04.04.2008

Thelonious Sphere Monk (chapitre III - et ultime)

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Il y a les bons jazzmen,
les innovateurs,
les précurseurs,
les virtuoses,
les cool,
les hot,
et…
il y a Thelonious Monk,
unique, irréductible, inclassable.

Comment cartographier le si singulier style Monk?

C'est déjà un jeu de piano unique.
On a pu dire que Monk jouait mal, manquait de technique, etc...
C'est aujourd'hui devenu absurde,
comme de dire que Picasso ne sait pas dessiné,
et qu'on ne voit pas ce que ça représente.
Son jeu de piano et parfaitement volontaire,
tout comme les hésitations, les silences énigmatiques,
les frottements de dissonances qui parsèment son jeu,
ce ne sont en rien des "erreurs" ou des "manques".
En revanche, c'est un jeu qui a redéfini ce qui est jouable en jazz,
tant rythmiquement, qu'harmoniquement et mélodiquement.

C'est un jeu qui renie la fluidité, la régularité, la symétrie,
au profit de la discontinuité et du rugueux, de l'assymétrique.
Aussi, quand on l'écoute,
on a toujours l'impression que tout est extrêmement ouvert,
qu'il ne sait pas quelle note il va frapper l'instant d'après,
sur quelles pattes il va retomber.
Cet art unique de l'improvisation transforme chaque solo en un voyage imprévisible,
semé d'embûches et d'imprévus,
d'aventures et de chausse-trappes,
de surprenants rebondissements.

Ses compositions sont l'extension naturelle de son style de jeu,
elles constituent un univers sonore sauvage et complexe à la fois,
un mélange d'art brut et de sophistication moderniste,
comme un carambolage de Stravinsky et d'art nègre,
d'humour et de mélancolie,
de swing et d'avant-garde,
de vide et de saturation
et font de lui l'un des plus grands compositeurs du XXème siècle,
tous styles confondus.
Et c'est pourquoi ses compositions sont parmi celles qui sont les plus jouées encore à présent par les musiciens de jazz contemporains,
surtout les pianistes,
pour qui le passage par Monk est incontournable.

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Ce style musical va de pair avec un style de vie loufoque ou lunatique,
une sorte de surréalisme autistique,
qui a fourni la matière à des milliers d'anecdotes.
- mais Nelly, son épouse veillait sur lui et limitait les dégâts -

Monk a déconcerté, sur scène,
avec ses sortes de danses d'ours,
ses virevoltes de derviche épileptique,
ses bonds au dernier moment sur son piano pour son solo.

Lorsqu'il jouait avec Coltrane,
Il quittait parfois la scène au milieu du morceau,
laissant Coltrane à ses solos interminables de 20 ou 30 minutes,
et allait boire un coup ou casser le croûte en coulisse.

Il faut ajouter à cela un goût déconcertant pour les chapeaux.
Il a en effet porté tous les couvre-chefs,
de la casquette à la chapka,
du chapeau tyrolien à la toque,
du chapeau chinois au béret…

Enfin,
Monk reste pour moi le musicien du clopin-clopant de la vie,
du boitillement existentiel,
des recoins sombres et impensées des replis de la conscience,
d'une mélancolie tempérée par l'ironie
et de la suspension autour du minuit de l'âme…

(fin de l'épisode du trio-virat)
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Monk au Japon en 1963.
Avec le groupe qu'il a gardé des années :
Charlie Rouse au saxophone (ça va faire plaisir à télétubs!)
Butch Warren à la contrebasse,
et le grand et mésestimé Frankie Dunlop à la batterie.
Ils jouent "Evidence", une composition de Monk,
pleine de vides, comme en pointillé...
Au début duu solo du saxophoniste,
Monk plaque des accords très très étranges,
c'est sa façon particulière d'"accompagner" le soliste.
Rouse ne se démonte pas, il en a vu d'autres...
Puis Monk se léve et par dans l'une de ces "danses",
toute en déséquilibres et faux pas.
Puis part dans un solo époustouflant,
toujours ses grosses bagouzes qui l'empêche de jouer,
qu'il faut toujours remettre, tourner...
Beau solo de basse,
magnifique solo de batterie,
et tout le monde rentre à la maison, au thème.

03.04.2008

Thelonious Sphere Monk (chapitre II)

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Au début des années cinquante, donc, Monk peine à se faire reconnaître.

D'autant que le polar a traversé sa vie…
En 1951, les flics découvrent de l'héroïne sous le siège de la voiture qu'il conduit.
Bud Powell est aussi dans la voiture et la drogue lui appartient peut-être, sans doute…
Mais Monk refuse de témoigner contre son confrère et ami.
Il fait donc 2 mois de taule,
et perd, à sa sortie, la précieuse carte du syndicat des musiciens qui permet de jouer dans les clubs des New-York,
et ce pour une période de six ans.

Dur, dans ces conditions, de se faire connaître…

Monk ne peut donc qu'enregistrer,
ou jouer ailleurs qu'à New-York,
à Paris, par exemple, comme il le fait en 1954.

En1954, encore, il quitte PRESTiGE et passe chez RIVERSIDE.
Orrin Keepnews le jeune patron de RIVERSIDE à la bonne idée de lui faire enregistrer un album de de standards,
et un album de reprise de l'un des maîtres à jouer de Monk : Duke Ellington.

L'idée est bonne car elle permet de faire entendre au public le style très personnel de Monk opérant sur des matériaux sonores auxquels l'oreille de l'amateur de jazz de base est habituée.
Il est donc moins effarouché que par les compositions du pianiste, et s'accoutume à lui.

De plus, en1957, Monk récupère sa carte et peut jouer à New-York.
Il joue régulièrement au "Five Spot ",
et engage dans son quartet un sacré saxophoniste : John Coltrane.
Celui-ci vient de se faire virer du groupe de Miles Davis à cause de sa dépendance à la drogue et à l'alcool,
ce qui rendait le saxophoniste imprévisible et inégal...
Au côté de Monk, pendant un an, Coltrane se désintoxique et apprend beaucoup :
"Avec Monk, il faut se tenir sur le qui-vive à tout moment, a-t-il dit,
on ne sait jamais ce qui peut arriver… Il peut commencer une phrase là où on ne l'attend pas et il faut savoir quoi faire."

1961, Monk, qui 45 ans, est enfin un jazzman qui compte,
en pleine possession de ses moyens… et qui se vend!

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Il peut donc intégrer une grosse maison de disque, COLUMBIA .
Chez Colombia, Monk compose moins,
mais tel un démiurge joueur,
il revisite sa création et ses thèmes.
En studio il peaufine ses compositions.
Il fait aussi de grandes tournées en Amérique en Europe, au Japon, en Australie…

Consécration suprême, en 1964, son portrait est à la une de Time Magazine!
Thelonious, c'est à peine croyable, est célèbre!

Mais la gloire, hélas, est éphémère.

Autour de 1968, la pop music et le rock ont envahi le champs de la musique populaire,
et le jazz passe au deuxième plan pour les jeunes,
qu'ils soient noirs ou blancs.

Alors, le jazz se transforme et l'esthétique bop s'efface au profit d'autre formes :
Le jazz se fait jazz-rock et électrique avec Miles Davis, Herbie Hancock, Wayne Shorter.
Il se fait jazz-funky, avec Jimmy Smith, Lou Donaldson, Horace Silver, Cannonball Adderley.
Il se fait free-jazz avec Ornette Coleman, Archie Shepp, Cecil Taylor…

Tout ça c'est pas pour Monk.

Monk, lui, ne sait, ne peut jouer que du Monk.
Et c'est déjà pas mal!

Pourtant, même s'il ressasse ses compositions et reste dans son territoire stylistique,
il y apporte d'infinis variations , des surprises…
pour qui veut bien les entendre.

Monk, à la fin des années 60 vit donc l'éclipse de sa notoriété.
Il refuse d'enregistrer, comme COLUMBIA le lui propose, un album de reprise des chansons des Beatles
- l'idée, pourtant très incongrue, fait cependant rêver… -
Aussi il quitte Columbia en 1968 – ou plutôt se fait vider! –
et se retrouve sans maison de disque.

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En 1971 il accepte une grande tournée "Giants of jazz",
qui promène les gloires passée du bop comme des ours savants un peu mitées,
qui ne rugissent plus guère...

La tournée faisant étape à Londres en Novembre 1971,
le label BLACK LION lui propose une séance d'enregistrement.
En une séance marathon,
Monk enregistre en 6 heures 13 pièces en solo en et 9 en trio.
Ce sera le dernier, et l'un des plus beaux enregistrements de Monk,
son véritable testament musical.

En effet, à partir de 1972
Monk s'enfonce inexorablement dans un silence sans espoir de retour,
comme happé par son monde intérieur.

Il est recueilli par la baronne Pannonica de Koenigswater,
la mécène et amie des jazzmen américains.
C'est chez elle également que Charlie Parker est mort.

Monk joue de moins en moins souvent,
puis ne joue plus du tout,
ne parle plus,
reste enfermé dans son labyrinthe intérieur,
reclus dans ce qui est sans doute une forme de profonde dépression,
une immense fatigue,
une mélancolie sans fin.

Après dix ans de solitude,
il meurt chez la baronne le 17 février 1982,
à 65 ans,
dans un certain oublie...

(Fin du chapitre II)
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Monk en 1973 à Paris, coiffé d'un élégant petit chapeau chinois.
C'est le Monk qui a déjà en partie sombré dans le silence.
Il joue seul, en tête à tête avec le clavier,
et comme pour lui-même,
une de ses composition, "Coming on the Hudson".
Un drôle de thème,
des grappes d'accord,
une musique de spectre,
une ritournelle cyclique et obsessionnelle,
extrêmement envoûtante,
où s'entendent encore des évocations du style stride des années 30...

02.04.2008

Thelonious Sphere Monk (chapitre I)

10 octobre 1917,
Rocky Mount, bled perdu de Caroline du Nord.

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Ce jour là né un bambin au nom déconcertant.
En effet, quelle mouche a piquée ses parents,
M. & Mme Monk (c’est-à-dire Moine ou Lemoine),
qui prénommèrent leur bébé Thelonious.

C’est quasiment un hapax, comme disent les distingués linguistes,
un mot qui n’apparaît qu’à une occurrence.
C’est le nom, paraît-il, d’un obscur saint byzantin…
Comment ce nom est parvenu au fin fond de Caroline du Nord au début du siècle dernier?
Mystère et boule de gomme,
et première note d’étrangeté dans la vie du petit Thelonious.

Cependant,
ils ont peut-être eu peur de ne pas êtres assez originaux dans le choix du premier prénom.
Alors ils en adjoignent un second, Sphere,
étrange prénom aussi ésotérique qu'euclidien.

Deuxième note d'étrangeté…
ça nous fait déjà un accord,
dissonant, qui plus est.

Va donc pour Thelonious Sphere Monk.
Un nom dont le bambin a intérêt à se montrer digne.

Et il le fera.

La petite famille Monk quitte le Sud en1924 et monte à New York,
A la recherche, sans doute d'une fortune plus clémente.

A 6 ans,Thelonious pianote déjà, comme en jouant.
Puis il prend quelques leçons de piano, mais pas beaucoup,
sa formation pianistique restant essentiellement autodidacte et peu orthodoxe.
"Je n'ai jamais eu à apprendre à jouer, j'étais doué, a-t-il dit.
Ma musique semble souvent ne suivre aucune règle :
elle est moi-même avant tout".

À 12, fiston Monk accompagne à l'harmonium Maman Monk lorsqu'elle chante à l'église baptiste.
À 17, il part en tournée avec une évangéliste.
Le gospel, la musique du Seigneur,
c’est le conservatoire incontournable,
l'école de musique de tous les musiciens de jazz des âges farouches.

Mais il joue aussi dans les gargottes, et du jazz cette fois,
du jazz forcément canaille, impie, sulfureux,
dans le style « stride » en vogue à l’époque,
c'est à dire dans la veine de Fats Waller ou Art Tatum…
La gargotte, c'est le stage pratique obligatoire pour ces mêmes jazzmen des commencements.
La star académy des bordels.

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( Monk, Dizzy Gillespie, et?...)


Mais peu après, au début des années 40,
il se fomente une révolution dans les soutes du jazz "mainstream" :
les jeunes musiciens de jazz noirs se lassent de la musique de danse et de distraction que proposent les big bands à la mode dans lesquels ils jouent,
les grands orchestres de Count Basie, Benny Goodman, Fletcher Henderson, Earl Hines, Louis Armstrong, etc…

Alors ils se retrouvent "after hours",
après les heures de boulots de musiciens (au petit jour, donc),
pour jouer entre soi, à se déjouer, à se défier,
en improvisant sur des compositions coriaces,
tordues, complexes, tant rythmiquement qu'harmoniquement,
qui déconcertent le non-initiés.

Etre musicien de jazz n'est plus seulement être cool, décontracter, rigolo,
distrayant et amusant pour le public blanc.

Être musicien de jazz impose à présent de bosser sérieusement son instrument,
de s'entraîner nuit et jour pour rester dans la course,
de creuser des voies nouvelles et audacieuses,
pas commerciales du tout ni conçues pour la danse et l'"entertainement",
mais pour le goût de la joute, du risque et du défit,
pour prouver qu'on est le meilleur,
le plus rapide, le plus inventif.

Thelonious Monk se retrouve à l'un des centres de cette révolution.
Il anime les soirées musicales du Minton's Playhouse– l'une de ces boîtes "after hours".de Harlem -
Aux côtés de Charlie Parker, Bud Powell, Dizzy Gillespie, Kenny Clark,
il forge ce nouveau style moderniste : le be-bop.

Au milieu des années 40, le be-bop sort du maquis, de la clandestinité.
Mais tandis que plusieurs "boppers" - Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell… - percent, enregistrent, sont engagés pour jouer en club, en concert,
et jouissent d'une peu de reconnaissance, Monk, lui reste obscur et méconnu.


Pourtant, à partir de 1947 et jusqu'en 1952,
il enregistre pour le très fameux label BLUE NOTE,
puis de1952 à 1954 PRESTIGE.
Nombre de ses compositions (Straight no chaser, Well you needn't, Round midnight...)
sont jouées et enregistrées par ses collègues.
Il apparaît aussi en "sideman" de musiciens plus en vogue que lui,
tels Miles Davis ou Sonny Rollins…

Mais rien n'y fait, son style étrange et déroutant cherche son public,
comme on dit pudiquement…

(Fin du premier chapitre...)

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En guise d'introduction,
Monk interprète ici "Blue Monk",
un de ces thèmes fétiches,
dans une émission télé de 1957.
Osie Johnson est à la batterie, et Abd El Malik à la contrebasse.
Monk est hyper cool, avec casquette enfoncée sur le crâne,
et lunettes noires de rappeur...
Face à lui, Count Basie est hilare et n'en croit pas ses esgourdes,
le chanteur Jimmy Rushing est placide comme à son habitude,
le saxophoniste Coleman Hawkins, un des premiers employeurs de Monk,
kiffe le truc et claque des doigts.
Le présentateur, non, il est plutôt dépité et n'y croit pas trop...

Monk plaque ses improbables accords et tire-bouchonne le rythme.

À noter le jeu de jambes de Monk, digne d'un boxeur de haut niveau!



Doudourou

28.12.2007

Oscar Peterson ne swingue plus ici-bas



Je voulais déposer ici un hommage à un aimable géant du jazz, Oscar Peterson,
mort le 23 décembre dernier à 82 ans.

Le voici ici dans un "Soft Winds" de belle venue, avec son trio et Joe Pass à la guitare.

Peterson était une sorte de bon géant,
par la taille,
par l’embonpoint,
par la bonhomie communicative,
par la technicité impeccable de son jeu,
par la discographie pléthorique,
par le très grand nombre de concerts donnés au quatre coins du monde,
et par la liste sans fin des jazzmen&women avec lesquels il a joué un jour ou l’autre

Oscar Peterson était un musicien virtuose, plein de brio,
dont le style s'harmonisait très bien avec toutes sortes d'autres styles.

A mon avis, il a ainsi mis de côté l'élaboration d'un style personnel et original,
faisant l'économie d'une certaine exigence...

Mais c’est un musicien qui a su, tel un Michel Petrucciani,
séduire de très nombreux auditeur indifférents au jazz par ailleurs.


DoodooroodoodooorrrroowooohOOOO!

02.11.2007

LE JAZZ,HIIIIIIIIIIIII !

collec perso :

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lien de l'expo perso : " chez JOJO , y a beaucoup de ce qu'il faut ! "