
Duga, tu avais écris :
"Peux tu m'expliquer en quoi le fait d'accomplir une vie "mortelle" exemplaire, transfère à cette vie un attribut ou un qualificatif "d'immortel " ?"
En fait j'avais cité la célèbre phrase de Spinoza :
"Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels".
(j'avais dit une bêtise en disant "immortel" au lieu d'"éternel", c'est pas pareil...).
Je te devais une petite réponse,
j'y ai bossé,
et la petite réponse est devenue grande...
la voici :
Spinoza à une idée de Dieu tout à fait particulière.
Ça n'est pas du tout un Dieu personnel avec barbe, Table de la Loi,
Ce n'est pas un Dieu qui juge, qui dit le Bien et le Mal,
ni un dieu qui nous aime,
ni qui demande qu'on le prie, ou le vénère.
C'est un Dieu pas du tout conforme aux textes révélés.
C'est pourquoi Spinoza s'est fait "excommunier", ostraciser, de la communauté juive d'Amsterdam
Dieu, pour Spinoza, c'est tout ce qui est, c'est la Nature.
C'est pourquoi on parle à son propos de Monisme,
car pour lui il n'y a qu'une substance et pas deux (Idée et Matière, Corps et Âme, etc…).
On parle aussi à son de Panthéisme : Dieux et la Nature sont absolument confondu.
Dieu c'est l'ensemble des processus naturels qui se composent les uns avec les autres.
C'est autant les virus que l'éléphant ou que l'herbe et les rapports qu'ils tissent entre eux.
Dieu donc se déploie en une infinité d'attributs.
L'Humain n'a accès qu'a deux attributs : la pensée et l'étendue.
On pourrait dire le corps et l'âme,
à condition de dire que ces deux attributs ne s'opposent pas,
mais sont les deux modalités de la même réalité unique, Dieu, ou la Nature.
Faisant partie de l'essence de Dieu, nous n'avons donc apparemment aucune liberté,
nous sommes entièrement déterminé de l'extérieur et entièrement soumis aux enchaînements de causes et d'effets.
Au plus bas niveau de la connaissance humain,
dans le "premier genre de connaissance",
nous ne comprenons pas ces enchaînements de causes et d'effet,
et nous ne cessons de nous heurter au monde.
Cela génère en nous des "idées inadéquates"
qui sont la cause de nos "passions tristes" :
la colère, la haine, la peur, la méchanceté...
Ces "passions tristes" diminuent notre puissance (ce que l'on PEUT faire).
Si l'on parvient à un plus haut degré de connaissance,
au "deuxième genre de connaissance",
on utilise son entendement (par la science, les mathématiques, l'acquisition de techniques…)
pour comprendre les rapports qui composent la Nature,
on compose mieux nos parties extensives avec les parties extensives de la nature
- par exemple on apprend à nager et non plus à barboter,
donc on compose mieux nos rapports avec les rapports de l'eau,
on domine notre rapport à l'eau au lieu d'être dominé par lui - .
Composant mieux nos rapports,
nous augmentons notre puissance (ce que l'on peut faire)
et par là nous augmentons notre Joie,
et sommes en mesure de préférer les passions joyeuses aux passions tristes,
c'est à dire que l'on accède à la liberté de choix entre ces deux régimes de passions.
Avec le troisième genre de connaissance,
notre compréhension de ce qui nous détermine n'est plus obtenu par entendement ou par raisonnement,
mais de façon instinctive.
On comprend alors que les parties qui nous composent ne disparaissent pas à la mort,
que la mor n'est que la décomposition du rapport qui unissait notre partie extensives et nos parties intensives,
qu'elles continuent leur existence mais sous d'autres rapports d'autres agencements,
nos pensées, nos actes et parties de notre corps sont comme recyclés dans le "tout",
dans la substance unique,
en Dieu.
De plus, Spinoza ne pense pas l'éternité comme étant "après nous",
mais comme étant aussi bien "avant" et "pendant" nous.
C'est ainsi que nous pouvons "sentir et expérimenter" dès à présent,
pour peu que nous ayant atteint le troisième genre de connaissance.
que nous sommes éternels.
CQFD.
Voilà ce que je peux en dire.
C'est en gros ça, mais j'ai bien conscience que c'est très imparfait.
J'ai fait comme j'ai pu!
Doudourou