15.06.2008

Laisse moi kiffer la vibe avec ma France à moi

grimpret.jpg

Matthieu Grimpret, jeune catho de droite, science potard et prof d'histoire, est tombé un jour en pâmoison devant la "France black-beur", en prenant pour la première fois la ligne de bus 351 (Nation-Roissy). Dans cet essai - au titre racoleur et pas très sérieux "Traîté à l'usage de mes potes de droite qui ont du mal à kiffer la France de Diam's" - , l'auteur nous parle de cette "nouvelle France" qui l'a séduit, en prenant comme fil conducteur les paroles de la chanson de la rappeuse Diam's : "Ma France à moi". D'ailleurs en analysant l'ensemble des chansons de la boulette, Grimpret va découvrir une Diam's religieuse et conservatrice - comme lui. Ce petit essai, bourré de références (de penseurs de droite comme de gauche), de réalisme et riche en analyse, donne un regard jeune et nouveau d'une droite - qui n'est ni bornée, ni raciste, ni aveugle, ni intolérante - sur la France multiculturelle d'aujourd'hui. Je suis laïque et attachée aux valeurs de la République, je n'ai pas la même opinion que l'auteur concernant le rôle et la place de la religion dans la société française, je suis loin de partager toutes les positions de Grimpret mais j'ai trouvé cet essai très intéressant et pertinent sur plusieurs points. Une chose est sûre, c'est que je suis d'accord avec la conclusion de Grimpret: "La diversité est une chance pour la France. La France est une chance pour la diversité."
Je le recommande.

Rachida D.

matthieugrimprettv1.png

12.05.2008

Une vie de femme qui s'achève en pointillé

1907843994.gif

Des années durant Annie Ernaux à fait de sa vie le centre de son œuvre, sa jalousie est notoire, son goût des hommes jeunes n’est plus un secret et au fond tout ça avait fini par paraître impudique et bien ennuyeux.

Mais à 70 ans la dame nous livre sa vie sous forme de mémoire collective, posant sur ce quotidien qui fut le sien le souvenir qu’il faut retenir d’urgence car cette grande farce que fut la vie ne va pas tarder a mettre fin soit aux jours qui restent soit à la mémoire qui va s’effeuiller.

Alors elle ressort des photos jaunies essaie de les percer à jour sans pouvoir être précise autrement que ce que l’image veut bien livrer. Cette France d’une enfance si lointaine qu’elle peine à avoir existée. « La France était immense et composée de populations distinctes par leurs nourritures et leurs façons de parler, arpentée en juillet par les coureurs du Tour dont on suivait les étapes sur la carte Michelin ».

Son univers était celui de millier d’autre un coin perdu au fin fond d’un pays ronronnant qui sortait de la guerre et voulait en oublier les plaies « Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait le vitesse de la vie ».

Seul les plus brillants allaient au lycée et les parents n’y voyaient pas une forme de réussite, le travail ne manquait pas alors si l’instruction en était une tant mieux, mais on avait la gloire taiseuse.

L’adolescence se vivait en cachette, le corps se transformait dans la honte et ses envies étaient condamnées par l’église qui attirait encore du monde.

Et puis il y eu l’exaltation du sexe après ce moi de mai ou elle avait déjà 30 ans et des enfants venus quand la contraception était interdite et qu’elle n’était qu’une jeune prof de collège. « On regrettait de ne pas avoir connu tout cela plus tôt mais on se trouvait chanceux que ça nous arrive en début de carrière »

Elle ne fut qu’un témoin lointain déjà trop enlisée dans le quotidien « On avait manqué quelque chose à un moment, mais on ne savait pas lequel –ou bien on avait laissé faire »

Mais un vent nouveau ne manqua pas de souffler sur les couples aussi, les enfants en furent les premiers bénéficiaires « euphorisé, et confortés dans la valeur d’un style de vie dont s’était offert toute la soirée à nous-mêmes le spectacles »

Il faisait bon avoir trente ans, loin de la précarité d’être jeune et encore plus loin de celle d’être vieux.

Déjà les années 80 et son cynisme ordinaire arrivées et avec elles la quarantaine « on était saisi par l’étrangeté de la répétition d’un rite où l’on occupait maintenant la place du milieu entre deux générations. Un vertige de l’immuable, comme si rien n’avait bougé dans la société » l’usure des sentiments comme une fatalité « A faire l’amour avec le même homme, les femmes avaient l’impression de redevenir vierge »

Il semblait impossible de revenir en arrière, le divorce comme une solution avec son lot de mesquineries, avoir deux fois moins de tout mais dix fois plus d’espoir.

Le monde continuait a changé semant toujours plus de précarité, énergisant les plus riches pour mieux faire envie aux pauvres même avec la gauche qui se mourrait un peu plus chaque années « L’évènement n’avait pas eu lieu. L’Etat s’éloignait de nouveau de nous ».

La jeunesse « était raisonnable, il ne nous en voulaient en rien, les journalistes les appelaient la bof génération ». Les enfants étaient des hommes en devenir ils avaient du mal a quitter le nid, et personne ne savait comment les y inciter « nous qui savions bien qu’un métier sur, de l’argent ne rendaient pas forcément heureux, on pouvait s’empêcher de vouloir pour eux d’abord ce bonheur là ».

Puis tout s’emballait, la ménopause, la fatigue de se battre, les enfants qui s’éloignent, la mort qui emporte ceux que l’on aime, la maladie comme une promesse, les photos qui vous révèle toujours plus étrangère à celle qui vit encore au fond de votre âme.

Et la distance au temps qui perd de son importance « de toutes les infos, celle qui nous importait le plus était le temps qu’il ferait demain ».

On devient immobile dans un monde qui galope, on craint que la mémoire ne nous fuit, il devient alors urgent d’écrire ce qui ne sera plus, les mots, les images, les choses, les phrases, le monde à sa portée, la réalité qui fut la notre ou celle qui nous a échappé. « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais ».

Le regard glisse sur cette femme qui s’amuse d’un monde qu’elle n’a pas réussi à changer mais dans lequel elle a des émotions ce qui au fond est le seul sens d’une vie.

20.04.2008

La Lamentation du Prépuce

1985928203.gifLa Lamentation du prépuce

Shalom AUSLANDER

Traduit par Bernard COHEN

Février 2008

Belfond Etranger - Littérature étrangère

19 € - 312 p.

 

 

 

   

Salut les biloutes,

Je prends enfin le clavier pour une petite note, afin de vous présenter le coup de cœur littéraire du moment (rien que ça). Je suis du genre peine-à-rire quand je lis des romans, oui, un  peu trop (f)rigide de ce côté-là … Mais c’est arrivé dernièrement ! Alleluia ! Un vrai miracle !

 

L’heureux élu est le premier roman traduit de Shalom Auslander. Amplement autobiographique, ce roman décrit des souvenirs d’enfance de Shalom, élevé dans une famille (très) juive orthodoxe, entrecoupés des répercutions qu’elle a eue sur sa vie d’adulte.

La comparaison avec « Portnoy et son compexe » de Philip Roth semble inévitable, bien qu’elle agace fortement l’auteur… mais, je vous rassure, ces romans sont radicalement différents. Si Portnoy se rebellait aussi contre les traditions, il était surtout focalisé sur son kiki. De son côté, Auslander ne remet jamais en cause l’existence de Dieu, même s’il n’est plus réellement pratiquant. Le Tout Puissant devient le personnage secondaire du roman, par l’existence de nombreuses interpellations du héros.  Ravagé par la paranoïa, il est persuadé qu’il devra payer pour tous les écarts de conduites qu’il a réalisés. Vient l’annonce de la naissance de son premier enfant, un fils, et le difficile choix de le circoncire, ou non. D’une part, il essaie d’échapper à la tradition, à la pression familiale, d’autre part, il est terrorisé à l’idée que Dieu puisse lui reprendre l’enfant s’il refuse de procéder à cette cérémonie. On assiste alors à un véritable bras de fer entre son envie de quitter une bonne fois pour toute tous les rites qui ont fait de lui un homme craintif et dépressif et ce Dieu qui ne semble pas vouloir le laisser en paix.

 

Certaines scènes sont extrêmement drôles, pour n’en citer qu’une, le concours de bénédictions au début du roman. Mais ce rire est parfois jaune … l’enfant est dans une telle terreur de Dieu qu’il prend toutes les recommandations au pied de la lettre : il sait par exemple que jusqu’à 13 ans, le père est responsable des actions de son fils. Le jeune Shalom blasphème dans l’espoir que Dieu tue son père qui a un penchant un peu trop prononcé pour la boisson.

 

Le dénouement du roman est aussi une belle surprise, puisqu’il prolonge une certaine absurdité qui s’acharne contre ce pauvre personnage. Au final, je le recommande à tous ceux qui sont un peu minés par l’actualité…d’autant plus que le roman a l’avantage de distraire tout en ayant un fond on ne peut plus sérieux.

 

Un extrait, y’a que ça de vrai :

 

-C’est un garçon, a déclaré l’infirmière.

Orli m’a lancé un sourire.

- Un quoi ? ai-je fait.

- Un garçon.

- Vous êtes sûre ?

Je me suis penché par-dessus Orli pour scruter le moniteur.

- Oh oui, pas de doute monsieur.

- Ca ressemble à une fille, ai-je dit.

- Tu t’appuies sur mon ventre, m’a informé Orli.

- Je fais ça depuis 10 ans, m’a informé l’infirmière. C’est un garçon.

L’infirmière à montré une sorte de tâche floue et blanche sur l’écran.

- Un garçon, a-t-elle déclaré, péremptoire. Je peux appeler un médecin si vous voulez un deuxième avis.

-Non, ça va, a tranché Orli.

L’infirmière a poussé le moniteur de côté et s’est levée.

- Vous vouliez une fille, c’est ça ? – Elle a tendu quelques serviettes en papier à Orli pour qu’elle s’essuie le gel sur son estomac. – Les garçons sont plus faciles à élever.

- Peut-être, ai-je dit, mais les filles on n’a rien besoin de leur couper.

   C’était exactement ce que j’avais redouté. Si je n’avais pas été convaincu que Dieu était un enfoiré qui passait son temps à trouver les angles les plus désopilants pour me baiser, j’aurais même prié pour avoir une fille, tout en sachant que si je l’avais fait, il m’aurait donné un garçon à tous les coups. J’aurais pu essayer aussi le coup de l’intox psychologique – prier pour un garçon afin d’avoir une fille – mais il était pratiquement assuré qu’il verrait le truc venir et qu’il me donnerait deux garçons, des jumeaux, rien que pour me niquer et pour que les gens s’extasient : « Oh, quelle bénédiction ! ». Et c’en serait une, bien entendu, mais je serais alors le seul à connaître la vérité, la  combinaison de chromosomes, la malveillance qu’il y aurait derrière, bénédiction ou pas, et alors je me fâcherais tout rouge et je prendrais la résolution de ne circoncire ni l’un, ni l’autre, juste pour narguer le Fils de Pute, sauf qu’il m’entendrait penser, percerait mes plans à jour et en ferait des siamois, réunis par le prépuce, ha, ha, ha, la bonne blague, de sorte que je n’aurais pas le choix que de les couper et la punition viendrait évidemment avec l’une ces mises en garde obliques dont il raffole tellement : « Respecte Mon alliance avec Abraham ou bien ces gosses se pisseront dessus réciproquement pour le restant de leur vie » ou encore « Si tu le les lies pas à Moi, Je les lierai à jamais l’un à l’autre». Quoique, maintenant que j’y pense, ce serait la situation idéale : pas le truc de pisser l’un sur l’autre mais leur prépuces soudés, car je n’aurais pas d’autres choix que de les circoncire, ou plutôt les médecins le  feraient d’eux-mêmes à l’hôpital  et je n’aurais même pas à prendre la décision.

Récupérant son dossier, l’infirmière s’est dirigée vers la porte.

- Si ça peut aider, m’a-t-elle lancé, ils ne sentent pas la douleur à cet âge.

- Merci. Ca n’aide pas.

- Je sais, a-t-elle rétorqué

30.03.2008

Le livre de Joe

138553199.gif
 

Quand on fait la connaissance de Joe on a pas spontanément de la sympathie pour ce qu’il représente.

Trentenaire a qui la chance a sourit en peu de temps et sans grands efforts, il est l’auteur d’un seul livre adapté au cinéma qui l’a rendu célèbre et riche.

Pourtant lorsque le téléphone sonne en pleine nuit pour lui annoncer que son père est mourant il n’a personne vers qui se tourner et il est assez peu enthousiaste de retrouver cette petite ville guindée sur laquelle il a fait fortune en raillant tous ses habitants.

Il va devoir retrouver un frère dont il ne fut jamais proche et un père qui ne lui manifesta tout au long de son adolescence ni tendresse ni intérêt particulier.

C’est avec toute sa colère bien nichée au creux de son estomac qu’il va devoir affronter les fantômes de Bush Falls.

« Statistiquement parlant, il est impossible d’écrire un best-seller. De même qu’il est très difficile de se mettre une ville entière à dos. En digne perfectionniste que je suis, j’ai réussi à faire d’une pierre deux coups. Dès qu’il s’agit de se faire remarquer, j’ai toujours été un enfant prodige. »

L’accueil sera a la hauteur de l’affront, agressions verbales, physiques, matérielles.

Pourtant quelques personnes ne s’oublient pas il y a Wayne l’ami de toujours avec qui Joe vécu une vie moins douloureuse durant son adolescence, celui qui était la star de l’équipe de basket à qui la vie souriait à pleine dents bien que ce fut pour mieux les lui enfoncer dans la chair.

Sammy qui fut le troisième larrons tout juste débarqué d’une autre banlieue dont la mère fut l’objet de ses fantasmes des années durant.

Puis il y avait Carly « une ancienne petite amis, c’est un flingue planté dans votre estomac. Mais un flingue qui n’est plus chargé. Aussi ne ressent-on qu’un déclic vide et mécanique au fond du ventre ».

Ce premier grand amour qu’il a eu tant d’ardeur à détruire lorsqu’ils étaient étudiant « le pire, dans tout ça, c’est que je crois bien l’avoir fait exprès ».

Tout s’écroule autour de lui, son père meurt, son frère est un étranger, la maladie menace et les vieilles rancunes sont toujours à vif.

Alors Joe fait revivre celui qu’il fut pour y découvrir un gamin privé de la tendresse d’une mère qui a du devenir un homme auprès d’un père et d’un frère que le sport unissait sans jamais trouver sa place.

Il ressent dans sa chair ce drame qui consume aujourd’hui cet ami qui n’était pas à l’image de l’homme tel qu’il doit être.

Mais les choses sont parfois plus complexes qu’elles n’y paraissent, chacun porte sa douleur et l’histoire n’a pas le seul aspect de sa propre vision.

«Lorrsque, comme moi on évolue dans la vie en cumulant les erreur de jugement, on finit par prendre ses décisions avec une sorte de hardiesse inconsciente ».

Au cours de son séjour Joe va devoir grandir, se débarrasser de sa rage, devenir moins égocentrique et accepter le fait que sa solitude si douloureuse fut aussi une compagne encombrante qui ne laissa la place à personne pour le révéler à lui-même.

Alors que le départ est proche il pourra enfin entendre celui qui fut l’objet de toute sa haine « Nous faisons tous des erreurs. Mais nos erreurs, elles, ne nous font pas. Si c’était le cas, nous serions dans la merde jusqu’au cou. Surtout deux sales cons comme toi et moi ».

La perte de ceux que l’on aime est aussi faite pour redresser le cap, comme si leur souvenir vivait en nous et qu’elle se montrait plus exigeante que nous même.

 

On peut regretter cette fin un peu trop prévisible mais la vie ne peut-elle pas parfois se repentir dans la mémoire ?

Le style cède parfois à la facilité d’une ironie éculée, mais ça n’est pas fait sans talent.

Quant aux questions que soulève l’histoire elles sont universelles, que reste-t-il du petit crétin d’ado en nous ? Qu’aurions nous à lui dire à ce jour ? Les parents ont-ils été si malveillants que nous aimons à le penser ? Quant on quitte nos racines dans la colère n’y sommes nous pas à jamais ancrés ?

Il décrit avec merveille cette année de transition qui nous habite avant d’en finir avec le lycée, celle ou l’on veut croire que tout va durer pour le meilleur et le pire, que nos amours seront éternels, nos amitiés défieront le temps, mais qu’au fond on sait fragiles.

Cet état de latence qui nous habite dans un espace temps suspendu, la trouille comme seule partenaire celle de « devenir » pour ne plus « être ».

  Grazie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

24.03.2008

de quelques bd

1338704413.jpg Exit wounds – Rutu Modan, Pinhas-Delpuech

L’histoire se passe à Tel Aviv, sur fond d’attentats kamikazes, qui s’égrènent au fil des jours, aussi lassants que meurtriers, quotidiens, et appris par les israélites avec un fatalisme amer.

Un jeune homme, Kobi, est chauffeur de taxi. Un jour, Numi, une fille de la bonne société de Tel Aviv, qui fait son service militaire et qui est surnommée «  La Girafe  » rapport à son physique, vient trouver Kobi. Elle lui explique qu’il a sûrement été la victime anonyme d’un attentat.

Numi, à la recherche de la relation amoureuse avec le père, et Kobi, à la recherche du père dont l’image est aussi furtive que la balle d’un snipper, partent enquêter sur le mort anonyme mais surtout, sur qui était ce père.

Exit Wounds est le mot pour définir la blessure que fait une balle à la sortie du corps : inattendue, parfois plus compliquée à cicatriser.

Le dessin est subtil, avec des points de vue souvent en contre plongée, comme la couverture, un trait fin et précis. L’histoire est habilement menée, à la fois tendre et désillusionnée, lucide et avec une touche d’espoir final, qui dit « la vie continue ».

J’ai bien aimé cette bd qui nous plonge dans un pays qu’on ne connaît pas, qu’on devine dur et d’une énergie réaliste, et l’errance de ces deux jeunes adultes qui semble une parabole de l’errance d’Israël.

 

 

 

292473872.jpg

Un peu avant la fortune – Dupuy, Berbérian, Denis

Parfois ça fait peur d’avoir de la chance, surtout quand la chance est monstrueuse.

C’est l’effet que ça fait à Etienne, la peur. Du coup, le timide, l’effacé, le looser qu’il est dans le fond, est pris de vertige. Et inconsciemment ou pas, il va mettre cette chance à l’épreuve et rencontrer des drôles de personnages, poétiques et effrayants.

En prenant sa vie en main, lui le détective qui passait son temps à regarder la vie des autres.

C’est une histoire toute simple – dont la fin est un peu neuneu, enfin c’est ce que je trouve quand ça dit que l’amûr triomphe toujours – avec des dessins sobres, expressifs et des couleurs tour à tour chaudes ou nocturnes.

C’est un bel album, qui attire par son esthétisme, dont l’histoire est douce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

652913630.jpg

Petites éclipses – Fane, Jim

C’est un gros bouquin à la couverture souple, édité par Casterman.

C’est l’histoire de 3 couples de trentenaires, qui vont passer 4 jours ensemble dans une maison du sud de la France , pour observer une éclipse de soleil.

En attendant la grande éclipse solaire, ce sont des tas de petites éclipses dans leurs amitiés qu’ils vont vivre, avec des non dits mis en plein jour, des tensions qui s’installent, des aveux qui s’échangent.

Le récit vise et reprend un à un tous les personnages, introduit une espèce de guérisseuse du cœur qui va mettre plus d’un grain de sel. C’est quelques fois un peu lourd, un peu insistant sur le même personnage, ça manque … d’ellipse.

Le dessin est très souvent en gros plan (c’est du noir et blanc), resserré, le texte remplit les blancs, ça peut lasser à la lecture.

Je suis revenue néanmoins avec plaisir pour observer le trait, très expert, un manuel pour dessiner des personnages !

A se faire prêter par curiosité.

 

 

 

 

1975888548.jpg

La gueule du loup – Tronchet

C’est un gros album cartonné de Futuropolis, à 19 euros.

C’est une histoire de Tronchet, alors vous connaissez Tronchet, le père de Raymond Calbuth et de Jean-Claude Tergal.

Ca situe et d’une l’humour et de deux, le dessin, toujours aussi entouré, affirmé, qui ne laisse aucune équivoque, ni poésie bien sur, mais c’est le cadet de ses soucis à Tronchet, la poésie.

Ici, nous avons un médecin, François (ce qui change un peu la catégorie sociale et va donc mettre le personnage plus à l’aise et dans sa vie et avec les femmes), qui va être confronté à un défi de séduction par une roumaine mystérieuse.

Il va être aidé dans ses tribulations par Jacky Mousselin, un être délirant, qui fait ce qu’il peut et que c’est bien utile parfois.

J’ai trouvé que c’était assez drôle, bien mené, peut être un chouïa long à la fin tout de même.

(il y a 106 pages !).

Tronchet maîtrise parfaitement le scénario, le dessin et la mise en page, un bel album de professionnel.

 

 

 

 

 

 

 

 

1987082703.jpg Le combat ordinaire – tome 4 – Planter des clous – Manu Larcenet

Est il encore nécessaire de présenter Larcenet et ses histoires de gens simples et attachants ?Le combat ordinaire est une suite de 4 tomes donc, dans laquelle Marco, photographe dépressif, quitte la région parisienne pour se mettre au vert. Il rencontre une jeune femme, se rapproche de ses parents, réfléchit sur ses origines et sa condition sociale, erre et médite, médite et erre, et boit.

Dans le tome 4, Marco devient père, et se complait dans ses interrogations, et le constat désabusé de ses imperfections mais aussi de la faillite des luttes sociales.

Marco est attachant mais avouons le, c’est parce qu’on ne vit pas avec lui.

Le 4e tome est dans la lignée des 3 précédents, ce qui à la fois, ne nous fait pas bouder notre plaisir mais en même temps, déçoit légèrement (qu’a tu ressentis, Béabab ?).

Il y a aussi ces transitions brutales, entre le lieu du travail et des luttes sociales, et la maison avec la petite fille, sorte de havre de paix, où Marco se vautre, vivant de l’air du temps ?

Larcenet a voulu achever cette série, ça se sent. Le tome 4 ne dépare pas, certes.

Le point d’orgue restera donc avec cet arrière goût de blessure, dans cette campagne si magnifiquement décrite, et qui donne tout de même bien envie de quitter la ville (surtout si on a des tendances contemplatives).

 

publié par Audine

19.03.2008

Femmes au bord de la crise de nerfs !

1341497836.jpgSous les menaces de la  terrifiante Grazie, je me lance dans une mini-chronique du livre de Rachel Cusk « Arlington Park». Le résumé est assez simple : 4 femmes, proches de la quarantaine, avec des enfants, une maison plus ou moins tape à l’œil situé dans une banlieue britanique, un emploi pour l’une d’entre elle…. Et c’est tout ? Oui, mais c’est assez pour remettre en question sa vie.

 

Le récit se déroule sur 24h, ce qui n’est pas sans rappeler « Mrs Dalloway» de Virginia Woolf.  Bah tiens, c’est justement le même sujet de roman ! La différence notable que la grande ténébreuse dépressive se limite au suivi d’une personne. C’est sans doute le gros reproche que je ferais à «Arlington Park », de penser que de multiplier les exemples de femmes donnerait un plus grand poids au sujet développé. Le livre est assez frustrant pour cela : les portraits sont à peines ébauchés que le suivant arrive tout de suite. J’aurais voulu savoir ce que Maisie Carrington a fui à Londres, pourquoi Amanda fait un tel report affectif envers sa voiture ! Certes, on ne peut pas tout raconter, c’est sans doute le choix de l’auteur.

J’ai trouvé certaines scènes très bien relatées :  le cauchemar de Juliet Randall (une blatte dans les cheveux !) qui lui fait réaliser qu’elle ne supporte plus son mari, la scène très embarrassante où Amanda Clapp achète du steak hâché à un boucher atteint de malformation aux bras, la fascination de Olly Keir-Leigh pour ses pensionnaires. Le cynisme est finement maîtrisé, l’humour noir aussi. Mais est-ce suffisant ?

Je ne l’ai pas trouvé ennuyeux, loin de là, un peu trop dispersé ?

Sur la place difficile de la femme dans la société contemporaine, il me semble que Laura Laura Kasischke communique mieux un certain malaise. Où encore, j’insiste, c’est mon côté prof, « la fenêtre panoramique» de Yates. 

1824926170.jpg

 

 

1091181902.jpgJ’ai enchaîné avec même thème, mais du côté masculin, avec « la disparition de Richard Taylor» d’Arnaud Cathrine

 

Ce roman raconte l’histoire d’un homme qui quitte femme et enfant en bas âge après avoir réalisé que sa vie ne lui convenait pas, et surtout qu’il ne l’avait pas choisie. Le récit se fait exclusivement au travers des témoignages de femmes qui composaient son entourage, et sur une dizaine d’années. Ainsi se succèdent les points de vues de la femme délaissée,  mère dévastée, la voisine coquine, la collègue de travail transie d’amour …

Tiens, tiens, le monde est petit, Michael Cunningham, dans « les heures »  avait fait une fiction autour de Virginia Woolf et de deux femmes dont le destin était lié à celui de l’auteur. On retrouve ici le même concept, puisque l’une de ses femmes est Sarah Kane en personne ! C’est toujours un brin perilleux d’intégrer à une fiction des personnages réels… d’autant plus que dans ce roman, le lien avec le personnage principal est un peu tiré par les cheveux. Le sujet de la dépression est donc traité par le biais du regard d’autrui(e), et des fois, elles n’y comprennent rien !

Certaines rencontres sont touchantes néanmoins, l’auteur parvient à donner des rebondissements dans son histoire, c’est pas mal mené.

 

De bons points dans ces deux romans, mais je pense qu’il font partie de ceux qu’on oublie un peu trop vite, malgré un sujet on ne peut plus d’actualité, et sérieux. Avec, pour tous deux, l’impression que le fond pâtit des contraintes que l’auteur s’est imposés. On sent aussi sans doute un peu trop les références littéraires qui ont inspiré les auteurs, si bien que j’ai du mal à voir ce qu’ils apportent de plus que leurs sources d’inspiration.

Une même sensation d’œuvre avortée : volez de vos propres ailes mes biquets !

 

 

Herbertlecanard

 

23.02.2008

Balade mélancolique

Ce qui est perdu

 

 

Vincent Delecroix

« Ce qui est perdu »

Gallimard 156 pages

 

 

Il y a diverses façons de se remettre d’une rupture pour certain ce sera de se jeter à corps perdu dans de nouvelles rencontres, d’autres se noieront dans l’alcool pour mieux oublier, d’autres se lanceront des défis sportifs et d’autres enfin feront de cet atermoiements une nouvelle raison de vivre pour ne surtout pas oublier celle qui est partie.

«Le destin qui m’est réservé, c’est de ne jamais pouvoir être compris par les autres » puisqu’il en est ainsi notre narrateur va se lancer dans une biographie de Kierkegaard juste pour celle qui le quitte, philosophe mélancolique père de l’existentialisme, amoureux transit qui quitta sa bien aimée pour mieux lui expliquer son geste le restant de ces jours !

Pour subventionner une telle ambition il se fera conducteur de bus pour des Danois faisant du tourisme Parisien ignorant superbement ce chauffeur érudit qui écrit une biographie sur leur contemporain à des fins aussi douteuses que celle de séduire cette femme qui l’a quittée.

Ce sera chez Abdel son coiffeur qu’il fera le récit  quotidien de ses états d’âme sans y trouver la compassion recherchée et se faisant au passage une tête effrayante par abus de ciseau vorace.

« Cette peine interminable et ressassant, stagnante, qui te maintient juste en vie et te donne l’impression de mourir continuellement, chaque minute, chaque heure, cette peine monotone qui éloigne jusqu’à tes meilleurs amis, car même aux amis il faut quelques chose de nouveau, même dans la peine ».

Alors il ne reste qu’à s’identifier à ce formidable Soren, cet incompris d’une autre époque à qui il veut redonner ses lettres de noblesse, mais ce projet est d’une si grande envergure que même leur douleur commune ne suffit pas à s’y atteler sérieusement.

Au cours de diverses pérégrinations avec un vieux monsieur Danois, qui depuis 40 ans fait le même parcours dans un Paris qu’il veut inchangé, il espère en apprendre plus sur Kierkegaard, là encore peine perdu cet homme à aussi pour attrait de faire revivre un amour mort depuis 42 ans.

Mais il est des choses essentielles à savoir sur la vie des petits détails essentiels pour donner un sens à ce dont personne ne semble se soucier. De l’ordre du pourquoi les épis de maïs sont trop salés porte de la Chapelle ? Comment un lanceur de javelot philosophe a quitté la compétition pour revenir à ses amours premières ? L’attitude a adopter pour se jeter de la tour Eiffel, pourquoi un chat noir peut être hostile d’un simple regard et bien d’autres choses encore qui conduiront notre narrateur a entrevoir l’amour d’une autre dans le reflet d’une mare d’eau.

 

Avec un humour un peu fantasque et des personnages attachants l’auteur réussi le pari de nous donner l’envie de lire Kierkegaard et de le prendre dans nos bras non sans agacement  !


Grazie

22.02.2008

Dogra Magra

682f70703adc0448abac888e524bacf1.jpg


Un jeune homme se réveille dans une pièce nue et vide.
Il est amnésique,
il ne sait où il se trouve,
ni son identité.

Il apparaît peu à peu qu’il se trouve dans une clinique psychiatrique,
entre les mains d’un étrange psychiatre
qui veut lui faire retrouver par lui-même son identité.

Il lui livre quelques clefs :
il aurait assassiné ou tenté d’assassiner sa fiancée,
elle même enfermée dans la "cellule" à côté de la sienne.

Kure - le jeune homme apprend que c'est ainsi qu'il se nommerait –
aurait été victime d’une certaine peinture chinoise vieille de 1000 ans,
peinture maudite, dont la contemplation rend fou tous les jeunes garçons de sa famille,
et les transforme en meurtriers somnambules de leur fiancée…

Cette histoire est-elle vraiment la sienne,
ou a-t-il subit un lavage de cerveau pour servir de cobaye à un duo de savants fous et manipulateurs ?

Ou bien encore,
le livre s’ouvrant et se fermant par le même son de cloche (« …… bôôôôô-nnnnnn…. »),
faut-il en déduire que tout ce texte n’est que l’étrange rêverie d’un instant,
né dans je ne sais quel cerveau malade ?…

« Dogra Magra » est un livre déconcertant,
un roman policier démesuré (802 pages bien tassées),
un labyrinthe de complexités où se perdent toutes les certitudes,
où les perspectives sont sans cesse renversées.

C'est un patchwork de toutes sortes de style,
où alternent récit fantastique, roman policier,
légende bouddhique, essai anti-psychiatrique...
le tout baigné dans une tonalité expressionniste,
qui peut faire penser aux films expressionnistes allemand des années 20 (« Le cabinet du Dr Caligari », "Nosferatu"…) .

Tout en étant un tout à fait japonais,
ce roman opère la fusion de Bouddha, Poe, Freud, Borges, et Kafka,
et greffe la théorie du Karma bouddhique
(le poids de nos péchés nous poursuit de réincarnations en réincarnations),
sur la théorie psychanalytique freudienne de l’inconscient dans lequel jouerait à fond le couple éros-thanatos...

Yumeno Kyûsaku (1889 – 1936) est le fils d'un agitateur politique louche, mi-journaliste mi-exportateur de charbon.
Sa mère est répudiée par ses grands parents (?),
et son grand père lui fait donner dès trois ans de très précoces cours de théâtre nô.
De santé fragile, il est hospitalisé plusieurs fois dans sa jeunesse.
C'est aussi un passionné de dessin et de romans policiers anglais et américains qu'il lit dans la langue originale.
Après des études littéraires,
il travaille comme ouvrier au plus bas de l'échelle sociale.
Puis devient moine Zen, pèlerin et itinérant.
Puis s'occupe de l'exploitation agricole de son père,
complétant ses revenus avec des piges pour la Gazette de Kyushu.
C'est là qu'il fait paraître ses premiers textes : essais sur le nô, nouvelles et romans en feuilleton.
C'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de Yumeno Kyûsaku,
qui désigne dans le patois de Kyushu un rêveur, un être de peu de sérieux…
Il s'intéresse au surréalisme, à la psychanalyse,
Il mettra une dizaine d'année à écrire "Dogra Magra".
Publié en 1935, un an avant la mort de Yumeno, le roman ne rencontre pas le succès.
Il n'est redécouvert que dans les années 1960,
et devient alors un véritable classique moderne au Japon.

Doudourou

.........................
Yumeno Kyûsaku
« Dogra Magra »
(traduction de Patrick Honoré)
Picquier Poche
802 pages

17.02.2008

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

615a1873d9deb4a4b815ed5f440b6e2f.jpg
(La Commune à feu et à sang, mai 1871)
En 1871, Victor Hugo écrivait ces vers pour plaider l’amnistie des condamnés de la Commune de Paris :

Étant les ignorants, ils sont les incléments
Hélas combien de temps faudra t-il vous redire
À vous tous que c’est à vous de les conduire
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité
Que votre aveuglement produit leur cécité
D’une tutelle avare, on recueille les suites
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.

Vous ne les avez pas guidés, pris par la main

Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin,
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre ?
Quoi ! Pour que les griefs, pour que les catastrophes, les problèmes, les angoisses,
et les convulsions s’en aillent, suffit-il que nous les expulsions
?

 

87181ecea5bc62e0db324bdc9b20adc6.jpg

Thierry Jonquet, auteur de romans noirs, a repris une des ces lignes pour en faire le titre d’un récit suburbain fait d’horreurs ordinaires et de futurs nauséeux.

Ca se passe dans une ville du 9-3, à la rentrée scolaire de septembre 2005, dans un collège où Anna Doblinsky va prendre son premier poste. Et se confronter à la bêtise crasse, au sexisme, et à l’antisémitisme. A la misère. A la désespérance. A la veulerie de collègues plus anciens. Plus résignés. Plus terrorisés.

Thierry Jonquet va décrire par le menu la banlieue et ses cités. Le partage des territoires, entre le trafic de drogues, la prostitution, l’islamisme, et tout près, la coquette ville murée, investie par la communauté juive.

De tout pour faire explosions.

Un imam illuminé, des jeunes attirés par le sadisme transfiguré par le politique, des dérangements mentaux, des flics et la justice, largués depuis un moment, on dirait que TJ a vécu au sein même des cités.

Mais ce brassage ethnique encouragé pour enfermer dans des ghettos quelques populaces dangereuses ainsi occupées à des guerres entre lumpen prolétariat, ce communautarisme galopant, il les a déjà observés dans « Jours tranquilles à Belleville », description de la lente décrépitude de ce quartier parisien populaire, destruction programmée et éminemment politique.

L’histoire même du roman n’a pas beaucoup d’intérêt, on suit surtout un arabe deuxième génération qui a un peu plus de cerveau que les autres, et qui va sombrer suite à des espoirs déçus du fait d’une erreur médicale : il aurait pu développer ses dons de dessinateurs déjà remarqués, mais il sort d’une mauvaise chute avec sa main droite inutilisable.

Parallèlement, on lit la façon dont Anna Doblinsky va s’adapter, se renier, pour échapper au marasme.

Ce qu’on retient de cette lecture, c’est qu’elle est le reportage de nos portes de villes.

Et qu’il nous faudra bien vivre avec les barbares – élevés en nos seins ou non – prêts à foncer au cœur de nos nids, le lance flamme à la main, sans même que l’on comprenne ce qu’ils disent.

e7dfc39007906208a75ea6490ebf4603.jpg

(émeutes de Clichy octobre 2005) 

 

Je ne sais pas si TJ est romancier. Mais il dépeint d’une façon magistrale une réalité que l’on a peur de voir. Avec prescience aussi, car ce livre a été écrit avant les émeutes d’octobre – novembre 2005 et surtout, avant le meurtre terriblement angoissant de Ilan Halimi de janvier 2006, meurtre quasiment décrit par TJ (précisons que le livre est sorti en octobre 2006). Ce qui nous pousse à être terrorisés.

Sur son site, Thierry Jonquet écrit :

« Le roman noir est condamné à un concubinage forcé avec la barbarie, cette courtisane au regard torve, aux vilaines manières. Elle écarte ses cuisses avec un sourire d’une rare insolence. Obscène, elle est obscène ! II faut malgré tout la besogner, littérairement, s’entend ! La tâche est rude. Je suis fasciné par la créature. Sa laideur me désarme, me laisse pantelant. Le roman noir est son fidèle compagnon. Prétendant docile, charmeur, avec son nœud pap’ et ses gants beurre-frais. Il veut la marier ? Ben voyons ! Célébrons leurs épousailles, ils ont un sacré bout de chemin à parcourir ensemble. Je ne suis qu’un petit garçon d’honneur, engoncé dans son costume taillé trop court. Les doigts dans le nez, à l’heure de la cérémonie, j’écoute distraitement le sermon du prêtre, je croque au passage quelques dragées amères, forcément amères, je sniffe les remugles d’encens qui montent dans la nef, je mettrais bien ma main aux fesses, joliment rebondies, de la nonne qui officie à l’harmonium, mais mon éducation me l’interdit. »

En mai juin 1871, plus de 20 000 communards furent massacrés par le sanglant maréchal Mac Mahon. Si aujourd’hui, les barbares de Clichy sous Bois entraient dans Paris, nous ferions sûrement partie des Versaillais. Nous autres qui savons lire, qui croyons en des lois, et respectons la vie d’autrui. Justement. C’est là où les vers de Victor Hugo font mal, c’est qu’on se dit, oui mais c’est pas pareil.

Pas pareil ?

Ils sont notre cauchemar, nous sommes leur haine.

Audine

 

13.02.2008

This is the end....

La route

 

 

Ce livre vous laisse exsangue, perdu et sans grand espoir de revenir à des jours meilleurs. Son lyrisme vous prend aux tripes pour ne vous lâcher qu’à la dernière page.

 

La fin du monde semble avoir eu lieu, sans qu’elle nous soit expliquer nous supposons que plusieurs explosions ont eues raison de ce monde déjà bien malade.

Certains ont fait le choix d’en finir avec lui mais d’autres ont pris ce qu’il restait de route.

C’est le cas de cet homme et de son fils, tout deux n’ont pas de noms comme si il fallait aussi être dépouillé de son identité pour continuer dans cette apocalypse de tous les jours.

« On oublie ce qu’on a besoin de se rappeler et on se souvient de ce qu’il faut oublier » c’est le seul enseignement que l’homme peut donner à cet enfant qui voudrait semer le bien au grès des quelques rencontres qu’ils font.

Des ombres plus que des hommes, des gens sans fois ni lois prêt à tout pour ne pas mourir de froid, de faim ou de soif.

Parfois la chance sourie aux audacieux leur prêtant un abri salutaire, une cave non pillée, du bois pour faire un feux ou encore une couverture pour rajouter une couche de chaleur aux nuits glaciales.

Mais il faut toujours reprendre la route, aller vers le sud pour y trouver peut-être des « gentils » combattre cette peur viscérale qui vous tient en haleine à chaque instant.

Oublier le cannibalisme, cette terre qui n’est que cendre et les carcasses qui parfois rappellent un monde qui ne sera plus.

Il faut cacher cette santé qui ne laisse aucun doute sur la fin proche et se préparer à emmener cet enfant aux yeux qui questionnent et au corps diaphane, avec soi dans un monde qui ne peut pas être pire, lui offrir une chance d’en finir tant qu’il peut encore envisager cette possibilité.

Les dialogues s’étiolent  pour faire place à des phrases concises et claire, le temps manque pour juste essayer de comprendre ce qu’il est advenu de cette part d’humanité qui autrefois fit miracle.

Quand la mort frappe le courage manque et l’enfant doit incarner l’espoir car il y a en lui une part de prophétie à chercher ce qui fait l’homme différent des monstres qui errent autour de lui.

Il y a chez lui cette sensibilité qui le protége de la cruauté, une beauté qui sauvera le monde de cette folie qui a entraîné sa chute.

 

Grazie qui ne trouve pas le mot juste pour une si grand livre. 

 

Toutes les notes