexion politique.
- Hein ?
- Mais oui ma petite Arlette, le compassionnel ne guérit pas le mal, il ne fait que le recouvrir d’un voile sombre et nébuleux, le museler sous des pleurs inutiles et dissonants.
- Ca sera tout, ajoute Dégé, en agitant ses jambes sous sa chaise et en refermant le dossier de photos.
Dans le hangar qui sert de QG à la Coordination des Gueux de la Banlieue Rouge , Nic, le leader, fait le point tout en distribuant des bières aux autres membres du Comité.
- t’as que des Kro ? demande Olivier.
- Ouais ben passe commande la prochaine fois ! réplique le patron des lieux.
- On est ici pour organiser la diffusion de cette pétition, reprend Nic en brandissant un paquet de feuilles.
Mart, Dom, L.Mome, Omer et Frane s’emparent des tracts et les parcourent.
- mais ça veut dire quoi, « halte à la propagation des HD dans les poubelles des gros » ? demande L.Mome.
- c’est les Hautement Dangereux. C’est le Comité des Médecins du Travail Solidaires qui m’a signalé que ça se faisait : ces salauds versent des produits chimiques dangereux dans les poubelles pour ne pas qu’on les pille.
- Ah bon ?? mais ça se fait ?
- L.Mome, soupire Nic, est ce que tu es pour que les Gueux s’intoxiquent à cause de ces richards qui ne veulent pas qu’on fouille dans leurs poubelles ?
- Ben non mais …
- Arrête de discuter après les virgules. Ne te trompe pas de combat !
Trois revendications sont présentes dans la pétition. Il s’agissait de dénoncer la présence de produits hautement dangereux dans les bennes, de revendiquer le placement des poubelles hors de l’enceinte de l’hyper marché à des créneaux horaires négociés avec la Coordination des Gueux, et last but not least, comme avait ajouté fièrement Nic en fin de pétition, de réclamer le départ immédiat de Charque.
- A qui tu veux faire signer cette pétition ? demande Mart la bouche pleine d’un sandwich à la merguez.
- Ben aux clients pardi ! répond Nic. Finis ta merguez et signe aussi ! Mais auparavant, demandons un rendez-vous au boss.
C’est comme ça qu’une délégation de la Coordination des Gueux traverse la cour des livraisons, longe les quais le long desquels sont rangées les bennes, sagement alignées par ordre alphabétique.
C’est dans la benne J qu’ils l’ont trouvée.
Elle mesure 51 centimètres, a des grands yeux noirs bridés, tend un poing fermé sur son désespoir, et est mauve de colère.
Dégé voulait être le seul parrain, mais comme Nic a menacé d’une pétition, ils se sont partagé l’éducation de la Reine des Poubelles.
Evidemment, la légende de sa naissance n’a pas toujours été facile à assumer, pour la Reine des Poubelles.
Néanmoins, au vu des différentes périodes traversées notamment lors de son adolescence, dont la période assez pénible, pour ses parrains, des gardes robes Kill Bill, les épreuves endurées lui ont fortifié le caractère.
Il n’est pas rare de la voir traverser crânement le Paradiz avec une cravache à la main et un piercing à la narine droite.
Chez Dégé, elle a appris des recettes culinaires et l’art de la photo. Elle a aussi pris goût à la littérature pornographique, allez comprendre.
Chez Nic, elle a compris tous les mécanismes des luttes sociales et est capable de descendre jusqu’à huit demis en énumérant les stratégies militantes recensées à ce jour, de la pétition à la grève de la soif.
La Reine des Poubelles a fait carrière comme manager chez McDo. A trente deux ans, elle a déclaré un ulcère à l’estomac permanent, qu’elle soignera avec des séances de reiki. Elle finira par coucher avec le guérisseur.
Devant les portails de la cour de Paradiz, cinq poubelles jaunes sont alignées en début de nuit les jours impairs, cinq poubelles bleues les jours pairs.
La délégation menée par Nic a eu gain de cause sur la libre disposition, mais pour moitié : il s’agissait d’éviter la mise à disposition massive afin d’éviter l’appel d’air qu’elle pourrait produire.
Le dialogue social a produit ses effets.
Charque n’est parti que pour diriger un Paradiz plus grand. Il a été remplacé par Xavier B., qui a la réputation d’être ouvert aux négociations.
Arlette est partie à la retraite, elle a ouvert une soupe populaire qui accueille les sans abris avec leurs animaux : il n’y a pas de raison de ne pas aider ceux qui aiment les animaux, non plus.
Dégé attend avec une certaine impatience mais secrètement, la venue de petits enfants, même aux yeux bridés. Du moment qu’ils ne sont pas portés sur la cravache.
Au loin, gyrophare allumé et tournant, arrive le camion benne de la commune.
Courant à coté de poubelles en poubelles, des africains très noirs et portant des bonnets de laine colorés s’échangent des propos que nul ne comprend.
Audine
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