05.06.2008
À mauvaise école

Voilà comment ça se passe :
L'école primaire et maternelle où vont mes enfants n'est pas loin de de la porte de Montreuil et se situe en ZEP (groupe 5).
Ce n'est pas l'éclate sociale dans le quartier, certes non,
mais grâce au dispositif de ZEP,
et au boulot formidable et motivé des enseignants,
l'échec scolaire y est à peu près contenu,
à grand peine, certes.
Mais.
On apprend la suppression de trois postes à la rentrée 2008.
La suppression de la classe de CLIN,
qui apprend le français, pendant un an,
aux enfants primo-arrivants, comme on dit, et non-francophone,
avant de les introduire dans la classe qui correspond à leur âge.
Il vaut mieux qu'il sache un peu le français avant d'apprendre le reste...
La suppression de la Toute Petite Section de maternelle, pour les 2/3 ans,
qui était une excellente préparation à la Petite Section,
qui était un atout au moment où l'enfant acquiert le langage,
et souvent une bonne solution pour les parents qui n'avaient pu obtenir une place en crèche.
La réduction du nombre d'heures sur l'école de 2 postes d'enseignants spécialisés
qui intervenaient auprès des enfants ayant besoin d'un soutien individuel, psychologique, souvent.
Mais surtout la suppression du poste de soutien lecture,
c'est à dire une prof spécialisée et surnuméraire qui aidait les enfants de CP en difficulté à entrer dans l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.
Ce dispositif pédagogique a montré son efficacité dans notre école pendant 5 ans,
il marchait très bien et permettait d'aider efficacement et durablement de nombreux élèves.
Sa disparition est donc un très sale coup pour les profs,
qui n'auront peut-être plus envie de rester des années sans demander leur mutation.
Pour les élèves, ça va sans dire, qu'il soient en difficulté, ou pas, et qui auront alors dans leur classe des enfants ayant perdu tout espoir d'intégrer un jour un parcours scolaire "normal", tant leur retard se creusera avec les années...
Bref, le mot ZEP disparaît,
et aussi lui tout le processus d'aides qui allaient avec
- il n'est même plus rare de voir en ZEP des classes de 30 élèves -.
Mais la misère, elle, reste.
Mais ça n'est pas tout!
À cela s'ajoute l'entrée en vigueur de nouveaux programmes passéistes,
basé sur la seule obéissance et le par coeur,
les leçons de morale calquées sur celles d'avant guerre,
en une sorte de nostalgie rance d'une école troisième république phantasmée,
programmes qui remplacent sans concertation ni évaluation les très bons anciens programmes.
Certes, ces programmes sont très vieux - 2002, rendez-vous compte, la préhistoire! -
et ont été élaborés, entre autres, par... Darcos, qui soudain ne les aime plus top!
Ajoutez aussi la publication des évaluations des élèves de CM2,
qui donnera lieu à un classement officiel des écoles.
Ce qui arrive opportunément au moment de la suppression de la carte scolaire.
Le parent d'élève-client est roi.
Ajoutez encore le fichage des élèves et de leur famille dans la "Base-Elèves",
consultable non seulement par l'éducation nationale, mais aussi par la police et la Justice,
et qui demande aux directeurs d'école d'indiquer la nationalité des enfants, la langue parlée à la maison, etc...
Il est vrai qu'il faut détecter le délinquant dès la maternelle.
Wwoooufff!
ça commence à faire beaucoup,
alors tous les enseignants de l'école seront en grève et l'école sera fermée demain,
et les parents (oh! deux ou trois, pas plus... mais Doudou y sera!)
et les enseignants protesterons contre cette décison devant le rectorat
pour essayer d'empêcher l'inévitable annoncé.
Doudourou
(bidoooo bidooo, waaaaa...)
21:47 Publié dans L'espace militant des éxilés | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : école, zep, grève, manifestation, tutti, quanti



Commentaires
Je n'ai pas de mot, en fait.
J'ai l'impression que c'est une sorte de guerre.
Une destruction massive.
Et qu'il faut urgemment se retourner contre nos réels ennemis, pour les combattre.
Les bling bling, les réacs, et même les libéraux.
Les anti vies.
Ecrit par : Audine | 05.06.2008
je comprends mieux pourquoi ça va couci-couça !
il n'y pas vraiment de mot, je ne sais pas où va ce pays...
Ecrit par : beabab | 05.06.2008
Oui. Faut y aller. Au moins, essayer de freiner, d'enrayer la machine à broyer tant qu'on ne peut pas complètement l'arrêter. Bon courage, Doudourou !
Ecrit par : mélimélo | 06.06.2008
C'est consternant et c'est partout pareil c'est bien là le problème.
Allez courage doudourou.
Ecrit par : grazie | 06.06.2008
Raalala !
Ce qui est terrible, c'est le présupposé qui provoque ces absurdités. Si l'on suit le collégial propos du gouvernement, "on a jamais cessé d'augmenter la population des enseignants et ça ne change rien à la baisse de niveau scolaire".
Sauf que ce qu'oublie de dire le gouvernement, c'est que la population d'élèves, elle aussi ne cesse de grimper. Et que le pourcentage de classes suroccupées connaît la même croissance. Donc, certes, le niveau baisse, certes, les enseignants sont toujours plus nombreux mais leur population s'accroit moins vite que celle des élèves. Comme on explique plus rien de nos jours, ni dans les médias et encore moins dans l'opposition, la rhétorique idiote et monocéphale du gouvernement fait des petits dans l'opinion.
Une chose plus grave. Cette réduction d'effectif va entraîner des refus de la part d'établissements au complet. Parce qu'ils ne nous ont pas encore fait le coup du redéploiement scolaire mais je suis certain que ça va nous retomber dessus prochainement.
Et puis quand le gouvernement parle du "niveau", on se demande bien ce qu'il fait pour l'améliorer. Au lieu, en effet, de repenser le temps scolaire et le temps extra-scolaire (comme dans de nombreux pays en Europe), on continue d'abrutir nos enfants, de gaver leur cerveau avec des choses qui ne sont pas essentielles (la morale, le drapeau...)
Car paradoxalement, si le niveau général baisse, on a jamais eu autant d'étudiants...
Alors, ce n'est pas simple et la gauche devrait quand même reprendre ce flambeau. Parce que quand la droite s'occupe d'éducation, c'est franchement du grand n'importe quoi... et comme tu le soulignes malicieusement, de l'opportunisme.
En même temps, on se demande ce qu'ils font de bien...
La cuisine peut-être...
Ecrit par : télétubs | 06.06.2008
"J'ai l'impression que c'est une sorte de guerre."
Nous sommes beaucoup à répéter depuis longtemps que nous vivons une sorte de guerre sociale permanente, mais en général il nous est répondu qu'on exagère, qu'on (les "gauchistes") est paranos, qu'on voit la répression partout, tout ça... jusqu'à ce que cela touche d'un peu plus près, qu'il soit impossible de ne pas voir.
Et il est vrai que ce gouvernement fait vraiment très fort dans la crétinerie et le cynisme. Et au pas de course. A peine une réforme (ou un projet de, mais on sait plus parce que de toutes façons les "consultations" se font après) est-elle critiquée par l'opposition qu'une autre est aussitôt annoncée. Tout le monde est pris de cours, les syndicats, associations, tout le monde.
L'autre jour on parlait de mai 68 avec GDS et je lui disais:
"Aujourd'hui il ne peut plus y avoir quelque chose d'équivalent ou qui s'en approcherait. Les luttes sont parcellisées et essentiellement défensives, il n'y a plus de projet de société (collectif) et nous vivons à plein (nous mourrons de) la séparation généralisée et la spécialisation toujours plus poussée (du travail, de la science ...)."
Ouais, tout cela n'est pas très brillant... Enfin, bon courage avec le rectorat, tiens-nous au courant.
Ecrit par : edgar | 06.06.2008
Totalement consternant.
En plus, le démantèlement des IUFM est annoncé. La formation qu'ils dispensaient n'était certes pas parfaite, mais quand même mieux que plus de formation du tout.
Les chiffres du chômage sont bons. Tu parles ! comme si on allait croire une ânerie pareille.
Jusque quand allons nous supporter ça ?
Les cours privés ont de beaux jours devant eux. Comme ça, il y aura d'une part les riches, instruits et formés et d'autre part le pauvre populo qui regardera tf1 et gobera tout ce que Pernaud dira.
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 06.06.2008
Je connais bien la difficulté pour mobiliser les parents, pour avoir été plusieurs années de suite parent élu(e). Mais je comprends ces parents dépassés, qui ne parlent pas français, qui ont une floppée d'enfants à s'occuper et qui ne comprennent pas où est le problème. En ce moment, dans l'école de Junior les parents -élus et les autres qui veulent bien ou peuvent- essaient de bouger (depuis la rentrée déjà faut dire) car il y a, à l'école élémentaire, un seul CP -de, disons 25, allez, allons jusqu'à 30 élèves possibles- et deux écoles maternelles y sont rattachées. Ce qui fait qu'actuellement, dans les grandes sections de ces écoles, il y a 65 gosses qui doivent aller au CP à la rentrée.
Vous voyez un problème vous ? En tout cas, pas l'inspection académique qui n'a pas daigné se déplacer lors des différentes réunions entre parents, et ni la responsable municipale de la petite enfance, qui a remarqué fort judicieusement : "Ben y a pas de place pour faire une classe en plus, si y en a pas, on peut pas l'inventer la place !"
Ben voyons ! Et puis, on n'a qu'à pas habiter le centre-ville de Marseille, en plus ! Et on est vraiment de mauvaise foi, parce que dans le périmètre de cette école, il y a TROIS écoles privées, qui vont du primaire au lycée. Alors, de quoi vous vous plaignez, hein ?
C'est point Victor Hugo qui a dit : "Si vous ouvrez une école, vous fermez une prison".
Peut-être que notre prince préfère construire des prisons. On le comprend, à l'école, il est sûr de ne plus y mettre les pieds !
Ecrit par : dryade | 06.06.2008
Vous avez tout dit, c'est démoralisant...toutes ces réformes libérales (j'entends par là libéralisme économique hein) touchant tous les services publics. Putain de RGPP: suppression de postes mais optimisation et rationalisation des moyens, mon c...!
Et pour l'éducation nationale, comme dirait une pote prof, c'est vraiment la merde, dans le Mammouth:
http://sd-1.archive-host.com/membres/playlist/187559659536404595/Profsencolereclean.mp3
C'était vraiment mieux avant ! http://www.dailymotion.com/video/xpgh7_sepia-plein-les-doigts_music
Ecrit par : Rachida-rab | 06.06.2008
Vous n’avez pas fini de vous plaindre, les lentilles grincheuses ?
On va avoir les meilleurs profs (français) du monde !
Réfléchissez un peu, au lieu de vous lamenter :
Vu qu’on ne remplace qu’un prof qui part en retraite sur deux, les concours ne vont offrir que très peu de places. C’est donc l’élite de l’élite qui va être reçue aux concours.
Vous me suivez ?
Et maintenant, dites vous bien que pour que l’élite en question postule à un boulot aussi mal payé, c’est qu’elle est motivée du feu de Dieu, et qu’elle a la vocation comme c’est pas possible ! Sinon elle irait monnayer ses talents dans le privé…
Considérons enfin le prix de l’immobilier et le coût du chauffage :
Quel prof pourra se loger à Neuilly ou dans une banlieue chicos ? Hum ? Les vieux profs mal formés par les iufm !
Les nouvelles élites iront se loger dans les banlieues craignos (on a la vocation ou on l’a pas, hein…), pour pas trop cher et sans coût de transport. Elles seront mieux intégrées à la population locale, plus disponible.
Alors moi je dis des profs surdoués, prêts pour un sacerdoce, bien intégrés, disponible, c’est que du bonheur pour l’Education nationale.
Ecrit par : 93-93 | 06.06.2008
Merci merci à tous pour vos posts nombreux et fournis.
Doudourou est fourbu,
à beaucoup marché, à beaucoup crié.
À aussi été reçu en délégation auprès d'une sous-cheftaine qui a couché sur papier nos condoléances...
heu! doléances.
Devant cette dame,
dans une grande salle blanche de conférence intimidante,
j'ai argué du fait que l'école en question avait dans le quartier une réputation désastreuse,
mais que depuis 4 ou 5 ans que le dispositif était mis en place,
la confiance du quartier envers son école était en passe de se reconstruire,
d'autant que les instits, soutenus et aidés, restaient dans l'école sans chercher à s'en enfuir,
connaissaient bien les élèves à la longue,
avec leurs points faibles et leurs points forts (car ils en ont tous, sissi!)
et se connaissaient bien entre eux et formaient une belle équipe soudée et combative.
Bon, tout ça c'est bien joli,
mais visiblement, ça ne servira à rien,
car le plan est le suivant :
"libérer" les Samedi travaillés (1 sur deux en gros)
pour redistribuer ces heures à de petits groupes d'enfants plus en difficulté.
Le hic,
c'est que sur ce coup là les enfants pas en difficultés perdent 150 heures et quelques sur l'année,
et que les enfants retenus en groupes sont comme "punis" pendant que les autres sont en récré...
Ecrit par : doudourou | 06.06.2008
93-93 écrivait en même temps que moi.
On retrouve bien sa splendide ironie.
Mais avec tout ça on va faire de la peine à Duga...
Ecrit par : doudourou | 06.06.2008
C'est intéressant, vos commentaires à toutes et à tous.
Mais ça ne sera pas suffisant, je crois.
Si c'est une sorte de guerre, c'est celle des idées.
La rationalisation des moyens entrainera systématiquement une diminution de ceux-ci (en ZEP comme ailleurs), mais finalement est-ce que ça se verra tout de suite ? sans doute pas.
Les soi-disantes "heures de soutien" ne seront pas utiles aux eléves en difficulté (dont les parents peuvent d'ailleurs refuser la participation de leurs enfants), mais on ne s'en apercevra que plus tard.
L'école était bâtie sur un certain nombre de principes -peut-être criticables - qui visait toujours à "enrichir" culturellement parlant l'individu.
La page est maintenant tournée, mais doucement, sans bruit. L'école n'est pas capable de montrer des résultats immédiats, c'est bien ce qu'on lui reproche.
C'est un peu comme un cancer que personne ne voudrait soigner.
C'est bien pour ça que le sabotage organisé ne sera pas visible avant quatre à cinq ans ...
Or d'ici quatre à cinq ans, il peut arriver tellement de choses ...
Ecrit par : Archie | 06.06.2008
Il a raison 93-93. Si les profs (des écoles ou autres) font partie de l'élite de notre magnifique Patrie (Travail, Famille) où est le problème dans l'éducation (encore) nationale ?
Et sinon, pour les 65 élèves dans un CP de 30 places ?
Ah oui ! J'ai eu une idée : y a qu'à faire des bureaux superposés, comme les lits du même nom : on empile les gniards les uns sur les autres, et avec un super-prof hyper formé et hyper motivé, en voiture Simone !
Prévoir, soit un prof hyper grand, soit des échasses.
Ecrit par : dryade | 07.06.2008
93 bis a tout compris.
Je suis tout de même et malgré tout surprise que cette question de suppression du samedi matin (que j'avais abordée lors de la décision ici même) ne suscite pas plus de réaction, ni chez les parents - que ça embêtait d'être obligés de se lever le samedi matin - Ni chez la plupart des enseignants, sans doute pour la même raison.
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 07.06.2008
" Alors moi je dis, des profs surdoués, près pour un sacerdoce, bien intégrés, disponibles, c'est que du bonheur pour l'Education nationale ". Comme d'hab, avec ton humour, 93.bis, tu vois juste et clair, car c'est bien de cela qu'il s'agit ! Ca me rappelle, une définition du bon prof, vu pas M. Onfray, qui écrivait ceci : " J'avais 17 ans, et c'était le plus bel âge de ma vie : je venais de décrocher mon bac, je quittais ma ville natale, Argentan, pour Caen, la capitale bas-normande, et j'arrivais à l'université ...je me suis inscrit en philosophie parce que, à défaut de conduire des locomotives, je ne voyais pas quoi faire d'autre. Il n'avait plus 17 ans, mais pas loin de 60, il faisait cours sur Lucrèce avec son vieux Budé déglingué sur le bureau et sa montre de gousset à proximité de ses notes, qu'il consultait peu, voire pas. Il lui manquait la toge et les sandales, mais les lunettes et la moustache n'auraient pas convenu, la cravate non plus. Son verbe, sa faconde, son humour, ses vacheries, sa drôlerie, son intelligence, sa culture, son ironie, son art de faire de Lucrèce un contemporain m'ont immédiatement séduit. Tout de suite il fût mon maître ; Lucien Jerphagnon. Si je suis devenu ce que je suis, aux antipodes de ce qu'il est en tout ou presque, c'est à lui que je le dois. Car il fût mon maître, comme on l'était sur l'agora ou le forum romain et comme plus tard Nietzche dit qu'on doit l'être : en apprenant à ce qu'on se déprenne de lui...". Je ne sais pas pour vous, mais perso, j'aime bien cette vision de M.Onfray ; reste à savoir si c'est la définition d'une profession ou d'un sacerdoce !
Ecrit par : angemie | 08.06.2008
Il a aussi dit une chose vraie "un prof c'est un bon élève sortie par une porte est rentré par une autre" c'est ça aussi parfois et ceux là sont plus nombreux que ceux qui on la foi !
L'ennui c'est que l'enfant qui n'est pas fait pour ce système et qui bien entendu n'est pas idiot on en fait quoi ?
Ecrit par : grazie | 08.06.2008
Quelques observations, en essayant de ne pas être trop technique :
Il est vrai que les effectifs des élèves scolarisés ont fortement diminué ces 10 dernières années, même si cette diminution est inégalement répartie en France et qu’elle ne touche plus maintenant que les collèges et les lycées.
Mais :
La politique Darcos Sarkozy va bien plus loin qu’un ajustement des effectifs profs à cette baisse. Dans le second degré, les postes supprimés correspondent pour moitié aux départs en retraite. L’autre moitié est compensée en heures sups !
C'est-à-dire que dans mes lycées, par exemples, chaque prof est prié de faire, 3,2 heures sups en moyenne. Hors, un prof, dans ses obligations de service, n’est tenu à accepter qu’une heure sup…
Le fameux « travailler plus pour gagner plus ».
Dans le 1er degré, pas d’heure sup. Donc les départs en retraite sont intégralement compensés par des suppressions de postes. Mais comme le nombre d’élèves est en voie de stabilisation, le 1er degré est un peu moins touché par les suppressions. Darcos en profite donc pour commencer à faire des regroupements et à fermer les classes uniques de proximité…
L’allongement des études avant le recrutement :
Là, c’est vraiment n’importe quoi.
Le principe actuel, c’est qu’un titulaire d’une licence (bac + 3) ou d’une maîtrise qui vise l’agrégation (bac + 4) passe deux ans en IUFM.
La première année à préparer le concours (un prof des écoles par exemple, qui a une licence de maths va se préparer à enseigner toutes les matières) puis la 2ème année, s’il a le concours, il entre en formation, constituée de stages professionnels et de la préparation de son mémoire professionnel.
C'est-à-dire qu’il va passer du statut de spécialiste de maths à celui de spécialiste de l’enseignement en 2 ans.
Faites le calcul : 3 ou 4 ans d’études universitaires, plus 2 ans en IUFM (le U signifie universitaire…), ça fait 5 ou 6 ans de cursus universitaire dont 2 d’avantage consacrés à l’apprentissage du métier de prof.
Donc, de dire qu’il va y avoir un allongement du cursus universitaire avant d’être prof est une arnaque.
Ou est le gain pour l’Etat gestionnaire ? Les stagiaires IUFM 2ème année étaient rémunérés….
Les IUFM
Les IUFM avait comme vocation de prendre en charge des types bons en maths, par exemple, et d’en faire de bons enseignants, ce qui est très différent.
Pour l’anecdote, j’avais eu cette discussion il y a quelques années avec une agrégée de chaire supérieure en maths (le top au niveau des connaissances et qui enseignait en maths sup à d’excellents élèves).
Elle trouvait son salaire justifié (environ 30000 francs à l’époque) par rapport aux profs de maths de lycée professionnel (beaucoup de maîtres auxiliaires payés au smic) par son niveau d’étude et de connaissances.
Je lui ai proposé de faire cours deux heures à une classe de 3ème technologique.
Elle a dit chiche.
Elle n’aurait pas du… Elle s’est faite laminée et est sortie en pleurs. Elle n’avait aucun bagage lui permettant d’enseigner à ce type d’élèves.
Alors, qu’est-ce qui n’allait pas bien au niveau des IUFM ?
Je vais vous donner un exemple : Le mien.
Lorsque j’étais CPE à temps plein (une cinquantaine d’heures par semaines…), je donnais en plus des cours à l’IUFM aux étudiants de première année (étude de cas, note de synthèse, corrections de copies, préparation des oraux…) pour préparer le concours.
Avec les 2ème année (ceux qui ont été reçu au concours), je faisais partager mon expérience professionnelle en animant des sortes de séminaires, et j’étais chargé de diriger les mémoires professionnels d’une petite dizaine de stagiaires. (en plus, il fallait que je me libère une semaine pour être membre du jury des concours).
Vous commencer à comprendre ?
Pour la section CPE de l’IUFM de Lilli, il y avait deux CPE détachés à temps plein pour l’IUFM, puis quelques gars et filles qui, comme moi, faisaient ça en plus de leur job.
C’est pas sérieux, même avec la meilleures volonté du monde.
Quand je vous aurais dit qu’on n’avait reçu aucune formation pour faire tout ça, qu’il fallait tout inventer, et que les 2 premières années ont été même pas payés… (Par la suite on touchait des indemnités dérisoires…à conditions d’être en plus maître de stage, c'est-à-dire d’accueillir un stagiaire et de le former…).
Voilà ce qui n’allait pas au niveau des IUFM : Des économie de moyens, pas une volonté de professionnaliser la formation…
Nous étions 8 formateurs : 2 CPE à temps plein, 5 galériens, et un prof de fac (sciences de l’éducation) qui n’avait aucune idée de ce qu’était un CPE (il changeait tous les ans) et qui vivait comme une punition de devoir enseigner à l’IUFM. D’ailleurs, on les voyait très peu… Ah oui, tout cela était co-dirigé par un IPR (inspecteur pédagogique régional) et le Président de l’UFR de sciences de l’Education.
Pas de bol (?) l’inspecteur venait d’être nommé (il était au paravant dans le 1er degré) et n’avait qu’une vague idée de ce qu’était le boulot de cpe (et je suis gentil…).
L’IUFM était un bon outil, à condition d’y mettre les moyens.
Ecrit par : 93-93 | 08.06.2008
On en fait rien, Grazie. Il se débrouille ! Tu sais bien qu'il faut rentrer dans le moule. Surtout ne pas apprendre aux élèves à réfléchir, à penser par eux-même, ce qui me semble pourtant une des vocations de l'école !
Dans l'école de Junior, en grande section de maternelle et au CP on pratique la méthode Freinet. Les mômes apprennent à apprendre, s'autonomisent.
Et à partir du Cours Elémentaire, retour à la bonne vieille méthode.
Et c'est là que ça casse pour certains.
Et dire que certains parents disaient : "Mais c'est quoi cette méthode ? A mon époque on faisait pas comme ça ! Et patati et patata !"
Je ne dis pas que la méthode Freinet est la solution à tous les problèmes, mais c'est bien qu'une école (il y en a d'autres dans ce cas par ici) ne soit pas craintive, et que l'équipe pédagogique accepte de mettre en place un système éducatif différent. Dommage que toute l'école ne fonctionne pas pareil, que ça s'arrête au CP, mais il est vrai qu'après, il y a forcément un moment où il faudra rentrer dans le rang (collège, lycée). Avec évaluations, compétition.
Alors c'est vrai, pour un gosse intelligent, qui ne s'adapte pas au système, il y a ce qu'on appelle "les écoles différentes". Mais il n'y en a pas partout, c'est cher pour la plupart (sauf l'école Freinet), et après , il faudra quand même que ce gosse réintègre le circuit. Avec un énorme décalage par rapport aux autres. Et parfois une impossibilité de s'adapter au système classique (cf. les écoles Montessori, Decroly, Steiner).
Et l'école de la République est loin de s'ouvrir, avec le retour à la morale et l'apprentissage de la Marseillaise. Et à quand les blouses grises et les
encriers ?
Ecrit par : dryade | 08.06.2008
J'aimerai pas être prof moi aujourd'hui ni élève, j'ai déjà assez de mal avec ma débrouille perso alors défois j'ai envie d'être égoïste c'est tout !
Ecrit par : grazie | 08.06.2008
Mais c'est tout-à-fait sain d'être de temps en temps égoïste ! On en a besoin tous et toutes, ne culpabilise pas pour ça chère Grazie.
Moi non plus je n'aimerais pas être prof de nos jours. Je n'envie pas ces "fonctionnaires privilégiés qui ont plein de vacances et qui se permettent de se mettre en grève !" J'en connais beaucoup qui ont encore la foi, la motivation, la pêche, après des années de pratique, et je les admire pour ça. Moi, après avoir passé une journée avec la classe, à l'occasion d'une sortie par exemple, je suis sur les rotules et dans un état de nerfs indescriptible. Bon, c'est vrai que je ne suis pas formée pour 30 mômes moi !
Ecrit par : dryade | 08.06.2008
En tout cas c'est question de survie que d'être parfois égoïste !
Quant à ne pas être formée pour 30 mômes je crois que personne ne l'est vraiment !
Ecrit par : grazie | 08.06.2008
Ecrire un commentaire